Thomas Fersen – Aux portes du paradis

Dandy de grand chemin, Thomas Fersen revient trois ans après "Trois petits tours". Un délai finalement raisonnable pour un artiste qui considère parfois la paresse comme un job à plein temps. "Je suis un oisif à tendance active.

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Dandy de grand chemin, Thomas Fersen revient trois ans après « Trois petits tours ». Un délai finalement raisonnable pour un artiste qui considère parfois la paresse comme un job à plein temps. « Je suis un oisif à tendance active. Je peux passer un temps fou sans écrire juste parce que j’ai besoin de ne rien faire pour me ressourcer. Mais pour ce nouvel album, je suis arrivé à écrire plusieurs titres de suite. Ce qui ne m’était jamais arrivé. » Mais s’il s’est fait violence en regardant un peu moins pousser l’herbe entre chaque chanson, Thomas n’a pas bâclé son ouvrage pour autant.

« Je suis au paradis » est un véritable aller simple pour le septième ciel. Notamment grâce à des mélodies ciselées avec soin et des textes, comme d’habitude, extrêmement soignés, voire carrément littéraires. « Tant pis si cela me donne des airs snobs, mais je fais partie des auteurs qui adorent utiliser le mot juste, quitte à ce que celui-ci soit rare et sonne précieux. Ce n’est pas pour me la jouer, mais bien pour jouer avec la langue française. »

Alors que certains représentants de la nouvelle chanson française se gavent des banalités du quotidien et d’amourettes sans saveur, Fersen met en musique certains démons peuplant son paradis (Dracula, Barbe Bleue et même des Loups-garous) qui vire donc parfois à l’enfer. Un peu comme chez le cinéaste Tim Burton ou l’écrivain de théâtre Michel de Ghelderode, aux univers fantasmagoriques traversés de chauves-souris et de squelettes brinquebalants.

« J’ai toujours souhaité mettre sur pied un paysage cohérent autour de chaque disque. La pochette, qui me représente affalé sur le divan d’un vieux bordel, y participe. » Et ce Fersen-là, croqué par le dessinateur de BD Christophe Blain (Isaac le pirate), rappelle d’ailleurs étrangement le Gainsbourg imaginé au cinéma par un autre chantre du neuvième art, Joann Sfar.

« Je sais qu’il est de bon ton, surtout pour le moment, vu les 20 ans de sa mort, de se revendiquer de l’héritage de Serge Gainsbourg. Mais, contrairement à lui, je ne vois pas la chanson comme un art mineur. Peut-être parce que je ne sais faire que ça, finalement. Lui, il enchaînait des disques, des films, des textes pour d’autres. Moi, il me faudrait une autre vie pour écrire un bouquin. Chacun son truc et son talent, les miens consistent à prendre mon temps. »
Frédéric Vandecasserie

Le 27/5 au Théâtre royal de Namur.
Le 22/10 à l’AB.


Thomas Fersen – Je suis au paradis

PiaS
Notre avis: trois étoiles

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