Semaine de la mobilité: Trafic, quel trafic?

Semaine de la mobilité, journée sans voitures. Où l'on reparle du trafic et des bouchons à la belge, avec des chiffres qui donnent le tournis. Mais rarement dans le bon sens...

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Travaux en été, bouchons en automne (proverbe belge). Comme chaque année, les vacances 2014 ont été l'occasion d'une série de travaux d'infrastructure. Et comme chaque année, la rentrée a sonné le glas des routes (presque) sans trafic et des centres urbains accessibles. Pas un hasard, donc, si l'actuelle semaine de la mobilité tombe toujours à cette période, clôturée par la sempiternelle journée sans voitures à Bruxelles: face au violent retour des bouchons, l'automobiliste y est davantage susceptible de se laisser tenter par d'autres moyens de déplacement.

Et visiblement, cela marche (un petit peu). En Wallonie, la fréquentation des transports en commun connaît par exemple une augmentation annuelle de plus de 2,5 %. La STIB a, elle, transporté près de 6 millions de personnes supplémentaires en 2013. Quand aux Villo à Bruxelles ou le Li bia velo à Namur, ils connaissent un succès sans précédent. Mais derrière ces chiffres encourageants se tapissent d'autres vérités, parfois encore très cruelles.

* 1 à 2 % du PIB

Théoriquement symbole de dynamisme économique, le trafic intense plombe le budget national. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les embouteillages belges coûteraient entre 1 à 2 % du produit intérieur brut du pays. Sans compter les millions de camions qui, circulant en Belgique, en épuisent les infrastructures. Pourtant, les débats permanents sur l’instauration d’une vignette autoroutière wallonne ou d’un péage urbain à Bruxelles n’ont toujours pas trouvé d’issue honorable.

* 14 pics de pollution en 2014

La pollution engendrée par le trafic intense impacte la santé publique. Le pays a connu 14 dépassements de normes en matière de particules fines depuis le début de l’année. Mais il n'y a pas que nos poumons qui trinquent. Bruxelles-environnement estime que plus d’un quart des habitations de la capitale sont par exemple soumises à un niveau trop élevé de nuisances sonores. Une véritable bombe à retardement,quand on connaît l'influence du bruit sur la santé mentale d'une population.

* 3 jours de bouchons

Une récente étude a une nouvelle fois consacré Bruxelles numéro 1 mondiale de la congestion devant Londres, Los Angeles et… Anvers. Les navetteurs qui roulent quotidiennement vers la capitale passent plus de trois jours par an dans les bouchons. Résultat, dans la ville, 370.000 voitures circulent chaque jour, alors que 50 % de leurs trajets sont inférieurs à 3 kilomètres. Pourtant, il paraît que le trafic bruxellois devrait encore augmenter de 30 % d’ici 2030. A ce rythme, les flashs inforoutes distillés chaque matin sur les ondes finiront par monopoliser plus de temps que celui imparti aux chansons.

* 3 ouvrages d’art par jour

Tous les responsables politiques du pays s’accordent: "Les années 70, les énormes infrastructures routières, la Wallonie qui inaugure jusqu’à 3 ouvrages d’art chaque jour, c’est terminé!" Aujourd’hui, les élus ne parlent plus que de mobilité douce, verte.Mais dans les faits, entre la construction du contournement de Couvin sur la N5, les projets d’élargissement du ring de Bruxelles et le bouclage de celui d'Anvers, le trafic routier continue de générer des dépenses astronomiques.

* 3 ans pour deux kilomètres

Après plusieurs mois de tergiversations, la décision est tombée: le viaduc Reyers, à Bruxelles, sera rasé. Les travaux de réparation ont déjà coûté 2,5 millions d’euros. Les travaux de destruction vont encore ponctionner le budget de la Région bruxelloise de 21 autres millions. Et trois ans de travaux seront nécessaires pour tout réaménager. En Wallonie, les coûts d’entretien plombent également les budgets. Trois ans pour seulement 2 kilomètres de voirie: c'est l'agenda du petit ring de Charleroi (R9). Plus les 26 millions d’euros qui lui seront consacrés.

* 20 % de voitures de société

Un cinquième du parc automobile belge est une voiture de société. Victimes du courroux gouvernemental sous l'ère Di Rupo, les avantages fiscaux de ce type de véhicules devraient voir leur bride légèrement desserrée dans une encore hypothétique coalition "suédoise". Les tendances prêtent toutefois à l’optimisme. Le trajet domicile-travail représente 25 % du trafic. Jusqu’à 66 % aux heures de pointe. Mais selon les chiffres du service public fédéral, l’offre de transports gratuits pour ce type de trajets a doublé. Une augmentation de 76 % des entreprisesoffrant une indemnisation vélo est aussi constatée.

* 2,55 milliards pour le RER

Et le Réseau Express Régional? In fine, son coût devrait atteindre plus de 2,55 milliards d’euros. C’est près de 1 milliard de plus que lors de la planification des travaux en 2001. Le transport des 25 millions de passagers annuels prévus n’est pas pour tout de suite. Les querelles avec les riverains et les rapports houleux entre les Régions ne cessent de postposer son lancement. Prévu en 2012, le gestionnaire du réseau table sur l’année 2025 pour la fin des travaux. Treize ans de retard, un détail.

25 % de trains en retard

Un retard? Rien d’anormal dans le chef de la SNCB. En 2014, sur les 800.000 trains qui ont parcouru les 3.582 kilomètres du réseau ferroviaire belge, 25 % n’ont pas respecté l’horaire initial. La société de service public avait annoncé un nouveau plan de gestion pour corriger le problème fin 2013. La situation ne semble pourtant pas franchement s’améliorer.

1 péniche = 100 camions

Des alternatives originales et des moyens existent pourtant. Le ministre wallon des Travaux publics Maxime Prévot (CDH) propose une approche volontariste et intégrée de tous les moyens de transport. Dans la Région, les voies navigables représentent 450 kilomètres de fleuves et canaux. Chaque année, 40 millions de tonnes de marchandises passent d’écluse en écluse. Le ministre y voit une opportunité socio-économique mais aussi de sécurité routière. Une seule péniche équivaut à plus de 100 camions. Quand on sait que les poids lourds représentent plus de 80 % du transport de marchandises.

Semaine de la mobilité. Jusqu'au 22 septembre. www.semainemob.be

Journée sans voitures à Bruxelles. Le 21 septembre. www.dimanchesansvoiture.irisnet.be/fr

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