Si j’avais su

J’aurais pu devenir un brillant journaliste royal reconnu de tous. C’est facile. Pour ça, aujourd’hui en Belgique, il y a deux tactiques très efficaces.

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La première est celle dite du "Royaume enchanté". Pour cela, il faut s’abonner à Point de Vue, envoyer son sens critique faire un tour sur Orion, s’esbaudir de la moindre action royale et acheter un bon dictionnaire des superlatifs. Et donc, comme la semaine dernière, vous recevez une communication du Palais: en 2012, 11.000 Belges dans le besoin ont écrit à Albert II pour lui demander de l’argent.

Dans sa grande bonté (ce n’est pas écrit, mais on sent bien que c’est sous-jacent), le roi a effectué un don de 200 € pour 650 d’entre eux, ce qui fait 130.000 €. Vous prenez donc votre plume trempée dans l’encre à la vaseline et vous vous fendez d’un couplet sur la crise qui augmente la précarité, en insistant sur le fait que Sa Majesté y est "très sensibilisée". Vient le moment le plus important: choisir le titre de l’article.

Je vous en prends un au hasard, excellent, lu dans notre grande presse: "Le Souverain s’est montré très généreux". Important!, vous omettez évidemment de signaler que ces 130.000 euros ont été puisés dans les 11,5 millions annuels de la Liste civile du roi (sa dotation), ce qui laisserait à penser que la royale générosité est le fait du contribuable.

Surtout pas! Et donc une belle carrière de "spécialiste" de la royauté s’ouvre à vous. Vous serez adulé par toutes mes tantes etvous serez invité à "couvrir" tous les voyages royaux et princiers. Si ça se trouve, vous serez même parfois consultant à Place Royale ou à C’est du belge, ce qui représente quand même une espèce d’aboutissement.

L’autre tactique est exactement inverse: c’est celle dite du "livre-choc". Elle est moins durable, mais du jour au lendemain elle fait de vous une star (louée ou vomie, mais peu importe). Le concept, c’est de dire que vous vouliez "mieux faire connaître" notre famille royale et que, chemin faisant, votre investigation vous a amené à en découvrir de bien belles.

D’abord, vous faites un résumé de tous les ragots déjà écrits sur le sujet. Une bonne base. Et puis, pour le côté badaboum du truc, vous recueillez deux ou trois témoignages du cousin de la belle-sœur du plombier d’un gars qu’a un jour rencontré le prince Philippe, et qui lui a confié que ledit Philippe était homosexuel.

Fort de cette preuve irréfutable, vous activez la technique du "’y a pas de fumée sans feu" en notant – tiens, tiens! – que Mathilde a accouché à Erasme (hôpital qui pratique la fécondation in vitro) et vous en déduisez, comme Frédéric Deborsu dans Question(s) royale(s), que la princesse Elisabeth sera un jour la première reine-éprouvette. Plus fort encore: Thierry Debels et ses Secrets de la Couronne (bientôt en librairie). Avec, d’abord, l’obligatoire tapis de rumeurs "insistantes": Paola et ses amants, Albert et ses autres enfants cachés, Baudouin et ses K7 pédopornos, re-Philippe gay comme un phoque, Laurent sourd comme un pot, etc.

Vient ensuite la grande originalité de l’ouvrage: faire appel à un "ami psychiatre" capable de poser des diagnostics à distance. Verdicts: Philippe est atteint du syndrome autiste d’Asperger et Laurent, d’une affection mentale dite du "borderline". Excusez du peu. Je vous le dis: j’ai loupé une grande carrière. Si j’avais su…

vincent.peiffer@moustique.be

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