Tiken Jah Fakoly, la révolution en chantant

En quinze ans de carrière et sept albums, le chanteur ivoirien est devenu à la fois un grand nom du reggae et un leader d'opinion.

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Depuis les débuts d'Esperanzah!, l'annulation de la dette du Tiers-Monde est une des causes que le festival soutient sans faille. Le chanteur reggae Tiken Jah Fakoly, dont c'est l'un des chevaux de bataille, est donc parfaitement à sa place dans la programmation. Il le sait: alors que son concert à Couleur Café était censé être une exclusivité belge cet été, il a lui-même insisté pour être présent à Floreffe.

Dreadlocks, barbiche grise et costume traditionnel sur scène, "Papa Tiken" est un vrai personnage. Du style jeune guerrier de ses débuts, le voilà devenu vieux sage. En apparence du moins. Parce que l'engagement du chanteur envers son continent d'origine n'a pas changé d'un iota. S'il a trouvé sa voie musicale dans le reggae, sono mondiale des peuples déshérités, sa vraie passion sera toujours l'Afrique. Impossible de parler de musique avec lui sans qu'invariablement, un discours politique ne prenne le pas.

Sur votre dernier album, "African Revolution", le reggae laisse plus de place au chant et aux instruments africains. Pourquoi cette évolution?
Tiken Jah Fakoly – Pour jouer un reggae vraiment africain. Nous avons beaucoup de jeunes musiciens très doués en Afrique, ils peuvent utiliser des instruments traditionnels pour les mêler à une musique plus moderne. Mais pour moi, cela reste du reggae "roots". L'origine du reggae, comme de beaucoup de musiques, c'est l'Afrique et le battement des tambours.

Vous avez aussi confié l'écriture de quelques textes à des auteurs français comme Magyd Cherfi (ex-Zebda) ou Jeanne Cherhal. Pourquoi?
Parce que j'utilise ces auteurs comme des traducteurs. Je leur donne un texte déjà écrit, à charge pour eux de le rendre compréhensible pour le public français. Je cherche le soutien du plus grand nombre possible de personnes dans mon combat.

Le reggae est-il le meilleur moyen pour faire passer vos messages?
Le reggae a toujours été une arme. Bob Marley s'en servait pour les combats qu'il menait. Tout le monde se souvient du "Peace Concert" qu'il a organisé à Kingston pour réunir les deux camps politiques qui se tiraient dessus. Nous suivons ses traces.

Pourtant, ce n'est pas son visage qui apparaît à l'arrière de votre scène mais ceux de Hailé Sélassié, Thomas Sankara ou Patrice Lumumba…
Ce sont des personnages qui ont voulu donner à l'Afrique une vraie indépendance politique et économique. Notre génération n'a pas le droit de les oublier. Il faut leur rendre hommage chaque fois que nous en avons l'occasion. Ils sont les premiers à avoir levé la tête pour tenter de nous donner une vraie dignité. Ils sont morts pour nous.

C'est quoi, votre révolution africaine?
L’éducation. Tant que le peuple africain ne sera pas en majorité éduqué, les choses ne changeront pas. Aujourd’hui, les dirigeants peuvent s’imposer à des peuples qui, majoritairement, ne sont pas alphabétisés. J’ai envie de leur dire de mettre leurs enfants à l’école et aux étudiants de s’intéresser vraiment à ce qu’on leur apprend.

Sentez-vous, au sein de la population africaine, une réelle envie de changement?
Il y a une minorité alphabétisée, une jeune génération dite "consciente", qui veut faire bouger les choses. Mais cela prendra du temps. Les pays occidentaux ont pris plusieurs siècles pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui. On ne peut pas nous demander de parvenir au même niveau d’évolution en à peine un demi-siècle d'indépendance.

 

Le 6/8 à ESPENRANZAH!

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