A-t-on vraiment marché pour Charlie ce dimanche?

Nous étions 20.000 hier à battre le pavé à Bruxelles. Au nom de la liberté et de nos valeurs. 20.000 à traverser la capitale pendant plus de deux heures dans le froid et le calme. Tout au long du cortège, de nombreuses questions nous ont traversé l'esprit comme les raisons de notre présence ou la valeur de ce "combat" qui est d'être Charlie là où les "vrais" Charlie prenaient mille fois plus de risques. Ou des suites à donner à cette marche. Finalement, oui, #JeSuisCharlie mais pas que... et pas vraiment... Ce serait trop facile.

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Ce dimanche, comme 20.000 personnes, j'ai marché à Bruxelles. Je n'en retire rien comme gloire ou sentiment d'un monde qui a changé. J'ai marché.  J'ai ri des bons mots entendus autour de moi et prouvant que le rire triomphe de tout. J'ai écouté. J'ai applaudi avec la foule même si je ne savais pas trop ce que j'applaudissais: les gens qui avaient bravé le froid, la liberté d'expression ou si c'était une sorte d'hommage étrange à la mort de 17 innocents?

Tout au long du cortège, je me suis félicité de ne voir que très peu de calicots politiques hormis quelques groupuscules qui manifestement ne représentaient qu'eux-mêmes.

J'y ai vu beaucoup d'émotion, sincère et contenue. J'ai écouté le calme de la marche sans cris, sans pétards, sans chants. Il n'y avait ni célébration ni protestation.

Dans la foule, sur les trottoirs, j'ai vu des noirs, des arabes, des juifs, des barbus, des bien rasés, des chevelus et des chauves qui affichaient leurs convictions résumées en un mot : "Freedom". Je ne sais pas si nous étions tous Charlie. Je ne l'ai pas demandé. J'avais décidé de ne me draper d'aucun étendard, slogan ou autocollant mercantilement offert par des journaux parce que je n'arrive toujours à définir précisément pour qui, pour quoi j'ai marché.

En marchant, je me suis demandé si je servais la cause de la liberté, de prétexte à une prochaine récupération politique ou si ma présence était un micro-gage d'un meilleur avenir.

Plus on s'éloignait de la gare du Nord, plus j'y pensais, plus on s'approchait de la gare du Midi et de son quartier métissé, plus je n'arrivais pas à me définir dans un rôle précis.

En reprenant le train, j'ai traversé le boulevard où s'alignent les tea-rooms fréquentés exclusivement par des hommes musulmans. Je n'ai pu m'empêcher d'accélérer. Bêtement. Sans aucune raison et avec le sentiment d'être un âne.

Arrivé à la gare, je n'étais plus vraiment Charlie. Je me sentais plutôt désemparé face l'étendue du chantier qui sera de transformer l'impasse où l'on s'est enfermés en une société dont nous serons fiers. Et nous le ferons, parce que ce mouvement de foule, cette solidarité, cette vague d'émotion (avec ce que l'émotion a de plus noble et de plus négatif) ne peuvent pas au simple stade du crayon symboliquement levé et de la contestation.

Tous, nous devrons nous battre pour se réapproprier nos libertés et pour ceux qui en sont privés. Au nom de tous les Charlie qui tombent chaque jour pour ces valeurs.

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