Tinariwen – Emmaar

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La formation nomade touareg a trouvé refuge à Joshua Tree pour chanter l'espoir de son peuple.

 

En raison des troubles qui secouent le Mali, Tinariwen a dû trouver un autre campement pour poser ses guitares et lancer ses incantations blues porteuses d'espoir. "C'est la première fois que nous n'enregistrons pas sur notre territoire dans le nord-est du Mali", souligne Eyadou Ag Leche, le bassiste de cette formation à géométrie variable fondée en 1982. "Pour des raisons de sécurité et de logistique, ce n'était vraiment pas possible de faire notre disque là-bas, mais nous ne voulions pas pour autant quitter l'atmosphère du désert sans laquelle notre musique perdrait toute sa dimension. On a quitté le Sahara pour un autre désert, celui de Joshua Tree, en Californie. On a emprunté une vieille bâtisse située dans un coin isolé, on a transformé le salon en studio, déroulé les tapis, posé les micros et les notes sont sorties comme par enchantement."

 

Aidé par quelques musiciens américains (on entend la gratte du jeune Red Hot Chili Peppers Josh Klinghoffer et le flow du poète slam Saul Williams), "Emmaar", nouvel album de Tinariwen est entièrement centré autour du malaise malien. "Plus rien ne fonctionne, tout le système sanitaire, écolier et administratif est à l'arrêt. Des bandes de pillards profitent de l'instabilité politique pour semer le désordre et ajouter à la confusion générale. Nous, les Touaregs, nous sommes un peuple pacifique mais nous sommes à bout, on n'aime pas qu'on nous marche sur la tête." Chantés en tamasheq, le langage touareg, les psalmodies blues de "Emmaar" font croiser la détresse du Sahara avec la beauté sauvage de Joshua Tree. Les guitares électriques se mêlent aux percussions dont le rythme appelle autant à la méditation qu'à la transe. Entre hommage aux traditions ancestrales, cris de colère, revendication mais aussi déclaration d'amour au désert et à la solitude, "Emmaar" rappelle que le blues a toujours été la musique des opprimés, rare moyen d'expression capable de transformer la tristesse en beauté.

Luc Lorfèvre

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