Selah Sue: « Le succès n’a pas soigné mes plaies. »

Amoureuse, mais pas encore tout à fait heureuse, la chanteuse louvaniste revient avec "Reason", un deuxième album entre ombre et lumière, synonyme de confirmation. Rencontre avec une star décidément pas comme les autres.

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Drôle d'endroit pour une rencontre… Selah Sue nous attend dans un salon privé du Factory Forty, ancienne usine perdue dans le zoning industriel d'Anderlecht qui, à en croire l'enseigne, vient d'être reconvertie en "espace d'évents". C'est l'heure du lunch. Elle nous fait la bise, demande si elle peut terminer le plat de sushis que lui a commandé sa charmante attachée de presse et nous propose un jus de fruits exotiques.

Selah Sue porte un pantalon slim de couleur noire et une veste en cuir assortiequ'elle a refermée jusqu'au cou. "Pour protéger ma voix," dit-elle. Elle est maquillée, mais tout ça reste simple et finalement très éloigné de l'image d'icône sophistiquée qu'elle renvoie dans ses clips et ses photos officielles. "C'est peut-être un des seuls gros malentendus me concernant", dit-elle. "Les gens pensent que je suis une fashion victim qui passe tout son temps libre dans les magasins et chez le coiffeur. Mais la réalité est tout autre. Je déteste le shopping. Je n'achète des fringues qu'une ou deux fois par an et encore, je le fais sur Internet. Mais je ne suis pas idiote non plus, je sais que c'est important aujourd'hui pour une chanteuse d'avoir une image. Même si je garde un droit de regard sur tout l'artwork, je me laisse volontiers conseiller par mon entourage. J'essaye d'y prendre du plaisir, mais ce n'est pas trop mon truc. Pour moi, prendre des photos, essayer des fringues pour un shooting de mode ou répondre sur Facebook, c'est du boulot. Cela n'a rien à voir avec la musique."

Repérée par Prince

Née à Leefdaal, dans la banlieue de Louvain, Sanne Putseys a choisi son nom d'artiste en hommage à Selah, chanson composée par son idole Lauryn Hill. Elle fêtera ses vingt-six ans le 3 mai prochain. Avec Stromae, Selah est de très loin notre meilleure ambassadrice culturelle à l'étranger. Précédé du hit-single Raggamuffin, son premier album sorti voici quatre ans s'est écoulé à un million d'exemplaires dans le monde.  Elle a chanté Walk On The Wild Side en duo avec Moby à Taratata, posé sa voix sur l'album blockbuster de Cee-Loo, a été invitée sur les plateaux des grands networks américains et choisie personnellement par Prince pour assurer sa première partie au Sportpaleis en novembre 2010, soit avant même la sortie de son disque. Un souvenir qui l'a, on s'en doute, profondément marquée. "Prince était caché à l'arrière de la scène pour suivre ma prestation. Il est resté du début à la fin. Après mon concert, sa femme est venue me chercher dans ma loge: "Prince souhaiterait vous voir". J'étais sciée. On a parlé pendant vingt minutes. Avant de prendre congé, il m'a dit: "Selah, tu respires ta musique. Tu iras loin." Woaw…"

Même si elle avoue que "rien n'a changé", Selah Sue n'est plus la même aujourd'hui. Plusieurs mois avant sa commercialisation ce 30 mars, son deuxième album "Reason" a fait l'objet de toutes les attentions. Son label et son bureau gantois de management ont déployé les tous gros moyens pour le promouvoir en utilisant des techniques de marketing implacables. L'automne dernier, Selah Sue avait ainsi personnellement fait le tour de toutes les radios pour donner "de la main à la main" son nouveau single Alone. Dans ces circonstances, difficile pour les programmateurs de ne pas le diffuser. Elle a ensuite offert quelques concerts/showcases triés sur le volet, s'est produite dans des émissions télé privilégiant le live et pas le play-back (D6Bels on Stage, Le Grand Journal) et propose actuellement  des vidéos "caméras sur épaule" de ses chansons tournées dans des lieux publics comme la Gare du Nord à Paris ou le hall de l'aéroport de Bruxelles-National. Quant à l'album enregistré entre Los Angeles, Bruxelles, Londres et Kingston, il a bénéficié d'un budget XXL, mais aussi de très bonnes chansons où se télescopent toutes les tendances musicales du moment. Bref, tout a été fait pour que "Reason" soit un succès. Et ce sera un énorme succès.

Quatre studios d'enregistrement, deux producteurs, deux années de travail… "Reason" est digne d'une superproduction de Beyoncé. N'est-ce pas un peu too much?

Selah Sue – C'était très lourd comme processus mais ce fut aussi une belle leçon. Je suis très fière du résultat car "Reason" part dans plein de directions différentes en fonction des styles musicaux que j'ai choisis, des personnes et des lieux qui ont été impliqués. Pourtant, il s'en dégage une grande homogénéité. Malgré tout, je sais qu'à l'avenir, je ne travaillerai plus comme ça. J'ai connu trop de périodes de grande frustration. A ma grande surprise, les chansons me sont venues très vite, mais j'ai dû jongler ensuite avec les contraintes d'agenda des producteurs et des studios. J'ai séjourné dans des endroits de rêve, comme Kingston ou Los Angeles, mais j'ai passé aussi beaucoup de temps à attendre. Au final, c'était très éprouvant.

Retrouvez Selah Sue en interview dans le Moustique du 25 mars 2015

Le 12/4, Lotto Arena (Anvers).

Le 27/6 à Rock Werchter.

D6BELS ON STAGE

Dimanche 12 et 19 AVRIL

LADEUX, 21h50.

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