Sara, Syrienne, 11 ans . Elle a écrit à Elio Di Rupo

Sara et sa famille ont fui la Syrie pour chercher asile en Belgique. Christian, sans-papiers mauricien, est parfaitement intégré à son village. Ils peuvent être expulsés à tout moment. Portraits d'une terrible attente.
 

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Tous les jours, la Syrie. L’horreur de la guerre là-bas, le gaz sarin utilisé contre la population… Des forces étrangères doivent-elles intervenir ou pas? Faut-il, comme la Suède, accorder l’asile à tous les demandeurs d’asile syriens? Pour les réfugiés en attente d’une réponse des autorités belges, ces questions ne relèvent pas des pages « débats » des quotidiens. Elles sont brûlantes.

Pour Sara, par exemple, cette gamine syrienne arrivée à Bruxelles fin décembre avec ses parents, sa petite sœur Rala et son petit frère Zaïd. Elle vient d’avoir 11 ans, mais elle en paraît plus. Son corps est celui d’une enfant, mais son regard est grave. En répondant à nos questions dans un très bon anglais, émaillé de quelques mots néerlandais, langue qu’elle maîtrise encore mieux, elle fait machinalement craquer ses doigts. En écoutant nos questions, elle se ronge les ongles… « C’est le stress », glisse sa mère, en baissant les yeux. Sara ne peut plus vivre en Syrie, mais on lui refuse aussi de vivre en Belgique à cause d’un mauvais tampon sur un visa et de statistiques à faire baisser. Voici son histoire.

La famille de Sara vivait à Alep. Quand on lui demande pourquoi ils sont partis, sa mère répond laconiquement: « A cause de la guerre ». Un terme générique qui occulte, par peur des ennuis ou par pudeur, une réalité que l’on parvient à reconstituer peu à peu. Un quotidien de cadavres dans leur rue, quelques heures d’eau courante tous les deux ou trois jours, des coupures d’électricité incessantes qui pouvaient laisser le quartier dans le noir pendant dix jours. Il y avait aussi la nourriture hors de prix et des gens qui mourraient – littéralement – de faim. Pour Sara, sa sœur et son frère, le pire, c’était les bombes. Le petit Zaïd n’avait que deux ans quand la guerre a commencé. Il ne savait marcher que depuis quelques mois quand il a acquis le même reflexe que les autres: courir se réfugier dans les corridors de l’immeuble dès qu’il entendait un avion. « Une nuit, je me suis réveillée par terre, se souvient Sara. J’étais tombée de mon lit tellement la détonation avait été forte. C’était tombé juste à côté de notre bâtiment. »

La suite dans le Moustique du 25 septembre 2013

La lettre de Sara à Elio Di Rupo

 « M. le Premier ministre, je n’accepterai pas que la police nous tue, je vais me tuer et j’irai chez Dieu. Là-bas ils ne tuent pas les gens. » Début septembre, après avoir déniché une (mauvaise) adresse mail du Premier ministre, Sara a pris l’initiative de lui écrire, en néerlandais et en arabe. Voici des extraits de sa lettre. Espérons que cette fois, elle parviendra jusque sur le bureau d’Elio Di Rupo. « Monsieur le Premier ministre belge, Je m’appelle Sara, j’ai dix ans et demi et je suis Syrienne d’Alep. J’habite maintenant en Belgique avec maman et papa et mon petit frère et ma petite sœur. Nous sommes venus en Belgique, chez vous, car notre pays a été détruit. Mon père avait une agence de tourisme, mais elle a été détruite ainsi que notre maison. Ma mère est malade du diabète et il n’y plus de médicaments en Syrie. Mon père nous a dit que la Belgique est un beau pays, où [les gens sont en sécurité] et où il y a de bonnes écoles et des jeux. Nous sommes donc venus ici (…) et je suis allée à l’école jusqu’en cinquième et ma sœur jusqu’en quatrième. Nous avons aimé tout le monde, mes camarades, mes professeurs, toute l’école et toute la Belgique, car tout le monde est très gentil. (…)

Ça fait maintenant 8 mois, ma mère pleure tous les jours et mon père va chez l’avocat tous les jours aussi. Toute ma famille, les cinq personnes, dorment dans la même pièce et j’ai entendu mon père dire que la police va nous arrêter. M. le Premier ministre, je voudrais vous dire que toute la Belgique aime les enfants sauf la police (…).

Je n’accepterai pas que la police nous tue, je vais me tuer et j’irai chez Dieu. Là-bas ils ne tuent pas les gens. Ne leur permettez pas de tuer les gens, restez un bon pays, vous pouvez le faire. Mon prof me l’a dit et il m’a dit aussi qu’ici (…), le gouvernement aime tout le monde, même les enfants. (…) De Sara, qui aime la Belgique, mais qui n’aime pas la police. Je vous envoie ce mail car j’ai appris que nous ne pouvons plus aller à l’école (d’été – NDLR) et ça fait 2 mois que j’attends le jour où j’y retournerai. Je vous aime! »

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