Scorsese en film familial? Tu rigoles?

Sortie événement, Hugo Cabret est un film qui ne lui ressemble pas mais qui contient presque toutes ses angoisses. Plongée dans un esprit qui n'a jamais cessé de questionner le cinéma.

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A presque 70 ans, le cinéaste du sang (Les affranchis), des boyaux (Casino) et des dents qui ne sortent pas du ring à la même heure que leur propriétaire (Raging Bull) signe son premier film familial. Et en 3D s'il vous plaît. Hugo Cabret marque une rupture dans la carrière du cinéaste new-yorkais qui ne voulait surtout pas se répéter. Dans un livre passionnant paru il y a quelques semaines (une série d'entretiens avec le journaliste américain Richard Schickel), Martin Scorsese évoque notamment la suite d'une carrière "qui devra nécessairement passer par de nouvelles mises à l'épreuve".

La semaine dernière, à Paris, il nous a précisé sa pensée: "Je crois que cette épreuve, c’était Hugo. Après des années, je me suis enfin affranchi de deux choses: les codes du cinéma en deux dimensions et ma peur de faire un film familial. Ce qui est une première pour moi. J’ai une fille âgée de 12 ans et mon adaptation au cinéma du livre Hugo Cabret est en quelque sorte le film que j’aurais voulu l’emmener voir. Pour lui montrer un conte grand public tout en la sensibilisant à l’histoire du cinéma. Puisque cette fresque facile d’accès remonte aux origines du septième art en expliquant au spectateur quel grand cinéaste fut George Méliès et quelle a été son influence sur moi. Si on le compare à la majorité de mes autres films, très adultes, comme Raging Bull, Taxi Driver ou Gangs of New York, Hugo constitue une rupture. Mais il s’inscrit dans la suite logique de mon œuvre. Qui a toujours essayé de rendre hommage au cinéma, la grande passion de ma vie".

La passion

Si Scorsese vit aujourd'hui pour le cinéma, il eut d'abord d'autres grandes révélations. En effet, quand il avait l’âge de sa fille, Marty penchait pour un secteur bien éloigné de celui des chauffeurs de taxi à cheveux en crête de para. Comme il s’en explique à Schickel: "J’avais d’abord pensé entrer au séminaire, puis j’ai commencé à me dire que j’avais choisi cette vocation pour de mauvaises raisons. On ne devrait pas faire ce métier pour soi, mais pour autrui. Or, en ce qui me concerne, devenir prêtre signifiait me couper du reste du monde et devenir un spectateur passif. Bref, le cinéma était une planche de salut. C’était ça ou pas grand-chose, en fait". Schickel confirme d’ailleurs en écrivant à son tour: "C’est la passion de Marty pour le cinéma qui l’a sauvé de tout. Elle est tellement envahissante que lorsque vous êtes à ses côtés, seulement deux solutions s’offrent à vous: le suivre ou quitter la pièce".

Et le maître d'enchaîner: "Durant mon enfance, j’ai commencé ma découverte du cinéma par les films des néoréalistes italiens à la télévision. Mais même si j’adorais le ciné, je n’aurais jamais osé avoir la prétention d’en faire. C’est finalement John Cassavetes qui m’a fait comprendre que c’était faisable à peu de frais car il arrivait à des résultats formidables avec des moyens techniques très limités. Dès ce moment, même venant d’une famille très modeste, je n’avais plus aucune excuse pour ne pas me lancer", nous a-t-il raconté.

Expliquant qu’il s’est jeté à l’eau avec excès comme tout bon passionné digne de ce nom. Allant même jusqu’à hypothéquer ses biens. "Je vivais très confortablement jusqu’à ce que je me lance dans Gangs of New York au début des années 2000, avoue-t-il à Schickel. C’est ce film qui m’a plongé dans les difficultés. J’y ai investi presque tout mon argent. La nouvelle selon laquelle j’étais sur la paille s’est tellement vite répandue que même mon abonnement au quotidien New York Times a été interrompu de peur que je ne puisse plus le payer. En fait, je n’étais pas satisfait des premières prises et j'ai décidé d'en retourner à mes propres frais puisque ce n’était pas prévu dans le budget approuvé par le studio de production. Il m'a fallu deux ans, et la sortie d'Aviator pour me remettre à flot."

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