Simon Werner a disparu : David contre Goliath

Simon Werner a disparu sort chez nous le même jour que le rouleau compresseur Rien à déclarer de Dany Boon. "Vous me l'apprenez, commente le réalisateur Fabrice Gobert. Voilà un beau cadeau. J'espère que les gens qui vont aller voir Rien à déclarer se heurteront à une salle pleine et se rabattront sur mon film."

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Simon Werner a disparu sort chez nous le même jour que le rouleau compresseur Rien à déclarer de Dany Boon. « Vous me l’apprenez, commente le réalisateur Fabrice Gobert. Voilà un beau cadeau. J’espère que les gens qui vont aller voir Rien à déclarer se heurteront à une salle pleine et se rabattront sur mon film. »

Pourquoi pas? Simon Werner a disparu mérite sa chance car c’est un premier film, inabouti, c’est vrai, mais singulier. Il livre un point de vue original sur les tourments de l’adolescence avec ce qu’il faut de mystère, d’action et de personnages bien croqués. Evident clin d’œil à Elephant de Gus Van Sant – les quelques jours avant la découverte d’un cadavre dans un sous-bois sont racontés quatre fois à travers quatre points de vue différents -, le film de Gobert accroche car il nous plonge dans le monde du fantasme. « Jusqu’au bout, on ne saura pas ce qu’il s’est passé et s’il s’est vraiment passé quelque chose. Le but était de parler de ces jeunes qui s’ennuient tellement qu’il faut qu’il leur arrive quelque chose. Même quelque chose d’atroce. »

 Et pour le coup, Simon Werner est un film en trompe-l’œil. Et s’il débute comme un thriller, il s’achève comme un portrait de l’adolescence du milieu des années 90 (époque dans laquelle se déroule l’intrigue). « Commercialement, le fait de ne pas réellement choisir un genre bien défini pose un problème. Mais je trouve sain de ne pas penser à cloisonner lorsqu’on écrit son premier film. Moi, j’avais en tête des films qui mélangent justement les genres comme The Host, qui est à la fois une histoire de monstre et un film sur la famille. Donc, je me suis autorisé des bifurcations dans les genres. »

 Pour donner du relief à ses changements de rythme, Fabrice Gobert a prêté une attention toute particulière à la musique. « Mes personnages sont des adolescents. Et à cet age-là, la musique est très importante. Il fallait marquer le coup. » C’est réussi, puisque c’est Sonic Youth, un des groupe phares du rock alternatif des années 80 et 90, qui signe la bande originale. « Je ne voulais pas d’une B.O. signée par un compositeur classique de cinéma. Je voulais quelque chose de rock et spontané, mes références étaient du côté de Jim Jarmusch avec Dead Man (Neil Young) ou Ghost Dog (RZA). Pour la France, c’était clairement Ascenseur pour l’échafaud (Miles Davis). Pour moi, la musique ne devait pas appuyer les tensions du film mais bien en créer de nouvelles. » Bien sûr, le public va se ruer sur Rien à déclarer. Et tant mieux, c’est un chouette film. Mais il faudrait aussi ne pas oublier ce Simon Werner, film original dans un cinéma français de plus en plus embourbé dans les comédies faciles. – J.Co.

Simon Werner a disparu
Réalisé par Fabrice Gobert (2009). Avec Ana Girardot, Jules Pelissier, Audrey Bastien, Arthur Mazet.
Sortie le 26/1 – 93′.
Notre avis: 2 étoiles

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