Sept idées reçues sur le sexe

On y croit dur comme fer. Pourtant, ces a priori nous culpabilisent et nous compliquent la sexualité plus qu'ils ne la boostent. Ne jouissons plus idiot!

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Notre expert

David Simard est philosophe et psychosexologue. Il vient de publier 150 idées reçues sur l’amour et le sexe.

Imaginez Rocco Siffredi et Brigitte Lahaie, anciennes gloires du X, débarquant dans votre salon avec toute leur expérience pour démêler le vrai du faux en matière de sexe. C’est l’émission salutaire que vous propose La Une, ce dimanche. Salutaire, parce qu’au-delà de l’anecdote, les idées reçues en la matière peuvent s’avérer plus nuisibles qu’il n’y paraît. "Bien qu’elles soient fausses pour la plupart, elles influencent notre vie amoureuse et sexuelle, explique David Simard, psychosociologue auteur de 150 idées reçues sur l’amour et le sexe. Pour certains, elles fonctionnent même comme des normes. Par exemple, pour correspondre à des critères de virilité, certains hommes se croient obligés d’avoir une sexualité plus "brute" et certaines femmes qui ont des désirs forts ont l’impression d’être des "salopes"."  Pour ne plus se laisser pourrir la vie (sexuelle), David Simard démonte pour nous quelques-uns des clichés les plus répandus.

1. Par nature, les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes.
Selon une étude de l’Inserm, en France, 75 % des femmes et 62 % des hommes en sont convaincus. Pourtant, la nature n’a rien à voir là-dedans. Scientifiquement, rien n’indique que la testostérone aurait plus d’influence sur l’activité sexuelle que les hormones féminines. C’est un a priori culturel. D’ailleurs, comme il a de nos jours moins d’emprise culturelle sur la sexualité des femmes, elles adoptent des comportements aussi multiples que ceux des hommes.

2. Les hommes ne peuvent pas simuler l’orgasme.  
Même s’ils sont beaucoup moins nombreux que les femmes (50 à 60 %) à le faire, pas moins de 18 % des hommes confessent avoir déjà feint l’orgasme, selon le Journal of Sexual Research. Techniquement, ça paraît compliqué. Pourtant, c’est possible. Lors de rapport avec préservatif, l’homme peut discrètement escamoter la preuve qu’il n’y a pas eu éjaculation. Et même sans préservatif, il peut simuler, même si cela implique une forme de complicité de sa partenaire. Elle n’a pas envie de voir qu’il n’y a pas d’écoulement de sperme après le rapport, tout comme un homme peut refuser de voir que sa partenaire simule… Par ailleurs, il est possible qu’il y ait jouissance sans éjaculation. Cela peut être lié à un mécanisme physiologique, comme dans le cas de l’éjaculation rétrograde (le sperme n’est pas expulsé par l’urètre, mais vers la vessie), mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, il y a jouissance sans éjaculation. Car il y a une différence entre la jouissance, qui a une forte dimension mentale, et l’orgasme, qui est plus physique, avec l’éjaculation et les spasmes. À l’inverse, ce n’est pas parce qu’il y a eu éjaculation qu’il y a forcément eu orgasme ou jouissance.

3. À partir de 40 ans, les hommes sont moins vigoureux.
Il est vrai que l’âge et le mode de vie (tabagisme, alcool, problèmes cardiovasculaires) peuvent induire certains problèmes, comme des troubles érectiles. À 70 ans, on n’a pas la même énergie qu’à 20 ans… Mais ce n’est pas parce qu’on vieillit qu’on est condamné à ne plus avoir de sexualité.

4. Quand on est satisfait sexuellement, on ne se masturbe plus.
Contredisant l’idée que la masturbation soit réservée aux célibataires endurcis, le célèbre rapport Kinsey a montré que près de 40 % des hommes et 30 % des femmes en couple se masturbent. Le fait d’avoir une sexualité conjugale, même épanouie, n’implique pas de ne plus avoir d’activité masturbatoire. Dans la masturbation, on est seul avec ses fantasmes, même si on peut les partager avec son partenaire à certains moments. On peut avoir une vie érotique personnelle en étant bien avec son partenaire et sans que cela soit une infidélité. Il faut distinguer ce qui relève du fantasme, qu’on ne commande pas, et des actes, que l’on peut maîtriser.

5. Si un homme a du plaisir anal, c’est qu’il est homosexuel.
Même si les magazines branchés commencent à en parler de façon plus décomplexée, le "point P" (pour prostate) et les "hétérosexuels passifs" restent un sujet tabou. Pourtant, dire qu’un homme est forcément homosexuel parce qu’il éprouve du plaisir anal n’a pas de sens. Ce plaisir n’est pas associé à une orientation particulière. C’est une zone sensible du corps, chez l’homme comme chez la femme, et donc potentiellement érogène. Ça n’implique pas une attirance pour un sexe. Un homme peut parfaitement prendre du plaisir anal sans pour autant avoir une orientation homosexuelle refoulée.

6. Il existe un lien entre la taille du pénis et la taille d’autres parties du corps.
Pour tenter d’estimer sa taille, certains aimeraient pouvoir se baser sur celle d’autres membres. On parle fréquemment d’une corrélation entre les doigts ou les mains, les pieds ou le nez. Des études ont été menées pour voir s’il y avait ne fût-ce qu’une corrélation entre des parties du corps et la taille du sexe. Aucune n’a montré le moindre lien.

7. Le point G est le centre de l’orgasme chez la femme.
Cette zone existe, à 3-4 cm de l’entrée du vagin, mais toutes les femmes n’y sont pas sensibles de la même manière. Chez certaines, cela peut procurer énormément de plaisir, voire un orgasme. Chez d’autres, ça va surtout leur donner l’impression d’avoir envie d’aller aux toilettes, parce que l’urètre n’est pas très loin. Chez d’autres, ça va être désagréable… Bref, c’est une zone qu’on peut explorer pour voir comment la femme réagit, savoir comment s’y prendre. Mais ce n’est certainement pas un bouton magique de l’orgasme féminin. Pas plus que le clitoris. Pour chaque personne, il y a des fantasmes, des zones plus ou moins érogènes… Mais il n’y a aucune mécanique, aucune formule automatique valable à chaque fois. Chaque rapport sexuel est différent.

Méfiez-vous des idées reçues: Special Sexe: Dimanche 16 La Une 20h50

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