Tous branchés sur radio rétro

Rassurants dans un monde inquiétant, les tubes des années 60 et 70 sont au centre de l'actualité. Avec les tournées Age tendre mais aussi avec le phénomène Gérard Lenorman.

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Du Born To Be Alive de Patrick Hernandez au Voyage, voyage de Desireless en passant par les Elucubrations d’Antoine, on ne compte plus les chiens fous des années 60, 70 et 80 qui reprennent du poil de la bête le temps d’un trip nostalgique. Si certains artistes issus de cette époque, comme Christophe, Jacques Dutronc, Michel Polnareff ou France Gall, s’en sont très bien sortis et ont réussi à bâtir une carrière sur le (très) long terme, la majorité d'entre eux n’ont pas eu cette chance. Et restent souvent réduits au syndrome du one hit wonder, qu'on pourrait traduire par "un tube et puis s'en vont".

Mais comment ces titres mythiques ont-ils fait pour traverser les années et continuer à faire sensation sur les pistes de danse lors de chaque réveillon? "Je vois trois critères à la longévité d’une chanson, expliquait récemment Desireless. La fluidité de la mélodie. La simplicité des paroles. Et surtout, le fait que, dans les années 60, 70 et au début des années 80, l’offre des médias n’était pas aussi large que maintenant. Il n’existait que quelques chaînes de télé, quelques radios et pas d’Internet. Il était facile qu’une chanson passe partout en même temps et que tout le monde se l’approprie. Les choses ne sont plus si simples…" La preuve, elle a sorti un maxi L’expérience humaine l’été dernier. Qui a connu une superbe carrière… dans la sonorisation d’ascenseurs.

"J’ai aussi failli connaître les travers de la surexposition médiatique, raconte Gérard Lenorman en marge de sa participation à la soirée Make A Wish voici quelques semaines. Mais j’y ai résisté. Et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles je suis encore là aujourd’hui. Les télévisions ont toujours procédé d’une façon assez simple: plus on vous voit, plus on vous invite… et c’est un cercle vicieux. On peut donc vite se prendre au jeu et devenir trop présent, lasser les gens et bastonner ses tubes au risque d’être réduit à eux. Dans les années 70 déjà, j’ai arrêté de trop passer à la télé, et mes disques ont quand même continué à très bien se vendre."

Si Lenorman aurait pu se contenter de surfer sur ses hits originels comme Si j’étais président ou Michèle, qui continuent à lui assurer de généreuses royalties, il n’a jamais misé prioritairement sur son éternel fonds de commerce. "J’ai continué à sortir régulièrement des disques. Et si les médias n’en ont pas souvent parlé, ils se sont toujours bien vendus. De plus, je donne près de deux cents concerts par an, où je joue des anciens, mais aussi des nouveaux titres." Il ne renie donc pas ses vieux machins, mais les utilise intelligemment. Pour preuve: son disque "Duos de mes chansons" qui vient de sortir. Où il revisite ses standards en duo avec quelques pointures de la chanson française. L’incontournable Zaz l’accompagne sur La ballade des gens heureux. Tandis que Tina Arena s’époumone sur Voici les clés.

Simple opportunisme ou réelle volonté d’aller de l’avant? "Cela aurait été plus rentable et plus rapide de sortir une énième compilation, répond-il toujours aussi souriant, mais un rien piqué au vif. Je ne veux absolument pas rééditer les mêmes recettes. J’ai donc accueilli d’autres artistes qui ne se sont pas bornés à réciter mes textes selon le modèle original. Mais y ont chacun ajouté leur propre coloration. La nostalgie pousse à la répétition. Et la répétition mine la créativité. Je ne suis pas un passéiste."

Au contraire de nombreux autres artistes comptant quelques décennies au compteur. Qui, eux, revendiquent carrément l’inverse plus ou moins ouvertement. "Je suis très heureux d’avoir renoué avec la scène à l’occasion des shows Age tendre et Têtes de bois (qui alignent les anciennes gloires de la variété 60 et 70 – NDLR), lançait Richard Anthony l’an dernier sur TF1. Cinq mille personnes en matinée et autant en soirée, c’est éreintant mais c’est exceptionnel pour moi." Cette tournée remplit régulièrement des salles en Belgique et en France avec un line-up comprenant notamment Les Forbans (Chante), Julie Piétri (Eve lève-toi) ou Claude Dubois (Le blues du businessman). Au point que le concept s’est même décliné sur mer, donnant lieu à des croisières où nostalgiques aguerris embarquent en compagnie d’artistes du même calibre.

Là encore, tel un village gaulois, Gérard Lenorman refuse catégoriquement cet aller simple pour le passé. "Aller chanter les quatre mêmes oldies tous les soirs ne recoupe pas vraiment ma conception de l’artiste. Il faut continuer à aller de l’avant. En proposant sans cesse des nouveaux morceaux et de nouveaux arrangements pour les plus anciens. Et puis, surtout, il ne faut jamais se limiter à des instantanés du moment. Mon album "Nostalgies" (ça ne s’invente pas) date de 1978, et parlait déjà d’écologie. Les thèmes universels sont toujours gagnants sur le long terme. Dans un autre genre que le mien, regardez Indochine! Ils se sont remis en question, ont évolué, et ont alterné les hits plus simplets avec des chansons qui traitent, par exemple, des problèmes d’identité chez les adolescents. Tout le monde peut se reconnaître en eux. Voilà sans doute la raison pour laquelle des jeunes gens qui n’étaient pas nés lors de la sortie de Troisième sexe la reprennent à tue-tête lors des concerts."

Et plusieurs représentants de la "nouvelle" chanson française ne résistent pas à l’analyse. On imagine en effet assez mal les ados de 2030 s’approprier les instantanés de Bénabar, Renan Luce ou Vincent Delerm. "Ce n’est pas un reproche, mais ils sont très liés à leur époque, acquiesce Lenorman. Moi, je commence à sentir que j’ai bien vieilli. De grands journaux français genre Télérama découvrent enfin mes textes et mes musiques. Je pensais que ça ne me ferait rien. Mais en fait, je trouve ça très agréable. C'est presque une seconde jeunesse."

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