Tony Bennett et Lady Gaga sur la Grand Place: une soirée surréaliste

Quand Lady Gaga et Tony Bennett décident d'investir la Grand Place de Bruxelles pour y livrer un show unique de 45 minutes à l'occasion de la sortie de leur album commun "Cheek to Cheek" - et d'une concordance quasi magique de leurs agendas- on s'attend à tout.

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À du faste, à du live, à du vrai show à la hauteur de l'aura des deux méga stars de la pop et du jazz. La promesse est belle, mais déjà le gâteau commence à sentir le vomi quand le duo, venu avec une bonne demi-heure de retard, propose une conférence de presse "où les journalistes ne peuvent pas poser de questions". Un médiateur décide lui-même de ce qu'il convient de demander aux tourtereaux d'un genre nouveau où l'on apprend, en gros, l'admiration que se portent les deux chanteurs et à quel point Tony Bennett a changé la vie de la Gaga. Un poil plus sobre qu'à l'habitude, mais presque qu'à poil tout de même dans sa longue robe ultra fendue de velours bleu nuit, Lady Gaga minaude, fait des œillades et semble intouchable. Dans son monde, elle répond aux questions sans lâcher du regard la légende Bennett, lui même couvé des yeux par Adamo et le Grand Jojo présents dans la salle. Le tout dure 9 minutes top chrono. Le temps d'aller saluer les quelques fans agglutinés devant la scène sur la Grand Place et le duo s'en va. L'une se changer, l'autre se présenter à son concert au Cirque Royal prévu à 20h30. Ça promet…
 
Seulement voilà, quand le crooner de 88 ans et la pop star de 28 ans reviennent deux heures plus tard accompagnés de six musiciens face à une foule de 5.000 heureux gagnants Mobistar (et Moustique), la Grand Place s'illumine. La magie opère. Yvan Mayeur, le bourgmestre de Bruxelles, avait pourtant demandé en prélude du show dans un anglais très hésitant de ne pas applaudir pendant les morceaux pour ce concert qui sera "retransmis aux quatre coins du monde" mais pourtant la foule ne se retient pas. Moulée dans sa robe lamée or, la Gaga semble avoir un peu forcé sur les éclairs aux chocolat comme ne manquent pas de le souligner les trois quart de la foule en des termes bien moins gracieux. Tony Bennett, lui, malgré un son faiblard et une voix moins puissante impressionne toujours autant. Ce duo improbable se lance alors dans un show d'une petite dizaine de morceaux, parfois à deux, parfois seuls, et s'entraînent chacun dans une vague de sourires gigantesques. On entend quelques râles dans la foule du type "Elle peut pas chanter un autre genre musical la? Je veux entendre Poker Face!" quand les deux entonnent I Cant Give You Anything But Love dans un swing chaleureux ou lorsque la chanteuse se prélasse dans un fauteuil de velours rouge en criant "J'adore la Belgique". Peut-être que le public n'est pas encore prêt à ce que mademoiselle chante le jazz. Pourtant la pop star dévoile une nouvelle facette de ses talents, maîtrisant à la perfection la rythmique exigeante du swing, sur le splendide Nature Boy de Nat King Cole par exemple. Après deux remerciements et 45 minutes de show, Tony Bennett et Lady Gaga ferment définitivement le rideau sur une soirée spéciale, surréaliste, mais vraiment agréable au final.

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