Tout est bon dans le vin!

Le resvératrol ne vous dit rien? Et pourtant, cette molécule tirée du raisin est en train de devenir la nouvelle star de la diététique. A tort ou à raison?

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Il arrive assez souvent qu'on découvre quelque chose au hasard de lectures ou de conversations. Puis qu'on retrouve cette même information, selon des sources diverses, à plusieurs reprises au cours des semaines qui suivent, si bien qu'on se demande comment on a fait pour y échapper jusqu'à la première fois. Cette situation est typique du resvératrol. Pour la plupart des gens, ce nom n'évoque pas grand-chose. Mais il suffit de se le caler dans l'oreille une seule fois (res-vé-ra-trol) et aussitôt, on le réentend partout! De quoi s'agit-il? Le resvératrol est une molécule végétale présente dans les cacahuètes, les mûres, l'eucalyptus, mais aussi et surtout dans le raisin.

 

On connait son existence depuis 75 ans. Mais on ne lui avait pas accordé trop d'importance jusqu'en novembre 1991 et la diffusion d'une émission phare de la télévision américaine, consacrée à la diététique. Le nutritionniste français Serge Renaud y développait son concept de "paradoxe français". Il faisait le constat que les Français mangent gras. Même très gras! Et qu’il aurait, par conséquent, été normal qu'ils fassent aussi beaucoup d'infarctus. Or, ce n’est pas le cas. C'est même le contraire! Le taux de maladies cardiovasculaires est nettement moins élevé en France que dans les autres pays à niveau de richesse équivalent.

 

Et si c'était le vin?

 

Les spécialistes se sont évidemment interrogés sur les causes de ce paradoxe. Ils passèrent au crible tous les déterminants possibles: composition des menus, horaires des repas, type de graisses, habitudes culinaires. Jusqu'à ce que l'un d'eux fasse cette étonnante proposition: "Et si c'était le vin?" On sait que les Français adorent le pinard. Se pourrait-il qu'il contienne une molécule protectrice pour nos artères? Des analyses ont été faites sur les quelque 250 composés chimiques que recèle le breuvage. L'un d'entre eux attira plus particulièrement l'attention: le resvératrol. Nous y voilà!

 

On a découvert ainsi que la substance en question appartient à la famille des flavonoïdes déjà dotés d'une excellente réputation pour leur efficacité dans la lutte contre les radicaux libres. Mais ce n'est pas tout. Des études ont montré qu'à la manière de l'aspirine, elle ralentit la coagulation sanguine et empêche d'éventuelles thromboses dans un système artériel délabré. Le resvératrol booste aussi les gènes sirtuines qui contrôlent la rapidité du vieillissement.

 

Lors d'expériences sur les rats, on a observé qu'il protégeait aussi du cancer. Plus anecdotique, il agit en combinaison avec la vitamine C pour préserver le collagène de la peau et des tissus musculaires qui conservent de ce fait leur belle élasticité. On trouve ainsi sur le marché des crèmes antirides spécifiquement enrichies en resvératrol. Cette liste des bienfaits n'est pas exhaustive. Il faut dire qu'un million d'articles scientifiques lui sont consacrés chaque année. On a même ressorti une vieille étude de 1944 qui montrait que l'administration de quelques cuillerées de vin rouge à des cobayes provoquait une amélioration de la résistance des poils à l'arrachement.

 

A votre santé

Les paragraphes qui précèdent combleront sûrement d'aise les amateurs de vin. Même les pochetrons peuvent se réjouir. On estime en effet que la dose idéale de resvératrol avoisine les 300 milligrammes par jour. Si l'on considère que le vin n’en contient jamais plus que 20 milligrammes par litre, ils pourraient être tentés de légitimer une consommation de l'ordre de plusieurs bouteilles par jour. Et ils auraient tort! Passé trois à quatre verres quotidiens, les méfaits de l'alcool surpassent les bienfaits du resvératrol. Sans compter tous les intrants contenus dans le vin: pesticides, sulfites, etc. Le calcul est loin d'être bénéficiaire. Mais si l'on se tient à une consommation modérée, pourquoi pas? En tout cas, le resvératrol donne du sens à cette habitude d'entrechoquer les verres au début du repas et de se souhaiter "Santé!".

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