Stromae, l’interview bonus

Jean-Luc Cambier a rencontré Stromae pour une longue interview exceptionnelle à découvrir ce mercredi 14 août dans Moustique.

922101

En avant-goût et exclusivité pour moustique.be, Stromae se livre sur ses doutes, le rap et les rimes riches… Découverte.

Aujourd’hui, le public est de plus en plus infidèle. Un deuxième album, c'est devenu super compliqué à vendre… Vivez-vous cela avec appréhension?
C’est certain, je suis super stressé. Déjà pendant la composition, je m'en voulais tellement: j’avais l’impression de vouloir faire des raccourcis, de faire des mauvais calculs… Ce n'était pas sain: il fallait vraiment que j'arrive à épuisement pour que ça commence à devenir sincère et donc, à me plaire. L’album n’est pas encore sorti, rien n'est gagné, mais le simple fait qu'on ne m'appelle plus "Alors on danse" mais "Formidable" dans la rue, c'est déjà une petite victoire…

L’album était prévu pour fin 2012, puis pour le printemps. Finalement, il arrive fin de l’été. Parce que les obligations du succès vous empêchaient de vous poser pour vous consacrer à la musique?
Je suis un malade du travail mais je ne suis pas organisé. Et à un moment, je ne pouvais plus faire mon vrai travail: la musique. La difficulté, c'est qu'il faut faire trois choses très différentes en même temps: du live, des interviews, mais surtout de la musique, quoi! Les interviews, c’est plaisant mais c’est quand même hyper mégalo, le live aussi. La musique, c’est beaucoup plus intimiste.

Précisément, dans la chanson Rail de musique sur votre premier album, vous parlez de la musique comme d’une drogue. Aujourd’hui, c’est devenu un boulot: composer, être en compétition avec soi-même… Au moment de vous y remettre, c’était une délivrance ou une inquiétude? Un moment, je me suis demandé: est-ce que ça devient un poids?
Au début, oui. Il faut le temps de s'y remettre. Mais une fois que ça devient plaisant, que je suis dans la compo, je ne veux plus m’arrêter. Junior, Romain et Dimitri [son petit frère, son directeur artistique et son manager, ndla] ont dû me dire: "C'est bon les morceaux sont là, arrête d'exagérer!" Moi, j’avais envie de continuer, parce que j’étais chaud, comme si tout se jouait là-dessus… Mais non, il y aura d'autres albums ou des rééditions. Puis il n'est jamais trop tard pour balancer un morceau. Tu peux le présenter en live aussi… S’il n'est pas sur une plaque, ce n'est pas grave!

Vous venez du rap, que vous avez délaissé aujourd’hui. Pourquoi?
En réalité, l’album "Cheese", c'était une espèce d’adolescence. Mon enfance musicale, c’était du classique, mais surtout du rap. C'était mon école. Après, je me suis mis à critiquer tout le temps le rap… Finalement, je me suis dit: "Si tu n'es pas content où tu es, bouge! Personne ne t'oblige à rester, c'est quoi ton problème? T’as pas autre chose à raconter au fait?" Et donc, j’ai décidé de faire un album beaucoup plus électro: ”Je ne fais plus du rap, je suis un musicien, juste compositeur et je m’en fous”. Mais maintenant, je me dis: “Arrête de nier quoi!” Mon école, c’est autant le rap que le tempo à 120 bpm. J’ai la chance d’avoir une culture musicale qui va dans tous les bpm et touche toutes les cultures… Même si je vais peut-être un jour le regretter.

Vous êtes un obsédé de la rythmique. Comment êtes-vous devenu bon dans l’écriture?
Merci pour le compliment, déjà! Je crois que c'est grâce à Jean-Didier Longane [le rappeur J.E.D.I., ndla] avec qui je rappais. Au début, quand j’écrivais, c'était technique, purement technique. J'écrivais des rimes riches, j'en avais plein. Je m'arrangeais ensuite pour en faire des phrases qui voulaient dire plus ou moins quelque chose. Mais lui me disait: "Ton texte est cool, mais ça ne raconte rien…”. Je me disais: ”J’ai réussi à faire une rime de cinq syllabes, c’est super !” Mais avec le temps, non, on s’en fout, si ça ne veut rien dire… Aujourd’hui, l’écriture et le fond, c’est une obligation, parce qu’il faut bien mettre des textes sur la musique.

Retrouvez le reste de son interview dans le magazine dès ce mercredi 14 août.

Sur le même sujet
Plus d'actualité