Sex, Drugs and Britney Spears

Dans Spring Breakers, les petites princesses de chez Mickey se retrouvent à tournicoter du cul sur une plage de Floride. Forcément, ça fait couler beaucoup d'encre.  

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Elles sniffent de la coke, fument des bongs, font semblant de sucer et dégomment tout ce qui bouge. Résultat, les compteurs de vues de la bande-annonce explosent sur YouTube et les forums d'ados fourmillent de messages comme celui-ci: "Ça a l'air trop cool, j'irai le voir à coup sûr".

Ce qui forcément n'est pas sans poser question. En effet, à l'approche des vacances de Pâques, vos ados (mais aussi préados) vous demanderont sûrement de découvrir ce bonbon fluo signé Harmory Korine. Mais ne vous fiez surtout pas aux affiches placardées dans les villes, montrant de jolies demoiselles toutes souriantes en bikini, Spring Breakers n'est pas une comédie à l'américaine pour ados boutonneux. Mais un grand film, qu'il faut approcher avec précaution.

Commençons pas les présentations. Harmory Korine, s'il n'est pas connu du grand public, est un auteur culte des années nonante. On doit à ce portraitiste sulfureux de l'adolescence les scénarios des films de Larry Clark: Kids qui reste l'un des grands films cultes de la décennie sur fond de sida, ou encore le très sexué Ken Park. Cette peinture de l'adolescence américaine, Harmory Korine l'a aussi développée dans ses propres films: Gummo, Julien Donkey-Boy ou Trash Humpers (littéralement: "baiseurs de poubelles"). Des œuvres qui n'ont jamais connu le succès escompté. Mais tout ceci s'apprête à changer, puisque Spring Breakers sera sans doute l'un des événements ciné majeurs de cette année 2013. Ne serait-ce que par son titre…

Pop et fluo

Pour ceux qui l'ignorent, le "spring break", la cassure de printemps, est une institution typiquement américaine. Ce moment où les étudiantes entre 18 et 25 ans prennent la direction de Cancun ou de la Floride pour participer à d'immenses fêtes mélangeant musique, alcool, sexe et drogue. Une semaine en quête effrénée de plaisirs et une façon de "suspendre la réalité". Une bien étrange institution pour une Amérique si puritaine, sorte de nouveau rite de passage à l'âge adulte et qui, peu à peu, s'invite sur les campus européens.

Le film d'Harmory Korine met donc en scène quatre meilleures amies: Cotty, Candy, Britt et Faith. Fauchées, elles décident de faire un braquage ("comme si c'était dans un jeu vidéo") pour se procurer l'argent qui leur permettra de partir en Floride pour Spring Break. Là, en "balançant leurs petits culs" sur des gros beats de rap, elles plongeront tête baissée dans la fête en goûtant à tous les excès que propose pareil événement. Jusqu'à se retrouver au poste.

D'où elles sortiront grâce à l'intervention d'un rappeur/dealer/collectionneur d'armes interprété par le magnifique James Franco. C'est ici que Korine débute un tout autre film. Puisque c'est lui qui les emmènera dans un tourbillon de violence dont personne ne sortira indemne. Tout cela dans une esthétique mélangeant la pop fluo, le porno chic, l'insondable vacuité de MTV Beach et la musique maladive de Skrillex. Un immense clip sur le vide, donc. Et sur les différentes façons de le combler.

Nul doute, le cocktail armes à feu/drogues/alcool/bikinis attirera dans les salles tous les ados de la planète. Jusqu'ici, tout va bien. Là où c'est plus délicat, c'est que Korine (et c'est l'un des coups de génie de son film) a fait appel à de jeunes actrices de chez Disney pour interpréter ses délicieuses ingénues: Vanessa Hudgens (High School Musical), Selena Gomez (ex-petite amie de Justin Bieber et star des Sorcières de Waverly Place), Ashley Benson (Pretty Little Liars) et Rachel Korine, sa jeune épouse de vingt-six ans.

Si ce n'est cette dernière, les trois autres actrices sont donc les idoles des petites filles de huit à seize ans (qui capte Disney Channel chez lui ne le sait que trop bien). "Tout le monde les connaît sous un certain angle, déclarait Korine lors de la conférence de presse parisienne du film. Elles ont cette image Disney et je trouve très amusant de les pousser vers une autre réalité, vers quelque chose de plus sinistre, de plus fou. C’était intéressant sur un niveau conceptuel parce que dans la vraie vie, elles représentent le rêve, et une sorte d’idéologie pop."

Vous êtes prévenus. Si vos préados vous demandent d'aller voir le film, sachez qu'il vaut mieux leur repasser High School Musical pour la trente-sixième fois. Et reporter la vision de Spring Breakers à plus tard.

A la conférence de presse, Selena Gomez avouait d'ailleurs: "Quand je parle avec de très jeunes fans, je leur dis de regarder la série. Mais de ne pas aller voir le film". En effet, à l'avant-première parisienne, de jeunes spectatrices sont sorties de la salle après seulement quelques minutes, heurtées et décontenancées par ce qu'elles avaient découvert à l'écran. Ce n'est pas que le film de Korine soit trash pour les adultes (il exhibe une esthétique porno chic plutôt indolore) mais il ne convient tout simplement pas aux jeunes enfants.

[…] Article complet dans le Moustique du 20 mars 2013.

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