Stoker

On attendait le réalisateur d’Old Boy au tournant. Le Sud-Coréen se fend d’un hommage d’une subjugante beauté au maître du suspense.

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Plantons le décor, comme au cinéma. Et faisons entrer le véritable héros du film (le réalisateur) dans un plan large à la fois clair et flou, comme une silhouette dont les contours gagnent petit à petit en netteté.

Car avant de devenir le cinéaste d’un grand succès, le magnétique Old Boy (2004) salué du Grand Prix du jury à Cannes et qui fit de lui une gloire internationale, Park Chan-wook a forcément traîné sa bosse et trimballé son passé en bandoulière, charriant des images mentales qui allaient fabriquer l’étoffe de ses films à venir.

C’est ainsi que dans une Corée du Sud alors peu portée sur cet art capitaliste qu’est le cinéma, jeune étudiant en philo, il anime un ciné-club et défend son goût pour Sam Raimi, mais aussi Jean-Luc Godard et Hitchcock. Avant de se lancer au culot dans un premier film qui fera un bide. Retour par la case écriture durant 5 ans où il devient critique et peaufine sa vision de l’art cinématographique.

Malgré des débuts très chaotiques, Park Chan-wook se voit propulsé aux commandes d’une grosse machine, J.S.A.: Joint Security Area, polar géométrique autour d’une affaire de meurtre dans la zone démilitarisée entre la Corée du Nord et du Sud.

Banco! Avec ses 5 millions d’entrées, le film devient le plus gros succès de l’histoire du cinéma coréen. Suit sa trilogie remarquée sur la vengeance, dont Old Boy est le volcanique parangon. Le réalisateur imposant un cinéma référencé, ultramaîtrisé, d’une violence fulgurante et bercé de poésie et d’humour grinçant.

Restait au jeune auteur cinéphile à se frotter avec le cinéma hollywoodien. Il accepte de réaliser le présent Stoker, film de commande scénarisé par une vedette comète de la télé, Wentworth Miller, héros de Prison Break.

En tête de gondole, il reçoit Nicole Kidman comme l’assurance parfaite pour le montage financier du long métrage. Un thriller pompant d’ailleurs entièrement L’Ombre d’un doute de Hitchcock, jusqu’au nom de son énigmatique héros (le fameux oncle Charlie)! En deux mots: après la mort par accident de son père, la jeune India voit débarquer chez elle et sa mère son inquiétant tonton dont elle ignorait jusqu’à l’existence. Rapidement, le malaise s’installe…

Aidé du regard entêtant de Mia Wasikowska, Park transcende la banalité du récit de Miller par une mise en scène qui offre à chaque plan une idée de cinéma. Comme cette version détournée de la célèbre scène de la douche de Psychose où se mêlent meurtre et orgasme. Malsain et beau. A l’instar de ce trio infernal, à la lisière de l’inceste, que Park enchâsse dans une suite de plans sublimes. Pour finalement édifier un conte de fées morbide, bien plus malin que son dénouement sans surprise, et dédié au grand maître du suspense… sans l’ombre d’un doute.

Stoker
Réalisé par Park Chan-wook. Avec Mia Wasikowska, Matthew Goode, Nicole Kidman – 100’.

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