Thomas Van Hamme: « Je ne m’amusais plus »

Le "transfert de l'année" nous a donné rendez-vous à Knokke. Pour parler d'hier, d'aujourd'hui, de la RTBF et de RTL. Une discussion souriante et lucide.

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Thomas Van Hamme nous attend sur le canapé posé à l'entrée de la boutique tenue par son compagnon Jean. Presque anonyme au milieu des clients. Sa tenue décontractée et son sourire serein ont une petite touche surréaliste: il y a quelques semaines, l'animateur a déclenché un tsunami médiatique qui laissait la RTBF sans voix. Après son départ chahuté vers RTL-TVI, place à la quiétude revendiquée. Une attitude distillée dès les premiers mots échangés sous le soleil de la place "m'as-tu-vu" de Knokke…

On vous a laissé le choix de l'endroit pour cette interview. Pourquoi ici? Pourquoi maintenant?
Thomas Van Hamme – Parce que je ne suis pas ici en tant que "Thomas l'animateur", mais juste en qualité de compagnon de Jean, l'homme de ma vie. Nous allons passer une bonne partie de l'été ici, dans cette boutique de mode et de cosmétiques qui lui tient beaucoup à cœur. C'est ma façon de le soutenir, mais aussi de le présenter et de me couper de tout le reste en attendant la rentrée…

Votre compagnon a-t-il joué un rôle dans votre décision de quitter la RTBF pour RTL?
Il ne m'a pas influencé, non, mais on en a beaucoup parlé. Ça faisait un moment que je me cherchais et il le sentait. La fameuse crise de la quarantaine a sans doute joué son rôle… Mais je crois surtout que je tournais en rond et que je ne m'amusais plus comme avant à la télé. Seule la radio continuait à me procurer un vrai plaisir à la RTBF. Jean m'a poussé à y réfléchir.

La RTBF n'avait rien à vous proposer?
Je ne voyais ni perspectives ni nouveaux projets. La proposition de RTL est donc tombée à pic. La réflexion fut longue, mais j'avais envie de m'exprimer dans d'autres choses. Contrairement à ce que certains pensent, ce n'est pas RTL qui est arrivée en criant: "Viens, on a plein d'argent à te proposer, quitte donc la RTBF!"

Est-ce qu'il y a eu un détonateur?
La fin du jeu de connaissances GpiG, il y a deux ans. Ça a changé beaucoup de choses. Pour m'y investir à fond, je m'étais débarrassé de ma casquette de rédacteur en chef de C'est du belge. Du coup, quand GpiG s'est arrêté, je n'étais plus qu'un animateur qui lit un prompteur. Attention: j'ai toujours défendu C'est du belge, mais au fil des saisons, j'avais l'amère impression de me répéter. Car à côté de cela, je refaisais toujours les grands classiques: le Cirque de Monaco, le concert au palais, etc. Il y avait une sorte de frustration, le sentiment qu'on me faisait moins confiance pour animer des trucs plus gros. Or, j'ai régulièrement prouvé, à travers ma carrière, que je pouvais faire autre chose qu'une simple présentation face caméra…

Les animateurs ne peuvent pas venir eux-mêmes avec des projets?
Si, bien sûr. Mais à un moment, il faut qu'on vous mette sur la voie, qu'on vous lance des pistes. Ça doit se faire dans les deux sens. Un jour, je suis allé voir le directeur des antennes en lui disant: "Tu veux que je réfléchisse à un concept?" Il m'a répondu: "Tu sais, on n'a pas beaucoup de sous et tu as déjà C'est du belge, sois content. Par contre, si tu veux, je te verrais bien réaliser un documentaire sur ton père". C'était peut-être pas méchant, mais moi, je ne l'ai pas très bien pris. Ça fait vingt ans que j'essaie non pas de faire oublier mon père, parce que je suis très fier de ce qu'il fait, mais d'exister avec mon prénom. Je me suis dit: "Purée, 20 ans de télé pour être résumé à n'être que le fils de Jean Van Hamme!"

