Soyons Charlie

Avant les cagoules noires, le policier achevé sur un trottoir, les corps sur les civières, les premières images choquantes furent celles de journalistes secoués au point d’en perdre leurs moyens. Pendant que TF1 ou France 2 continuaient à diffuser leurs jeux apéritifs, présentateurs et envoyés spéciaux des chaînes d’info étaient à l’écran, balbutiants, tremblants même.

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On n’avait jamais vu « ça » et il suffisait de les regarder pour comprendre qu’eux non plus, ils n’avaient jamais imaginé « ça ».

Depuis quarante ans, Charlie Hebdo rêvait que sa liberté absolue déteigne partout, que ses rires, toujours vengeurs et parfois de mauvais goût, rendent le monde un peu moins lourd. Comment imaginer que ce beau programme ait condamné à mort Wolinski, Cabu, Tignous, Charb’ et les autres?

Des journalistes et des artistes assassinés en masse, avec jubilation, pas loin de la Bastille, symbole suprême de la volonté de démocratie. La barbarie au cœur de Paris. La barbarie soudain si proche… Comment pouvait-on imaginer « ça » ? Et désormais que peut-on faire ?

En soutien, par affection et par conviction, il faut rendre ces morts inutiles à leurs assassins. Contrairement, à ce qu’ils ont hurlé, Charlie Hebdo n’est pas mort. En tout cas, pas son esprit. Défendons en son nom cette liberté impardonnable à certains. Et exprimons la sans attendre. Disons là, maintenant, qu’après douze morts tués de sang-froid, nous faisons toujours et complétement la différence entre les musulmans et des fous sanguinaires. Faisons-le même si ces mots ne rassurent que nous. Puisque, comme nous le rappelait, il y a quinze jours, Cabu lui-même, il ne faut pas se faire d’illusion. « On dessine la bêtise, mais ça ne sert pas à grand chose finalement. A quoi bon critiquer la bêtise si ceux qui l’expriment ne se sentent pas concernés? »

Jean-Luc Cambier

Rédacteur en chef

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