Scream revient… Hurlez!

Wes Craven, maître de l'horreur, réactive sa saga culte et l'upgrade en 2.0. Tranchant, giclant, dément!

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Scream, c’est un miracle. Un truc du genre Michel Blanc dans les Bronzés: "On ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher". L’histoire d’un film destiné à une niche – les fans de slashers, ces films qui mettent en scène des ados et un tueur masqué qui les dézingue un par un – et qui, contre toute attente, est devenu un immense succès grand public. Et vous savez quoi? Quinze ans après le premier épisode, Wes Craven, son réalisateur, a décidé de reprendre la franchise et perpétuer cette union parfaite entre le rire et l’horreur.

"Quand le premier Scream est sorti en 1996, je voulais juste redonner du jus au film d’épouvante, mais je n’avais jamais pensé qu’un autre public irait le voir." Et pourtant! Les trois premiers épisodes ont rapporté plus de 500 millions de dollars alors qu’ils en ont coûté 80. "Le but était de rendre hommage à une saga bien sanguinolente que j’adorais: Halloween, initié par John Carpenter. J’étais déjà content que Freddy, que j’ai écrit en 1984, ait fait parler de lui. Mais je n’imaginais jamais que la notoriété de Scream irait encore plus loin."

Comme Trainspotting et Reservoir Dogs

Grâce à quelques répliques cultes ("La question n’est pas qui je suis mais où je suis")et à un masque passé dans les annales de la peur, Scream a réalisé ce qu'on appelle un "crossover". De film de genre, il est devenu phénomène de société (comme quand Bob Dylan censé chanter du nez pour cinq babas cool de Greenwich Village devient l’artiste folk le plus imposant du dernier siècle). "Avec Scream, il s'est passé un phénomène semblable à celui de Trainspotting de Danny Boyle et Reservoir Dogs de Tarantino. Ces films sont soudainement devenus un signe de reconnaissance des jeunes adultes branchés des années 90. Sans doute parce qu'ils mélangeaient les styles. Comme le trash et la comédie dans Trainspotting. Ou le rire et la peur dans le cas de Scream."

Marque ultime de reconnaissance, Scream a même été détourné. "Un film, c’est comme un chanteur ou un acteur: on sait qu’il a atteint une dimension mythique lorsqu’il est parodié", enchaîne Craven. Signe que la boucle est bouclée: Anthony Anderson, qui incarne un policier à l’espérance de vie plutôt limitée dans Scream 4, campait un second rôle dans les Scary Movie 3 et 4. "Quand Wes m’a contacté, je suis passé de la copie au mythe original."

On prend les mêmes et on recommence?

Si Craven remet aujourd'hui le couvert, on ne peut s'empêcher d'y voir l'appât du dollar. "Je voulais actualiser la série, se défend le réalisateur. Les nouvelles orientations du film répondent aux évolutions de la médiatisation dictées par Internet. J’y ai vu une manière de redonner du souffle à la saga. Ici, le tueur filme ses crimes pour les mettre en ligne. Cela ouvre plein de perspectives."

C'est la règle du genre, pour donner du coffre à ce quatrième épisode, le réalisateur outrepasse deux des règles de base indispensables à la survie des héros dans un film d’horreur (règles étayées dans Scream 1): "Ne pas avoir de rapports sexuels" et "Ne jamais dire: Je reviens". "Une des caractéristiques principales des bons films d’horreur est de fixer des règles pour mieux les outrepasser ensuite. Donc, oui, les héros de la première saga (Courteney Cox, Neve Campbell et David Arquette) sont finalement tous revenus. Aux côtés de jeunes filles innocentes, qui ne sont plus à l’abri non plus. Malgré leur pureté."

Outre son cyber-contexte, l’autre mise à jour majeure de Scream 4 concerne donc le nouveau casting. Puisque le trio originel donne la réplique à trois jeunes pousses: Emma Roberts (nièce de Julia), Hayden Panettiere et Rory Culkin. "Ils ont tous parfaitement compris l’esprit de la série", ose l’une des maîtresses des clés, Courteney Cox (qui joue à l’écran le couple qu’elle ne forme plus à la ville avec David Arquette).

Bref, ce Scream 4 est tout à fait réjouissant. "En fait, ce qui fait vraiment peur, ce n’est pas de savoir qui tue, mais d’ignorer pourquoi il tue. Parce que tant que vous ne savez pas ça, vous ne savez pas deviner quand il va frapper. Et vous baignez donc dans la peur durant tout le film. Je pense mettre encore quelques épisodes à vous dévoiler un éventuel mobile", ricane Craven. Soit la promesse d’au moins deux autres épisodes tout aussi tranchants.

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