Sharia4Belgium: L’intolérable intolérance

Sharia4Belgium a fait péché de colère. L'émission Tout ça s'est glissée dans le groupuscule islamiste aujourd'hui dissout. Portrait d’une ex organisation presque folklorique peut-être devenue très dangereuse.

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Au début, ils prêtaient plus à rire qu’à autre chose. Retour en 2010. Sur YouTube, quelques vidéos présentent de jeunes musulmans anversois arborant tous les styles de barbe déclinés sur différents costumes orientaux traditionnels. Ils ont l’air contents d’être filmés, heureux qu’on s’intéresse à eux. Ils éveillent même une certaine sympathie: leur costume de figurants tout droit sortis de Lawrence d’Arabie ou de Tintin au Pays de l’Or noir  ne parviennent pas à masquer les petites frappes qu’ils étaient d’évidence quelques semaines plus tôt. Une reconversion presque touchante.

Les images les montrent souriants, volontaires, enthousiastes. Il ne semble pas y a voir de hiérarchie parmi eux. Toutefois, celui qui prend le plus la parole s’appelle Fouad Belkacem, et son costume de cheik bédouin souligne l’expression malicieuse qui éclaire souvent son visage.

Pointant une tête désormais jusqu’à Bruxelles, ils se font connaître aux francophones par des promenades dans les rues de la capitale: ils veulent rencontrer des «frères» pour les convaincre de ne pas aller voter aux élections législatives. Un contrepied aux rituels de campagne, quand les hommes politiques descendent sur les marchés, qui peut faire sourire. Plus pour longtemps. Pourquoi donc se donner la peine d’aller convaincre des jeunes de ne pas aller voter? "Parce que nous sommes contre la démocratie", intervient un camarade de Belkacem sur la vidéo. "La démocratie, c’est donner la liberté aux peuples de décider leurs propres lois. Mais ce n’est pas aux peuples de décider des lois. Les lois, elles existent. Ce sont celles d’Allah: la Sharia".

De l’atomium au Niqab

Suite de l’histoire: après ces promenades prêchant la destruction de la démocratie, survient l’affaire Benno Barnard à Anvers. Cet écrivain néerlandais doit donner une conférence à l’Université intitulée "Vive Dieu! À bas Allah!". Après à peine deux minutes, il est empêché de parler par une quarantaine de personnes sous les cris de «Allah Akbar». Celles-ci prennent le podium d’assaut; Barnard ne doit son salut qu’à la présence de gardes du corps engagés pour l’occasion. Sur YouTube, vient ensuite une autre vidéo à l’écho certain. Belkacem y montre l’Atomium voué selon lui à la destruction lors de l’instauration inéluctable de l’Etat islamique en Belgique. Moustique avait publié une interview du bonhomme à cette époque, dévoilant déjà l’image d’un exalté, radical, exotique, qui a déjà connu quelques problèmes avec la justice, notamment après avoir traité l’ex pasionaria du Vlaams Belang Marie-Rose Morel, décédée, d’usurpatrice de dieu en route vers le dépotoir de l’histoire. Très fin.

Quelques harangues de foule plus tard, arrive juin 2012. L’interpellation houleuse d’une musulmane qui portait le niqab dans l’espace public suscite des troubles à Molenbeek. Evidemment, le groupuscule est là, qui fait mousser l’affaire. Belkacem, encore lui, déclare entre autres à la presse: "Ne croyez vraiment pas qu’on a un gramme de respect pour vous ou pour votre style de vie ou manière de penser. On a notre religion qui est supérieure à votre religion ". Et se félicite que durant l’interpellation, une policière ait eu le nez et deux dents cassés. La presque sympathie éprouvée face à de jeunes délinquants qui ont troqué leur tenue de rappeur contre le keffieh s’évapore définitivement.

D’autant qu’apparaît, depuis la première vidéo, à la périphérie de Belkacem un individu qui, d’évidence, est le maître à penser du groupuscule: Anjem Choudary, avocat britannique d’origine pakistanaise qui animait, jusqu’à son interdiction en 2010 un groupe radical islamiste baptisé… Islam4UK. L’organisation est tombée sous le coup des lois antiterroristes de Grande Bretagne. Preuve que Choudary est un dur. Et radical, il l’est: il a prononcé l’éloge funèbre d’Oussama ben Laden devant l’ambassade américaine de Londres. Autre fait d’arme: lors d’une conférence organisée par sharia4holland – la filiale batave de ce qui ressemble de plus en plus à une multinationale islamiste – Choudary a menacé de mort Geert Wilders, leader nationaliste néerlandais à la pointe d’un combat contre l’Islam.

Un très inquiétant maître à penser

Anjem Choudary est un théoricien de l’action subversive. Mais très actif: il a créé les branches indienne et indonésienne de la multinationale islamiste. Elles s’appellent respectivement Sharia4Ind  et Sharia4Indonesia. Et si le terme "Sharia" est à géométrie variable, les lois peuvent être dans certaines sociétés très douces et neutres, ce n’est pas le cas pour Anjem Choudary. Selon lui, par exemple, les homosexuels méritent la peine de mort, les femmes musulmanes ou non doivent porter la burqa, les ivrognes doivent être fouettés, une femme adultère doit être lapidée à mort. Et devant un tribunal, le témoignage d’un homme vaut celui de deux femmes.

Un programme qui laisse d’autant plus pantois que Choudary et Belkacem revendiquent son application dans les sociétés occidentales. Choudary a tenté d’aller à Washington prendre la tête d’une manifestation devant la Maison-Blanche réclamant l’application de la Sharia aux Etats Unis! Dans le même registre, Belkacem n’avait-il pas déclaré à des journalistes belges médusés: "Si vous ne voulez pas de l’application de la Sharia en Belgique, tirez-vous au Pôle Nord". Une phrase qui risque de se retourner contre Belkacem: si la procédure visant à le déchoir de sa nationalité belge aboutit, il sera expulsable au Maroc. Où l’attend une peine de prison de 10 ans pour trafic de drogues… Derrière le «Cheikh Abu Imran», le nom ronflant utilisé par Belkacem, se cache aussi un criminel.

Après l’incarcération de Belkacem en juin 2012, Sharia4Belgium a annoncé son autodissolution. C’était le 8 octobre. Une bonne nouvelle? Rien n’est moins sûr comme le suggère Alain Grignard, spécialiste de l’antiterrorisme à la police judiciaire fédérale de Bruxelles et islamologue. "C’est peut-être une phase de repositionnement: ils se sont exposés beaucoup dans les médias et se sont fait connaître de manière rapide par leurs discours radicaux. La question est maintenant de savoir si leur autodissolution traduit une réelle volonté de "prendre le maquis" ou si ils veulent simplement prendre du recul pour revoir leur stratégie de communication".

Bientôt le passage à l’acte?

Et s’il s’agissait vraiment d’une entrée en clandestinité? Depuis leur autodissolution, il est devenu totalement impossible de les contacter… "Ils ne sont pas invisibles pour tout le monde: nous les tenons à l’œil, rassure le policier Alain Grignard. Cependant, une réelle volonté de clandestinité de la part des membres ou sympathisants de Sharia4belgium voudra dire quelque chose. C’est comparable à ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 ou dans d’autres affaires de terrorisme: quand un militant islamiste radical se rase la barbe c’est pour devenir moins visible. La clandestinité peut témoigner d’une volonté d’être moins repérable pour passer des mots aux actes. Comme un attentat terroriste…"

TOUT ÇA (ne nous rendra pas le Congo): Les 7 péchés capitaux Mardi 6 novembre La Une 20h20

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