Tendances Spécial Saint-Nicolas – Alors on joue?

Éducatifs, basés sur les réflexes ou la concentration, la culture générale ou la coopération, les jeux de société ont la cote en cette fin d’année. Vraiment? Oui, vraiment.

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Étalez le plateau en carton, composez les équipes (hommes contre femmes, enfants contre parents…) et faites rouler les dés… Que ceux qui voient dans ces préparatifs une soirée ennuyeuse se détrompent: le jeu de société n’a jamais été aussi en vogue qu’aujourd’hui. Il se dit même qu’il se consolide. Paroles de vendeurs! "Chez Carrefour, les catalogues de jouets laissent plus de place aux jeux de société que les années précédentes, reconnaît Vera Vermeiren, porte-parole de la chaîne d’hypermarchés en Belgique. Il y a un retour aux classiques. Mais aussi une question financière: un jeu de société coûte moins cher que des jeux électroniques ou des consoles."

Au magasin de jouets La grande récré d’Auderghem, la responsable Séverine Blanckaert va encore plus loin: "Je ne pense pas que le jeu électronique détrônera un jour les jeux de société". Avant d’évoquer le cadeau "sans-faute": "Ce qui attire les enfants, ce sont les jeux qui ont une publicité à la télé". Si certains parents, oncles ou parrains-marraines hésitent quant aux surprises de Saint-Nicolas, le conseil est donné: regardez le petit écran, vous y découvrirez probablement ce que convoite votre petit trésor…

 

Et n’allez pas croire que les jouets seront forcément préférés aux jeux de société: "J’ai des rayons de 15 mètres remplis jusqu’au plafond de jeux qui se vendent très bien", confirme Séverine Blanckaert. Cette gardienne de caverne d’Ali Baba dans laquelle les bambins se laisseraient volontiers enfermer pose un constat commercial: "Les jeux de société s’écoulent évidemment très bien à l’approche des fêtes mais aussi lorsque la météo nous contraint à rester à la maison. Dès que l’été est pluvieux ou que les températures chutent brutalement, on assiste à une hausse des ventes".

Bon pour les petits

Garant de moments en famille, d’éclats de rire ou de développements cognitifs (eh oui!), "le jeu de société apporte beaucoup aux enfants, fait remarquer Anouck Thibaut, spécialiste jeux et jouets au Ligueur, le journal de la Ligue des familles. Même si pour moi c’est secondaire par rapport au plaisir de jouer, les jeux de société amènenten effet à réfléchir, à développer certains réflexes, à travailler la mémoire. Et puis jouer en société, c’est aussi apprendre à respecter des règles, à accepter de perdre ou de passer son tour".

Cool, pas (trop) chers, ludiques, favorisant de multiples apprentissages, les jeux de société ne manquent pas d’avantages. De quoi boycotter les jeux électroniques et en réseau qui ont souvent mauvaise presse en raison des risques associés aux écrans à haute dose? Eh bien non, et c’est aussi intéressant à noter, la Ligue des familles ne déconseille pas formellement les jeux high-tech au profit des "traditionnels", mais invite les kids (et leurs parents) à combiner raisonnablement les deux.

Toujours dans l’intérêt public, le programme Yapaka de la Fédération Wallonie-Bruxelles veut encourager les adultes à passer du temps avec leur progéniture. Dans sa campagne de sensibilisation "Jeu t’aime", on voit des parents jouer aux cartes avec leurs enfants, reconstituer un puzzle, lancer des dés… Sur fond de piano, on les entend parler de ce que leurs loupiots aiment dans ces jeux. Le message est limpide: jouer avec son fils ou sa fille est un excellent moyen de tisser du lien. Les gamins en redemandent d’ailleurs.

Un constat posé depuis longtemps par les professionnels de l’enfance, notamment par les psychologues et logopèdes qui utilisent des jeux tels que Rendez-moi mes pommes qui apprend aux enfants à compter, Twister qui les incite à comprendre les règles de groupe, ou encore Vocabulon qui développe leur… vocabulaire. Le bon plan pour tester plein de jeux sans devoir les acheter ni les stocker? S’inscrire dans une ludothèque (adresses via http://ludobel.be). Ou participer à un des moments de jeux en commun, organisés par Yapaka (prochain rendez-vous: ce dimanche 24 novembre aux Halles Saint-Géry à Bruxelles). L’entrée est libre et les organisateurs l’assurent, ceux qui viendront y prendront goût!

… comme pour les grands

L’autre tendance nous vient d’Allemagne. Là-bas, c’est chez les adultes que les jeux de société cartonnent. Moins coûteuse que le restaurant ou le cinéma, la game party entre amis permet l’échange, le fun et même la compétition. Car les nombreux titres pour adultes qu’on trouve sur le marché n’ont plus grand-chose à voir avec les vieux Trivial Pursuit, Monopoly ou la course de chevaux. Ici, on parle de hits aux noms pour le moins explicites: La mort s’habille de blanc, Black Box, ou même Privacy No Limit.

