Tenir une bonne gueule de bois – Que faire et ne pas faire.

Les lendemains de fête qui déchantent: mal de crâne, hauts-le-cœur, bouche pâteuse…
Jamais, plus jamais?

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Certaines expressions de la langue française sont tout simplement parfaites pour décrire une situation: la gueule de bois, par exemple. En effet, comment mieux définir cette sécheresse de la bouche qui s’installe lorsqu’on a trop bu la veille et qui traduit un état général de déshydratation? De fait, l’al-cool est un puissant diurétique. Il favorise en outre le transfert de l’eau des cellules vers le milieu extracellulaire, ce qui intensifie encore la sensation de soif. Bref, on boit, on pisse, on boit, on pisse: une triste façon de passer ses nuits. D’autant que ces allers-retours aux toilettes se doublent souvent de terribles maux de tête. Qui en est responsable?

Le foie en effervescence

Là encore, on incrimine l’alcool. En réalité, celui-ci intervient peu dans le déclenchement des céphalées. La faute revient plutôt au méthanol que l’on retrouve presque toujours en faible quantité dans ces boissons ainsi qu’aux milliers de “congénères” qui donnent leur couleur et leur goût aux boissons spiritueuses. Du point de vue biologique, ces douleurs qui vrillent dans la tête s’expliquent par une modification de la composition du liquide céphalorachidien qui baigne dans le cerveau. Elles passent par un pic lorsque l’alcool lui-même a totalement disparu du sang. D’où ce conseil, totalement idiot, de se remettre à boire pour chasser une gueule de bois. Car on ne fait ainsi que repousser le problème.

Et les médicaments? De façon générale, il vaut mieux les éviter. Au lendemain d’une beuverie, le foie œuvre déjà au maximum de ses possibilités. N’importe quel médicament viendrait alors perturber son travail. Ainsi le paracétamol que l’on recommande souvent contre la fièvre et la douleur est contre-indiqué dans ce cas particulier. Son hépatotoxicité sort renforcée d’une association avec l’alcool. Ne prenez pas non plus d’anti-inflammatoires comme l’aspirine. Le soir même, elle augmente le taux d’alcool dans le sang. Le lendemain, elle produit des maux de ventre sans forcément soulager la tête. à quoi bon?

Enfin, on peut essayer le sport en espérant que l’augmentation de la dépense calorique accélère la dégradation de l’alcool. Les plus courageux seront peut-être tentés d’aller nager, d’aller courir ou rouler à vélo. C’est mal connaître la physiologie. Car l’alcool n’est pas métabolisé par le muscle, mais par le foie. Or, celui-ci se fiche pas mal de l’activité physique. Certes, on élimine aussi une faible partie de l’alcool (environ 5 %) directement par la sueur, par les urines et par la respiration (le principe de l’alcootest). Mais même en transpirant abondamment, le sportif n’évacuera que quelques grammes d’alcool, alors que le corps est aux prises avec des doses vingt fois plus élevées. Au total, on s’aperçoit qu’il est tout à fait illusoire de se mettre à faire du sport quand on a la gueule de bois. C’est même dangereux compte tenu des problèmes d’attention. Le seul remède efficace consiste à prendre l’air, boire beaucoup d’eau, laisser passer le temps et adopter de bonnes résolutions.

Juste des alcooliques

“Plus jamais ça!” Ces mots forment à peu près la seule pensée cohérente parmi toutes celles qui tournent en boucle dans la tête. Malheureusement, on tient rarement ses engagements de tempérance. L’expression promesse d’alcoolique décrit bien l’enfer dans lequel l’alcool plonge ses prisonniers. Et pour cause! De toutes les drogues connues, l’alcool est probablement celle qui induit la plus forte dépendance.

Dans le livre Please Kill Me consacré à l’émergence des groupes punk, on trouve un tas de détails sur la déchéance des uns et des autres ainsi que la liste de toutes les drogues qu’ils consommaient: héroïne, LSD, cocaïne, PCP (peyotl de synthèse), speed. Au fil des pages, il apparaît cependant que l’alcool demeure la pire de toutes. “Les gens romancent”, intervient le manager Danny Fields qui a produit une série de chanteurs et de groupes mythiques tels que Lou Reed, Iggy Pop, Les Ramones… Il pose alors un regard très lucide sur leur type de dépendance. “Les junkies vous racontent souvent qu’ils ont essayé toutes les drogues les plus dures. Mais la plupart du temps, c’est juste des alcooliques”.

Illu: CÄäT

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