Secret (de Polichinelle) Story

Il faut comprendre Albert. Suite à la loterie de l’hérédité, cet homme devient roi. Et donc, durant vingt ans, tout ce qu’il fait est flatté, loué, flagorné… Question de stabilité de l’Etat, paraît-il: un roi est toujours un grand roi doublé d’un être sublime. (Ce sera la même chose avec Philippe dans quelques années, promis.)

854931

Cet homme n’a fait qu’appliquer les consignes que lui dictaient les politiques (c’est écrit dans la Constitution), mais c’était un très grand roi! Un fait incontestable. Même que c’est grâce à lui que la Belgique a été sauvée de l’implosion en 2010-2011. Oui, mais… Teu-teu-teu, c’est grâce à lui! Et donc, à force de marteler cette vérité absolue, tout le monde finit par le croire, qu’il est un immense roi: les politiques, les journalistes (presque tous), les Belges (presque tous), et bien sûr lui-même. C’est humain. Mais parfois, dans la vie, des trucs partent en vrille – je sais que c’est difficile à imaginer, mais ça arrive même aux grands rois. Par exemple, en 1968, suite à une relation extraconjugale avec une belle dame, un bébé naît. L’alors prince Albert, séparé de sa princesse, lui fait des gazou-gazou, soigne ses bobos, lui lit des histoires, élève l’enfant… Un père, quoi. Puis, en 1976, pour diverses raisons, le prince et la belle dame se séparent. Mais Albert continue de voir sa fifille. Un père. Jusqu’à ce jour de 1999, où le prince devenu grand roi décide de dire à ce bébé devenu femme: "Tu n’es pas ma fille". Pendant quatorze ans, le grand roi se répète: "Delphine n’est pas ma fille", "Delphine n’est pas ma fille"… Et ça aussi, il finit par le croire. Un déni, en psychologie. Ça arrive même aux grands rois.

Sauf que la grande fifille, elle veut un père. Et que la maman de la fifille, elle l’a mauvaise. On peut comprendre: si son ex-mari (Jacques Boël) n’est pas le père et qu’Albert prétend ne pas l’être non plus, c’est donc qu’il existe un troisième larron dans la nature. Et qu’Albert sous-entend par là qu’à l’époque, la mère Sybille était une sacrée disons… gourmande. Et voilà comment un grand roi devient à la fois l’auteur et le personnage principal d’un pitoyable feuilleton très, très glauque. Avec du cul, des amants, des maîtresses, des cocus, du bidet, de l’abandon, de la vengeance, des clans, de la religion, de la raison d’Etat, tout… Une consœur parlait de "monacoïsation" de notre famille royale. C’est juste, mais incomplet. Parce que chez nous, c’est encore mieux qu’à Monaco. A la monacoïsation bien crapoteuse s’ajoute une berlusconisation bien toursiveuse: Albert et son avocat vont invoquer la prescription et miser sur une interminable procédure judiciaire. Du pur Berlusconi. D’ailleurs j’encourage et je remercie à l’avance le prince Laurent qui, selon son avocat, pourrait se prêter à un test ADN afin d’embêter papa (et maman). Parce que si Delphine et Laurent ont le même ADN, en toute logique, Albert va devoir annoncer que Laurent n’est pas son fils! Et que lui aussi est le fils de Sybille, et cætera, et cætera. A moins, évidemment, que le très grand roi ne se dise que ce Secret (de Polichinelle) Story a assez duré et qu’il serait judicieux d’en sortir par le haut. En proposant lui-même une tournée générale de tests ADN. Ou, plus simplement, en reconnaissant sa fille.

vincent.peiffer@moustique.be

Sur le même sujet
Plus d'actualité