Scott Walker: Bish Bosch

Le compositeur américain repousse encore les limites de la pop baroque.

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De David Bowie à Nick Cave en passant par Bat For Lashes ou Arctic Monkeys, Scott Walker est le genre de spécimen vénéré par des générations entières de musiciens…

Et il est fort probable que celui-ci s’en contrefiche royalement. Cela fait près d’un demi-siècle qu’il pilote sa carrière en sous-marin, revenant toujours à la surface là où on s’y attend le moins.

Après des débuts policés au sein des faux frères Walker Brothers au début des années 60, son explosion en solo lui a donné une première occasion de brouiller les frontières de la pop avec, entre autres, ses superbes reprises de Jacques Brel.

Depuis lors, Walker n’a cessé de repousser les limites de l’expérimentation, s’essayant à la musique de film, multipliant les collaborations, dérapant vers le free-jazz ou la musique contemporaine, torturant sa voix de crooner jusqu’au point de non-retour que l’on situera quelque part au milieu des années 80.

La métamorphose est désormais accomplie. Mais à l’heure de son quatorzième album, notre homme ne semble pas encore rassasié. Après un "The Drift" (2006) déjà bien corsé, Walker s’enfonce un peu plus dans le chaos sonore et les impressions macabres.

Oppressant, imprévisible, fastidieux, "Bish Bosch" sollicite une attention de chaque instant et assume pleinement l’aspect repoussant de sa première écoute.

De ses deuxième et troisième également. Car il faut une certaine dose de courage pour ramper jusqu’au bout du tunnel et en déjouer tous les pièges.

Des plages interminables (de 10 minutes pour Corps De Blah à plus de 20 pour SDSS14+13B), des silences pesants, des instrumentations désarticulées, des textes énigmatiques et des interventions brutales (aboiements, aiguisements de couteaux, samba venue de nulle part), Scott Walker ne recule devant rien pour nous infliger l’électrochoc qu’il juge nécessaire.

On en ressort exténué (presque fier, avouons-le), mais on ne peut qu’admirer le jusqu’au-boutisme de la démarche. Au point finalement de baisser la garde et de se laisser faire.

 

Epizootics

Scott Walker
Bish Bosch
4AD

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