Steve McQueen: « En termes de violence, je ne devais rien m’interdire! »

Aux Etats-Unis, certains spectateurs sont sortis des salles, ne pouvant plus supporter l'horreur de certaines scènes. Ils ont ainsi raté un chef-d'œuvre.

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Réalisé par Steve McQueen. Avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Lupita Nyong'o, Benedict Cumberbatch, Paul Dano, Brad Pitt – 133’.

Sacré meilleur drame aux récents Golden Globes, le troisième film de Steve McQueen sera à l'esclavage ce que fut La liste de Schindler de Spielberg à l'Holocauste. 12 Years A Slave est un témoignage fort, brillant. Mais aussi terriblement violent. Certaines scènes d'humiliation ou de torture physique étant à la limite du supportable. Posant donc une fois encore la question de la violence au cinéma. Faut-il tout montrer? Quelles limites se fixer? Steve McQueen a plus qu'un avis sur la question. "Je ne me suis fixé aucune limite en termes de violence montrée à l'écran, assène-t-il.Je devais raconter une histoire. Et Dieu sait si cette histoire contenait sa charge de violence. Je ne devais donc rien m'interdire. Sous peine de devoir mentir sur ce qui s'était réellement passé. Si je fais un film sur l'esclavage, c'est pour montrer ce que c'était. Si la violence me fait peur, alors je peux toujours faire des comédies romantiques. Il faut savoir être fidèle à son sujet quel qu'en soit le prix à payer. Et je m'opposerai à tous ceux qui diront que le film est trop violent. Car c'est absolument nécessaire…"

Votre film montre également un autre aspect de l'esclavage, jamais montré jusqu'ici. A savoir que les esclaves ne pouvaient avoir que très peu de solidarité entre eux…

Steve McQueen – C'est un des aspects les plus cruels du film. Dans le contexte du groupe, ils pouvaient se supporter, s'entraider un peu. Mais à la face du maître, non, ils étaient seuls et c'était très important de le montrer. Aider un autre esclave, c'était mourir. Et je voulais montrer que si tous ces hommes et femmes ont lutté pour garder leur dignité, il était une chose qui était encore au-dessus de la dignité: la survie.

A la fin du film, sans trop dévoiler, on se permet presque, en tant que spectateur, de juger votre héros…

S.M. – Il est libéré. Ce qui n'est pas le cas de tous les autres, c'est vrai. Qu'aurait-il dû faire? Rester là par solidarité? Bien sûr que non. Je ne veux pas que l'on juge mon personnage. Il n'avait pas d'autre choix. Vous savez, il n'y a eu que peu de véritables héros durant l'Holocauste. Car il vient un temps dans l'horreur où il faut juste sauver sa peau. C'est comme ça. L'espèce humaine est comme ça. Tout le monde aurait fait ce qu'il a fait dans cette situation. Et il ne faut surtout pas penser que nous aurions réagi mieux que lui…

Votre film est aussi important que le fut La liste de Schindler en termes de témoignage…

S.M. – Je ne peux pas me prononcer sur cela parce que c'est mon film. Par contre, je peux parler du livre. Et là, je peux dire que c'est un témoignage aussi important que celui d'Anne Frank. C'est l'épopée d'un homme au plus profond de l'inhumanité. Une histoire qui va au-delà des races et des couleurs. Pour moi, Anne Frank n'est pas qu'une histoire juive. Et 12 Years A Slave n'est pas qu'une histoire d'esclave noir. Ce sont deux livres qui parlent très clairement de notre humanité, de notre dignité, de notre persévérance, de notre résilience. De la façon que nous avons de nous accrocher à tout cela dans la pire des servitudes. Jusqu'au point de rupture…

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