Sharon Van Etten – Are We There

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Affranchie de ses anges gardiens, la muse du rock alternatif s’offre un disque divin.

 

Adulée par Bon Iver, portée par une collaboration avec les garçons de The National, Sharon Van Etten est passée de l’ombre à la lumière en un disque, le fantastique "Tramp", chef-d’œuvre de pop mélancolique publié en 2012. Deux ans après, on la retrouve, seule, aux commandes d’un nouvel essai. "L’album précédent m’a ouvert les yeux, glisse la New-Yorkaise. A l’époque, j’ai enregistré avec l’aide d’Aaron Dessner et les musiciens de The National. J’avais aussi invité mon pote Zach Condon du groupe Beirut à chanter sur deux titres. En cours de route, j’ai réalisé que certains considéraient uniquement mon travail sur la base de ces collaborations. Ça m’a mise mal à l’aise. Cette fois, je tenais à défendre ma propre vision des choses sans me cacher derrière un savoir-faire extérieur."

 

Produit en autarcie, son nouvel album s’intitule "Are We There". Un peu comme le "Is This It" des Strokes en 2001, ce titre pose une question en oubliant de marquer le point d’interrogation. "C’est volontaire. Le but, c’est justement de semer le doute. Je voulais une fin ouverte à l’image d’une relation amoureuse censée être terminée. On ne sait jamais…" Car ici, l’amour est au cœur des chansons. Toutes les mélodies de "Are We There" s’insinuent dans les recoins d’une vie sentimentale un peu tordue. "Ces deux dernières années ont changé le cours de mon existence. Le succès m’a confrontée à des choix cruels. Doit-on privilégier sa carrière à son couple? C’est souvent après avoir pris des décisions que j’ai trouvé des éléments de réponse." La main sur le cœur, les doigts posés sur son piano, Sharon Van Etten caresse le spleen avec une nonchalance naturelle et un redoutable sex-appeal. Dans le genre, I Love You But I’m Lost touche à la perfection. Ailleurs, l’Américaine joue sur les cordes sensibles de sa guitare électrique (Taking Chances) et dévoile ses charmes tout en douceurs électroniques (Our Love). Somptueux.

Nicolas Alsteen

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