Testé pour vous: la cigarette électronique

Elles fument comme les vraies, produisent aussi de la nicotine, mais ne contiennent aucune des substances nocives liées à la combustion du tabac. Une véritable alternative?

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Un après-midi comme un autre, dans le fumoir, chez Moustique. Un énième débat s'engage sur la meilleure façon de réduire sa consommation de cigarettes.

C'est que, chaque jour, 50 Belges meurent d'une maladie liée au tabac. Et dès le 1er juillet, on ne pourra plus fumer dans les cafés. Mais les substituts nicotiniques ne semblent pas fonctionner si bien que ça. Entre 25 et 33 % de leurs utilisateurs seulement passeraient le cap des six mois sans fumer. Quelqu'un ressort alors un paquet entamé de cigarettes Ryanair, celles que proposent les hôtesses pendant les vols et que personne n'ose acheter. À raison, d'ailleurs. Impossible de tirer la moindre satisfaction de cette infâme tige imbibée de nicotine. Et cette impression gênante d'être en train de violer un coton-tige…

En revanche, ma curiosité est titillée. N'ai-je pas entendu parler quelque part de l'existence de cigarettes électroniques, moins toxiques? Google confirme: elles fumeraient autant qu'une vraie et délivreraient aux accros leur dose de nicotine. Sauf qu'elles ne brûlent pas de tabac et ne dégagent ni odeur, ni goudron, ni CO, ni aucune des dizaines de substances cancérigènes qu'inhalent les fumeurs et leur entourage. L'engin est constitué de trois parties: une batterie, qui chauffe une résistance située dans un atomiseur, lui-même alimenté par une cartouche contenant quelques gouttes de liquide nicotiné. Ni une ni deux, la commande est passée dans une boutique en ligne (il n'y a que là qu'on les vend). De quoi m'initier, pour une petite cinquantaine d'euros.

Semaines 1 et 2: Une découverte

Je m'imagine déjà, ma clope 2.0 au bec, fumant dans toutes sortes de lieux interdits: boulot, cafés, transports en commun, etc. Apparemment, rien dans la législation ne m'en empêche. En attendant mon colis, j'en profite pour explorer le sujet. La commercialisation des e-cigarettes, non reconnue par les autorités sanitaires, est interdite en Belgique (je ne citerai donc pas de marques). Si les douanes s'en mêlent, pas sûr que je fume un jour électronique. "Fumer"? Non. Dans la communauté manifestement croissante des convertis à la e-cigarette, un vocabulaire spécifique s'applique: ne parlez plus de fumeurs, mais de "vapoteurs". Quant aux cigarettes classiques, on leur préférera le terme de "tueuses". Je découvre aussi en vrac que des stars comme Johnny Depp, Leonardo DiCaprio ou Katherine Heigl s'y sont mises elles aussi. Que tout l'art du vapotage consiste à retrouver le "hit" et le "gratouillis" des "tueuses", ce léger picotement au fond de la gorge, véritable point G du fumeur. Et que pour y arriver, il faudra vraisemblablement expérimenter différents modèles, voire un peu bricoler.

Puis, un matin, le paquet arrive à la rédaction. Mine de rien, l'heure est un peu grave. Je ne pensais pas arrêter le tabac, juste diminuer la cigarette… Quelques heures plus tard, je tire ma première e-taffe. Verdict: convaincu! Le liquide standard est très loin du goût du tabac, mais l'important est ailleurs: hit et gratouillis sont bien présents, tout comme la sensation de satiété en nicotine. Tout ébaubi, je me prends même à croire que je pourrais préférer la vapote au tabac. Et le meilleur est à venir. Dès le lendemain et pendant plusieurs jours, sans effort, ma consommation de vraies clopes tombe brutalement de 25 à 5 unités. Mon estime de moi, elle, remonte.

Semaines 3 et 4: La désillusion

Je me prends au jeu. En quelques jours, me voici à la tête d'une petite collection de modèles différents et d'une tripotée de liquides en tout genre. Le côté geek de la chose me convient. Ce ne sont peut-être pas de vraies clopes, mais c'est un vrai hobby. Comme d'autres vapoteurs, je teste, à travers les nombreuses techniques et options disponibles, la sensation ultime. Mieux, je peux parader devant famille, collègues et amis: en deux semaines, bien au-delà de mes espérances, j'ai fumé en tout et pour tout deux "tueuses". Mais je ne suis pas entièrement dupe. Un peu moins esclave du tabac, mais pas encore affranchi, j'évolue dans une sorte de liberté conditionnelle un peu déroutante. Quand je croise un vrai fumeur, je n'ai plus l'impression qu'on soit encore du même monde. Mais ma dépendance à la nicotine demeure.

La réalité, d'ailleurs, ne va pas tarder à me le rappeler. Un jour, brutalement, tout part en quenouille. Le stress d'une sale journée au boulot, quelques soucis avec le matériel et me voilà, fumant trois Camel de suite, comme pour me venger de toutes celles que je n'ai pas eues. Ce n'est pas une rechute passagère, puisque ma consommation remonte à 7-8 vraies cigarettes par jour, niveau auquel elle s'est maintenue depuis. Que s'est-il passé? Tout s'est peut-être enchaîné trop vite et trop facilement. Il y a sans doute là quelque chose d'un deuil mal négocié. Mine de rien, il y a encore quinze jours à peine, j'étais un gros fumeur.

Semaines 5 et 6 : Le bilan

La semaine suivante, un tabacologue me fournit une autre explication. Ce n'est pas un opposant radical au vapotage. Il admet même qu'il semble moins nocif que le tabac. Mais il rappelle qu'à l'inverse des substituts vendus en pharmacie, le dosage en nicotine des e-cigarettes est laissé à l'appréciation de l'usager, au risque d'en abuser. Sur ce, je calcule ma consommation actuelle en équivalent cigarettes… pour constater qu'elle égale 3 paquets par jour! Pas étonnant, je vapote désormais devant mon ordinateur, en regardant la télé, dans le train, etc.

Résumons. J'ai commencé la cigarette électronique pour réduire ma consommation de "tueuses". Ce qui fut fait. Mais me voilà aujourd'hui conseillé de réduire ma consommation électronique, car gare à l'excès de nicotine… Retour au point de départ? Oui et non. Arrêter la cigarette sans douleur et remplacer celle-ci par une nouvelle forme de plaisir. Pas très judéo-chrétien tout ça. J'ai bien vu qu'autour de moi, notamment chez d'anciens fumeurs, il est communément admis qu'un vrai repenti se doit de parcourir un chemin de croix. En revanche, ce changement de régime m'a poussé à réfléchir, pour la première fois, à mes habitudes et à ma dépendance. D'ailleurs, je compte bien m'accrocher et retenter le sevrage. De "tueuses" s'entend. Pour la nicotine, on verra après, mais certains ont réussi à s'en passer en vapotant des liquides non nicotinés. Et puis cette fois, mes expériences seront partagées avec les cinq autres émules que la cigarette électronique a déjà faits au sein de la rédaction de Moustique.

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