Timbuktu – Sublime et révoltant!

Timbuktu fut l'un des chocs du dernier festival de Cannes. Et notre palme du cœur. Courez-y!

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Dans Timbuktu, le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako montre à voir le cauchemar des habitants d'une petite bourgade du Nord Mali tombée sous la coupe des djihadistes qui y imposent la charia. Rien de très réjouissant donc sur le papier. Sauf que Sissako est un cinéaste dans le sens le plus noble du terme. Qui parvient à dépasser le simple exposé de son sujet pour en faire une ode à la vie. Et à la résistance.

Il y a un fleuve, un village, un désert. Et désormais tout un tas d'interdits. On ne peut plus fumer, boire, faire ou écouter de la musique, jouer au football, paresser devant chez soi. Etre heureux ou au moins tenter de l'être. Sans parler de la condition des femmes, réduites à néant par des tribunaux improvisés qui rendent chaque jour des sentences aussi absurdes que définitivement tragiques. Et pourtant, nous rappelle Sissako, tous ces gens prient le même Dieu.

L'horreur pure. Que Sissako expose. Avant d'en démontrer les limites mais surtout l'absurdité. Ainsi, on sera choqué par une scène de lapidation d'une violence inouïe (mais comment pourrait-il en être autrement?). Mais on sera également émerveillé devant l'une des scènes clés du film: des jeunes garçons jouent au football sans ballon. C'est poétique. C'est beau. Et cela montre très clairement que l'on peut contraindre un peuple mais que l'on n'emprisonnera jamais son esprit. Et sa capacité à rêver. A avancer. A survivre en attendant des lendemains meilleurs. Contre toute attente, il nous faudra aussi réfréner un rire devant une scène hilarante. Durant laquelle deux djihadistes enregistrent une vidéo de propagande.

Voilà le grand film que l'on attendait pour dénoncer toutes les formes de fanatisme religieux. Car Timbuktu montre implacablement que la haine attire la haine. Alors, en sortant de la salle de cinéma, on est en colère. Mais on est aussi empli d'un profond respect pour tous ces hommes et ces femmes qui se battent au quotidien contre le fanatisme de quelques-uns. Que ce soit avec un couteau ou une caméra. Immense respect. – J.G.

> TIMBUKTU, réalisé par Abderrahmane Sissako. Avec Ahmed Ibrahim, Abel Jafri, Toulou Kiki – 97'.

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