Scarlett Johansson: « C’est votre regard qui a fait de moi ce que je suis »

L'icône hollywoodienne revient avec deux films sous le (wonder) bras. Une comédie romantique et un film de superhéros. Ça valait bien un tête-à-tête…

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À Hollywood, les jeunes actrices pullulent. D'un côté, les maigrichonnes qui capitalisent sur de forts jolis minois (Jessica Alba, Katie Holmes, Megan Fox). De l'autre, des maigrichonnes qui transcendent les plateaux par un tempérament de feu (Natalie Portman, Kirsten Dunst, Michelle Williams, Carey Mulligan). Au milieu de ce bien joli troupeau de prétendantes, une seule jeune fille est parvenue à s'offrir un réel statut d'icône: Scarlett Johansson, 27 printemps, actrice, chanteuse, égérie, muse et fantasme absolu de la moitié des hommes qui peuplent cette planète. Amen.

Cocktail parfait entre la fille cérébrale et la créature pulpeuse, Scarlett a tout ce qu'il faut là où il faut: des formes à damner un saint, des lèvres qui appellent au baiser, une voix rauque qui évoque les stars d'antan, un sourire ravageur. Et un caractère bien trempé qui la différencie de la plupart des actrices de sa génération, aux dents longues et aux discours parfaitement formatés.

Car là où les autres sont en permanence braquées sur leur bilan Weight Watchers, Scarlett a quelque chose de la rock star. Ses idoles? "Nico du Velvet Underground ou Marianne Faithful, lance-t-elle. Côté cinéma, je suis une fille donc je me dois de citer Meryl Streep comme tout le monde. Mais les carrières qui me font rêver sont plutôt masculines: Philip Seymour Hoffman, Brad Pitt ou Leonardo DiCaprio qui, je trouve, ne se débrouille pas trop mal non plus." Sourire. Inutile de tenter de comprendre pourquoi Scarlett est devenue une icône. Il y a comme ça des évidences qui s'imposent.

Et pourtant, il faut bien avouer qu'à moins d'un mètre, tout cela ne saute pas aux yeux. En tout cas pas tout de suite. Car la jeune fille qui entre dans la pièce ne correspond franchement pas au fantasme que l'on s'en est fait. Démarche solide, jean noir délavé, pull d'hiver, le chewing-gum à la bouche, elle se vautre sur sa chaise, les jambes écartées, de la bourrine qui a envie d'une dernière bière. Pas franchement le genre d'entrée qui laisse rêveur. Mais peu importe. Parce que deux sourires plus tard, on est envoûté. Non par les formes, non par le sex-appeal. Mais par le naturel absolument désarmant dont elle fait preuve.

C'est toute gamine que Scarlett (nommée d'après Scarlett O'Hara, l'héroïne d'Autant en emporte le vent, film favori de sa productrice de mère) débute sa carrière. "À 7 ans, les premières auditions" et trois ans plus tard, un premier rôle au cinéma dans L'irrésistible North de Rob Reiner. Le premier vrai grand rôle arrivera quatre ans plus tard, lorsque Robert Redford la choisit pour camper l'héroïne de son adaptation du roman à succès L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Elle n'a que 14 ans.

C'est en 2003, l'année de ses 19 ans, que Scarlett va exploser à l'écran. Dans Lost In Translation de Sofia Coppola avec Bill Murray et La jeune fille à la perle aux côtés de Colin Firth. Désormais, elle sera la muse de Woody Allen avec qui elle tournera trois films: Match Point, Scoop et Vicky Cristina Barcelona. Et si elle aime le cinéma d'auteur (il faut revoir Le Dahlia noir de Brian De Palma adapté du roman de James Ellroy), Scarlett se lance aussi pour la première fois en 2010 dans le monde des superhéros en incarnant la Veuve noire dans Iron Man 2. Un rôle qu'elle reprendra dès la semaine prochaine dans The Avengers (voir p. 55).

Mais avant cela et dès aujourd'hui, Scarlett est à l'affiche de Nouveau départ de Cameron Crowe. L'histoire d'un homme (Matt Damon) qui, suite au décès de sa femme, va changer de vie sur un coup de tête. Et acheter un zoo menacé de fermeture. Scarlett interprète le rôle de Kelly, la jeune gardienne de zoo bien dans ses bottes en caoutchouc. Un film qui dit, entre les lignes, une bien belle vérité: il nous suffit de quelques secondes de bravoure seulement pour modifier nos vies en profondeur. "C'est un message qui m'a plu. Car nous sommes tous frileux à l'idée de mouvement. Alors que c'est probablement là que se trouve la magie de vivre. Il faut oser, c'est tout. Moi, depuis mon plus jeune âge, j'auditionne furieusement pour obtenir des rôles au cinéma. Et je peux vous dire que ça demande une certaine forme de courage. Celui de se confronter au fait de n'être parfois pas désirée. C'est toute la vie des actrices, ça… C'est pour ça que j'ai fait Nouveau départ. Et pas pour me prouver, comme je l'ai lu dans certains journaux, que je pouvais aussi être une bonne actrice sans décolleté plongeant."

C'est qu'à 27 ans, Scarlett semble lassée de son image de femme sexy en diable. "Au début, je dois bien dire que cela m'a étonnée car je n'ai pas joué beaucoup de personnages ouvertement sexy. Je crois que tout ce truc est parti du fait que je possède effectivement quelques courbes. Et que je les assume très bien. Donc, c'est entièrement de votre faute. C'est votre regard qui a fait de moi ce que je suis. Mais je n'ai aucun problème avec l'image sexy que l'on m'a collée. Même s'il faut que tout cela évolue. Mais je suis sûre que dans quelques années, ce sera quelqu'un d'autre. Et que moi, je serai passée à autre chose."

Et ce quelque chose, Scarlett y pense déjà. "Je voudrais jouer Norma Desmond dans un remake de Boulevard du crépuscule. Mais j'ai besoin de quelques années de plus. Cela dit, il est vrai que j'ai parfois l'impression d'arriver au bout de quelque chose. De faire un métier que je ne contrôle pas vraiment. De donner mon image à des gens qui ne la respectent pas toujours. Je veux, dans un avenir proche, reprendre le contrôle de tout ça. C'est pourquoi je rêve de théâtre et de réaliser mes propres films. Là, je suis en train de travailler à l'adaptation de Summer Crossing, une nouvelle de Truman Capote. Je languis de passer derrière la caméra."

En attendant, Scarlett se consacre à ses passions, le cinéma et la chanson. Mais pas uniquement. Comme elle l'a déjà fait en 2008, elle s'apprête à soutenir activement Barack Obama pour sa réélection à la présidence des États-Unis. "J'ai la chance d'être sous le feu des projecteurs. Ce serait honteux et irresponsable de ma part de ne pas en profiter pour attirer l'attention sur des causes qui me tiennent à cœur. Et franchement, je préfère parler de ça plutôt que de mes mensurations…"

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