A quand remonte le premier contact avec RTL?
Au mois de mars, de manière très douce. Il y a eu beaucoup de rencontres, de discussions. J'aime beaucoup la RTBF et il se fait que le mercato, ici en Belgique, est assez décisif. Si tu choisis d'aller chez l'un, tu reviens difficilement chez l'autre. La décision à prendre était lourde. J'avais besoin d'assurances et de sentir qu'on avait vraiment envie de travailler avec moi. J'ai eu d'excellents contacts avec Freddy Tacheny et Stéphane Rosenblatt, et le climat de confiance s'est installé…

Psychologiquement, c'est compliqué? On imagine que ça doit se bousculer…
Ce fut une période de doutes et d'angoisses. Vous quittez une maison où vous connaissez tout le monde pour arriver dans une autre où vous ne connaissez personne et qui fonctionne différemment. Vous quittez aussi un employeur qui vous a nourri pendant près de vingt ans. Certains journaux ont écrit que j'étais en pleurs au moment d'annoncer ma décision dans le bureau de Jean-Paul Philippot. Eh bien oui, j'avais la larme à l'œil, car c'était très émouvant… Aujourd'hui, ça va beaucoup mieux. Je me suis installé à mon bureau de l'avenue Georgin le 1er juillet, et je me sens revivre.

Avez-vous le sentiment d'avoir blessé des gens?
Je ne pense pas. Des gens se sont écriés: "Tu es fou! Tu te rends compte de ce que tu fais?" Ça a sans doute été un choc pour certaines personnes qui aimaient travailler avec moi. Mais j'ai reçu plein de messages extraordinaires de gens qui comprennent ma démarche. Dans le fond, je crois que l'administrateur général Jean-Paul Philippot a aussi compris, mais il a eu le sentiment de se faire agresser par RTL. Ça a d'ailleurs été une période assez tendue. Mais la corrida entre la RTBF et RTL n'est pas mon problème.

Dans un récent communiqué, après le départ de Stéphane Pauwels, la RTBF a évoqué une guerre ouverte…
Oui, et nous ne sommes que les jouets de leur stratégie! Honnêtement, on exagère les choses. Tout ce barnum médiatique m'a saoulé. En ce qui me concerne, l'info est sortie dans la presse beaucoup trop tôt: c'était visiblement trop énorme pour que les gens tiennent leur langue… Mais après, ce sont surtout les médias qui ont fait monter la sauce. Moi, aujourd'hui, j'ai juste le sentiment de changer de job, et non de passer dans le camp ennemi. Pour les téléspectateurs, c'est secondaire. Ils ne se concentrent pas sur une chaîne en particulier, mais sur une émission qu'ils aiment ou un animateur qu'ils apprécient. Je les rassure: je vais rester le même.

Pourquoi croyez-vous que les responsable de RTL vous ont engagé?
Ils voulaient quelqu'un qui corresponde à des projets précis. Ils cherchaient un profil comme le mien, qu'ils n'avaient pas encore chez eux: un animateur avec une base journalistique. Et je pense pouvoir compléter avec ma spontanéité, mon sourire, mon envie de bien faire et mon expérience. J'en profite pour faire taire les mauvaises langues: non, je ne vais pas remplacer Jean-Michel Zecca! D'ailleurs, pour moi, il reste le meilleur animateur de divertissements sur la place.

Si RTL vous avait proposé uniquement de la radio, vous auriez accepté?
Bien sûr. Et le projet qu'on développe actuellement avec Barbara Mertens, pour la tranche info du matin, est passionnant. Mais aujourd'hui, ça devient difficile de se passer de la télé quand vous faites de la radio. C'est paradoxal: la radio a besoin de visages télé pour une identification plus efficace. Ceci dit, la radio est quelque chose qui me satisfait amplement. Réveiller les gens le matin, c'est dur physiquement et socialement, mais c'est un moment tellement intime et privilégié… Très sincèrement, je pourrais me passer de télé. Je sais que cela entre en contradiction avec le narcissisme propre aux animateurs. Mais après toutes ces années, j'ai peut-être moins cette envie de voir à tout prix ma bobine à l'antenne.

Racontez-nous donc votre meilleur souvenir… à la RTBF.
Ça restera Génies en herbe. Ma première famille! C'est difficile à expliquer, mais il y avait vraiment une ambiance familiale, et je crois que ça se ressentait à l'antenne. Selon moi, c'est l'image parfaite d'une RTBF qui n'existe plus aujourd'hui. Les restructurations et autres plans Magellan ont transformé la façon de bosser. C'est plus "à l'américaine". Avec Génies en herbe, il y avait encore ce côté artisanal et boyscout. D'ailleurs, l'émission est inscrite dans la mémoire collective. C'est culte. Curieux, d'ailleurs: aujourd'hui, je me sens justement comme un gamin qui a envie de s'émerveiller et d'apprendre encore plein de choses…

Dites-nous une chose que vous n'avez pas encore dite aux autres médias…
(Il réfléchit.) Peut-être que je suis heureux, tout simplement.

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