Saule: Géant aux pieds d’argile

Avec un émouvant album qui fait l'éloge de la normalité, le Belge rentre définitivement dans la cour des grands de la chanson française. Des tout grands.

658565

[…]

Le "Géant" de votre album est-il aux pieds d'argile?
Saule – Oui, l'image me séduit particulièrement. Dans mes chansons, je ressens toujours le besoin d'exprimer la fragilité de l'être humain. J'aime bien l'idée de l'artiste qui baisse la garde et casse sa coquille pour dévoiler ses faiblesses. Etre capable de mettre le doigt sur ses doutes et ses défauts, c'est la première étape pour accepter sa vie de tous les jours.

 

Vous allez même jusqu'à vous moquez de votre poids et de votre taille. Enfant, étiez-vous l'objet de railleries?
Saule – Oui, mais je n'en ai pas souffert car il y avait toujours un côté affectueux dans les vannes qu'on me lançait. Ça existe dans toutes les cours de récréation. Le gros, on l'appelle "bouboule", celui qui a de l'acné, c'est "la calculette" et moi, j'avais droit à "géant vert", "le paratonnerre" ou "la mauvaise herbe". Assez bizarrement, j'étais moins touché quand on s'en prenait à moi que lorsque je voyait un autre gamin être la tête de Turc de sa bande de copains.

 

Vous faites attention à votre physique?
Saule – J'essaie de perdre du poids, mais c'est plus pour ma santé que pour mon image, même si je sais que c'est devenu très important dans mon métier. J'en ai beaucoup discuté avec Charlie Winston lorsque nous étions en studio. Charlie est conscient que son look a eu une part prépondérante dans son succès. Mon physique n'a jamais fait partie de mon fonds de commerce, mais c'est toujours mieux de bien se sentir dans son corps. Charlie m'a beaucoup coaché à ce sujet. Souvent, après les sessions d'enregistrement, il me disait: "tu dois faire de l'exercice, on part en trekking". Nous ne courions pas, mais on partait faire de longues balades.

 

Quelle leçon principale retenez-vous de votre collaboration avec Charlie Winston?
Saule – Charlie n'est pas seulement un nom qu'on a mis sur une liste. Il y a eu vraie rencontre. J'ai toujours été fan de sa musique. Les premières chansons sur lesquelles j'ai travaillé avaient un son très anglo-saxon et c'est de manière très naturelle que notre collaboration a pris forme. Comme moi, Charlie a gardé une âme d'enfant dans sa manière de jouer, d'écrire et de se produire sur scène. J'ai beaucoup appris avec lui. Charlie m'a expliqué qu'après le méga-succès qu'il a obtenu avec sa chanson Like A Hobo,tout son entourage lui conseillait de ne pas changer. Il m'a dit: "fais le contraire, ceux qui ne veulent pas changer manquent d'horizon, un artiste doit avancer, être en perpétuelle évolution, chercher et chercher encore".

 

Dusty Men,votre duo avec Charlie Winston, met en scène deux chanteurs has been. Vous redoutez ce moment où vous serez hors du coup?
Saule – J'ai écrit Dusty Men assez sur le modèle d'une battle hip-hop où deux MC's s'affrontent dans des joutes verbales. L'idée d'être has been obsède tous les artistes. Alain Souchon avait écrit le magnifique T'es K.-O. sur ce thème. Avec Charlie, on y a mis plus d'humour. Pour être hasbeen, il faut d'abord monter très haut. Même si j'ai eu un joli succès avec mon premier disque "Vous êtes ici" en 2006, je ne suis pas devenu un phénomène de mode. J'essaie de mener ma carrière comme le font des Thomas Fersen, des Mathieu Boogaerts, des Raphael ou des Benjamin Biolay. Ils sortent leurs albums comme ils l'entendent. Parfois ils touchent le grand public, parfois ça reste un succès d'estime. J'avance un peu comme un électron libre.

 

Votre deuxième album "Western" n'a pas rencontré le succès espéré en France. Vous le considérez comme un échec?
Saule – Je n'ai pas remis en question ma carrière mais bien le système. Pour cet album, j'ai eu l'opportunité de signer sur une grosse maison de disques en France (Polydor, filiale d'Universal Music – NDLR)et je me suis rendu compte que cette structure ne me convenait pas. J'ai été considéré comme un artiste prioritaire pour eux pendant quelques semaines. Les gens de Polydor ont fait un super-boulot mais comme les ventes n'étaient pas satisfaisantes, ils sont très vite passés à d'autres artistes prioritaires. Nous étions soixante-cinq à sortir un album en l'espace de trois mois, ce qui laisse très peu de temps pour faire du chiffre. Mais cette expérience m'a permis de beaucoup tourner, notamment dans des grandes salles en première partie de Bénabar. Le public français me connaît, je ne redémarre pas en bas de l'échelle avec "Géant".

 

Saule, il fait écouter quelle musique à ses enfants?
Saule – Mon père m'a fait découvrir Led Zeppelin et ma mère m'a initié à l'univers de Gainsbourg. Grâce à eux, j'ai toujours eu des goûts éclatés et j'ai transmis ça bien sûr à mes deux garçons de 8 et de 2 ans. Il y a deux choses qui éclatent le plus petit: la bouffe et la musique. Je ne sais pas d'où il tient ça. L'autre jour, j'ai réussi à le faire arrêter de pleurer en lui faisant écouter au casque Hallelujah de Jeff Buckley. Le grand, il aime bien le hip-hop et Rage Against The Machine.

 

Saule, samedi 20 juillet. Scène Proximus

Saule
Géant
30 Février/PiaS

Sur le même sujet
Plus d'actualité