Sébastien Courtoy: « Défendre Nemmouche, c’était oui d’office »

Sébastien Courtoy est l'avocat belge de Mehdi Nemmouche, le tueur présumé du Musée Juif. L'avocat bruxellois ne renie aucun des clients sulfureux qu'il défend depuis plus de dix ans. Dont Dieudonné. Quitte à être classé "antisémite".

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Sébastien Courtoy jaillit de sa BMW Z3 décapotable sur le perron de l'église de Waterloo. En retard, mais rayonnant. L'avocat vient d'obtenir de la Chambre du conseil la libération de Jean-Louis Denis, dit le soumis. Un Belge converti à l'islam, accusé d'être dirigeant d'un groupe terroriste et recruteur de candidats au djihad armé en Syrie. "Même si le Parquet interjette appel et que sa libération effective dépendra de la Chambre des mises en accusation, cette décision courageuse de libérer un lampiste est une belle quenelle à mes détracteurs" jubile l'avocat de la défense.

Et des détracteurs, le grand gaillard de 39 ans les collectionne. Car dans sa clientèle régulière figurent aussi rien de moins que le Centre islamique belge, Dieudonné, Laurent Louis, les jeunes djihadistes belges… Et, depuis fin juillet, Mehdi Nemmouche, l'homme suspecté d'être l'auteur du quadruple assassinat du Musée Juif de Bruxelles survenu le 24 mai. Autant de "clients" qui, depuis une décennie de plaidoiries, ont forgé à l'avocat bruxellois un profil sulfureux, controversé et une image d'antisémite et de provocateur. Sous une tonnelle, dans le jardin de sa villa, après quelques minutes de trajet en voiture – dont l'autoradio passait Suspicious Minds d'Elvis Presley, "chanson de circonstance" sourit-il -, le bretteur des prétoires s'explique…

En tant qu'homme et citoyen, qu'avez-vous pensé à l'annonce de la tuerie au Musée Juif de Bruxelles?

Sébastien Courtoy – Je n'ai rien pensé. J'ai ressenti. Une sensation physique de révulsion. Quel être humain pourrait trouver cela bien?

Après l'émotion, quelle analyse se met en place dans votre tête?

S.C. – Je sais que j'ai 95 % de chances de voir l'auteur présumé, s'il est identifié, me consulter comme avocat. Ce qu'a fait la famille de Mehdi Nemmouche.

Pourquoi cette certitude?

S.C. – C'est simple. Ça fait une décennie que j'enchaîne les défenses de musulmans accusés de différents délits souvent liés à l'islamisme ou au terrorisme. Des cas qui ont fait l'objet d'une grande publicité sur Internet. Quand la famille de Nemmouche a tapé "avocat", "Bruxelles", "islam"…, mon nom est sorti en premier, assorti de la liste des affaires pour lesquelles, soit dit en passant, j'ai souvent obtenu une majorité d'acquittements voire de peines fortement atténuées. Comme pour le Centre islamique,  Dieudonné, Laurent Louis, etc. J'ai une solide réputation. Comme souvent, j'ai demandé à mon ami et collègue Henri Laquay de travailler avec moi sur cette affaire. C'est un des rares types courageux dans ce milieu. Je sais que le fait qu'il a été au Front National va être exploité contre nous, mais je m'en contrefous.

A quel moment avez-vous décidé d'accepter la défense de Nemmouche?

S.C. – Dès avant de l'avoir rencontré et d'avoir eu accès au dossier. Coupable ou innocent, s'il veut de moi, je suis son homme. Car c'est un être humain, traqué et, à coup sûr, seul face au système. Le dilemme n'est pas de le défendre ou pas.

La suite de l'interview dans le Moustique du 20 août 2014

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