Super-classe

Maintenant, c’est le golf qui est classe. De mon temps où j’étais jeune, le sport méga-classe, c’était le tennis. La preuve: je n’en faisais pas. On jouait en blanc avec des raquettes Donnay, des polos Lacoste et des pompes Fred Perry bien chers, on était poli sur le terrain, on ratissait tout bien la brique pilée après le match…

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Et ce qui est bien, aujourd’hui que le tennis s’est démocratisé (le golf aussi: non, je rigole), c’est qu’il a gardé ce côté classe. Dans le tennis, on n’est pas discourtois. Par exemple, on ne dit pas qu’untel ou unetelle s’est "dopé(e)", comme dans les sports de ploucs genre le cyclisme, et que donc il ou elle est suspendu un an, voire à vie. C’est grossier.

Au tennis, quand un joueur ou une joueuse est pincé à un contrôle anti-biiip, il ou elle en est informé(e) en cachette par la Fédé, qui lui demande (poliment) de faire "un pas de côté", de convoquer une conférence de presse et dire qu’il ou elle est "fatigué(e)". Qu’il ou elle "ne supporte plus tous les efforts" et qu’il ou elle "a eu beaucoup de blessures, ces derniers temps".

Qu’il ou elle est sur le circuit depuis "si longtemps" et qu’il ou elle a "épuisé toute son énergie". Et donc qu’il ou elle met "volontairement" fin à sa carrière. Ou fait une pause. Ou ne dit rien mais fait quand même une pause d’un an tout pile "pour soigner une blessure". Donc la Fédération de tennis est contente parce son sport reste classe, les sponsors restent contents d’être associés à un sport classe, les télés sont contentes de faire de l’audience… La classe, quoi.

Jeudi dernier, Marion Bartoli, 28 ans, dernière lauréate de Wimbledon, annonçait qu’elle arrêtait "volontairement" sa carrière. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit: la Française était donc biiipée. Je n’en sais rien. C’est juste que Marion doit avoir battu le record du monde du coup de fatigue.

La veille (donc mercredi), elle tweetait encore ceci: "J’attends Roland-Garros avec impatience!" Deux jours plus tôt: "Je suis pressée de jouer l’US Open!" Dans le journal L’Equipe: "J’ai d'autres rêves (que Wimbledon): gagner la Fed Cup et une médaille aux JO à Rio." Et à son partenaire de double-mixte, Nicolas Mahut: "Mardi, elle me disait qu'on allait jouer le double à l'US Open. Elle parlait des prochains Masters et des JO…" Donc Marion était encore fort chaud boulette, question tennis. Jusqu’à jeudi, où elle annonce en pleurs: "Mon corps n’en peut plus". Ça s’est passé dans la nuit de mercredi à jeudi. Comme ça, paf: plus de corps! Ça arrive.

Ce n’est donc pas pour ça que Marion était biiipée. Parce qu’à ce rythme-là, on en déduirait que Serena Williams, absente du circuit de juillet 2010 à juin 2011 (tiens, un an!) parce qu’elle avait marché sur un morceau de verre, était elle aussi biiipée (neuf mois à cicatriser, que ça a mis, puis elle a eu une embolie pulmonaire, pas de chance).

Ou que Rafael Nadal, huit mois à l’écart, ou que Del Potro (un an en 2010), ou que Gaël Monfils (idem en 2012), ou que Martina Hingis (de 2003 à 2006, avant d’être vraiment contrôlée positive en 2007) étaient punis pour biiipage.

Pire! Que si Justine et Kim, retraitées prématurées avant des retours fracassants et des re-retraites prématurées, étaient biiipées? Nooon, impossible. Un: elles sont Belges. Deux: ce serait grossier.

vincent.peiffer@moustique.be

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