Pas d’amis pour jouer avec vous? Connectez-vous à Internet et tapez "soirée jeux" pour en dégoter une près de chez vous. En région bruxelloise, elles figurent même dans certains bulletins communaux. Ouvertes à qui veut, chacun y vient avec son jeu ou simplement sa bonne humeur. On en a testé une du côté de Saint-Gilles. Avouons-le, on craignait quelque peu de tomber sur un plombant tournoi de Scrabble – belote. Eh bien, on en a été pour nos frais et nos clichés: la soirée était jeune et plutôt branchée. À côté de nous pour nous initier à Pandémie, un certain Paolo, technicien quelque chose dans le domaine de la musique (on n’a pas retenu), hyper-calé dans ce jeu dont le but est visiblement de gagner ensemble contre le plateau. Au final: une bonne ambiance, une victoire et même des rencontres sympas qu’on aurait bien prolongées autour d’un verre.

Et si vraiment, vraiment, certains s’obstinent à douter du sérieux ou de l’intérêt des jeux de société, qu’ils aillent faire un tour du côté de la Haute École Defré à Uccle. Là-bas, en un an à raison de trois soirs par semaine, on apprend notamment les aspects psychologiques et pédagogiques du jeu, son histoire ainsi que les techniques d’animation. Un concept tout neuf chez nous puisque les premiers diplômés sortiront en juin, mais en France cette formation existe depuis 30 ans déjà. Plus de doute possible, non seulement le jeu de société est résolument tendance, mais en plus, il a de l’avenir.

 

Pour bien choisir un jeu de société

– Demandez conseil aux vendeurs: ils sont souvent formés et savent quels jeux correspondent à quels caractères.

– Multipliez les styles: choisissez des titres avec des règles et des univers (pirates, princesses, espace, cow-boys…) différents. Il y en aura forcément un qui plaira à votre enfant.

– Si votre petit boude les jeux de société, offrez-lui un jeu qui se joue rapidement. Une partie qui dure moins d’un quart d’heure, c’est idéal entre le bain et le dîner ou avant le dodo. Et parfait pour y prendre goût!

 

Notre top 3

#1 Sylladingo (Asmodée)

À partir de 6 ans

De 2 à 6 joueurs

Durée d’une partie: 15 mn

L’objectif: apprendre à constituer des mots. De quoi enrichir le vocabulaire de son enfant de primaire de 700 mots. Et ça, en jouant!

#2 Carpathes (Asmodée)

À partir de 10 ans

De 3 à 5 joueurs

Durée d’une partie: 1 heure

Le temps d’une partie de cartes, devenez le seigneur des vampires et asservissez tous vos adversaires. Brrr, magnifiquement sanguinaire.

#3 Les lettres de Whitechapel (Edge Entertainment)

À partir de 14 ans

De 2 à 6 joueurs

Durée d’une partie: 2 heures

Promenez-vous dans les rues sombres et malfamées de Whitechapel, dans le Londres glauque de 1888. Pile lorsque sévissait l'infâme – et à ce jour non identifié – Jack l'Eventreur. L'un des joueurs sera ce personnage, il tentera de commettre cinq crimes tandis que les autres devront l'attraper. Jack a plusieurs cachettes, il s'agit donc d'un jeu de course et de bluff.

Le plein d’idées

L’ASBL LUDO réunit chaque année un jury d’experts pour élire le meilleur jeu familial de l’année. La Ligue des familles soutient la démarche mais ne sachant visiblement pas choisir, elle établit également de son côté une liste de ses 30 maîtres choix. À découvrir sur leurs sites Internet: http://ludobel.be et www.liguedesfamilles.be.

De l’écran au plateau

Au départ, Zombicide, c'était un jeu vidéo. Aujourd’hui, c’est devenu un jeu de société coopératif, édité par Guillotine Games, qui cartonne chez les 13 ans et plus. Il propose au(x) joueur(s) (singulier et pluriel car on y joue de un à six) de tenter de survivre dans un monde envahi par les morts-vivants. Franchement hostile donc, mais basé sur la collaboration car chaque survivant dispose de dons particuliers et se doit d'aider les autres. Les amateurs joueront une demi-heure, les pros tiendront jusqu'à quatre heures! Il faut dire que les concepteurs ont fait preuve d'imagination en inventant des plateaux modulables et dix scénarios de départ, pouvant eux-mêmes évoluer en fonction des envies des joueurs.

Si vous n'adhérez pas au principe, vous craquerez néanmoins pour la qualité des figurines, sculptées par de vrais artistes et que certains fans s'amusent carrément à peindre. Sans doute apprécierez-vous aussi le message véhiculé par ce jeu, qui dénonce une société poussée à sa perte pour avoir été trop loin dans la recherche scientifique et dépassée par ses créations qu'il faut maintenant éliminer. Et si vraiment les zombies ce n'est pas pour vous, ayez une pensée pour les concepteurs du jeu. Au départ, personne ne croyait en leur projet et c'est via un financement participatif (crowdfunding) qu'ils ont pu le lancer en 2012… et de crouler désormais sous la demande du public.

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