Santigold: « J’ai joué à Dour? Sorry, je ne m’en souviens pas »

En bidouillant pop, hip-hop, reggae et électro, elle réinvente le concept de sono globale. Et nous, on adore. Conversation londonienne avec une fille en or.

348901

[…]

Comment avez-vous digéré le succès de "Santogold"?
Santi White – Avec le recul, je me dis que je l'ai très bien vécu. Ces quatre dernières années sont sans aucun doute les plus belles de mon existence. Je n'avais aucune attente particulière quand "Santogold" est sorti en 2008 pour la simple raison que je n'avais pas le moindre point de repère. En fait, ce n'est pas tant le succès de l'album qui m'a surpris, mais la manière dont il a été perçu et apprécié. À mes concerts, il y avait des fans de hip-hop, des nerds blancs, la communauté black, des gens âgés: un public aux goûts très variés.

Les trois mots qui nous viennent à l'esprit quand on évoque la Jamaïque sont "reggae", "soleil" et "ganja". C'est pour ça que vous y êtes allée?
Oui, entre autres. Nous avions un studio avec vue sur l'océan. Il y avait toujours plein de rastas qui rôdaient dans les parages et on entendait des soundsystems un peu partout. C'était très cool et spirituel comme ambiance. Mais j'ai aussi un lien très affectif avec la Jamaïque. Quand j'étais petite, mon père m'y emmenait toujours pendant les vacances de Noël. J'ai grandi en assimilant toute cette culture. La musique bien sûr, mais aussi les bonnes vibrations, la cuisine ou cette forme d'insouciance propre à ceux qui vivent sur une île et semblent être heureux même s'ils doivent se contenter de peu.

Votre père était ténor du barreau à Philadelphie. Quels conseils juridiques vous a-t-il donnés pour ne pas vous laisser piéger par les requins du show-business?
Je lui dois beaucoup. J'ai eu la chance d'être éduquée dans une école privée très stricte. J'étais la seule black de la classe, mais je n'ai pas vraiment connu le racisme. Le week-end, mon père m'emmenait dans les quartiers délabrés du downtown de Philadelphie où il avait grandi. Il me disait: "C'est là d'où nous venons, ne l'oublie jamais". Je me rappelle aussi des après-midi passés avec lui chez des disquaires spécialisés. C'est mon père qui m'a fait découvrir le reggae, mais aussi Marvin Gaye et John Coltrane.

Quel est l'artiste qui vous a poussée à devenir chanteuse?
Je devais avoir 12 ou 13 ans quand j'ai écrit mon premier poème rap après avoir écouté un disque de Queen Latifah. Mais devenir chanteuse n'a jamais été une priorité. Mon rêve, c’était de m'exprimer dans la musique tout en restant dans l'ombre. J'ai bossé comme responsable des jeunes talents chez Epic Records, une filiale de Sony. Puis, je suis passée à la réalisation et à l'écriture, notamment pour Lily Allen, avant de me lancer.

Avez-vous tourné avec Coldplay, enregistré avec les Beastie Boys et fait une pub pour Converse avec Pharrell Williams et Julian Cassablancas?
Oui. Ce sont des belles rencontres, des expériences enrichissantes et des univers différents. Mais le plaisir est le même, et la finalité aussi. C'est très flatteur que ces grands noms apprécient ce que je fais et me permettent de toucher un autre public.

Quel message faut-il retenir de "Master Of My Make-Believe"?
La plupart des chansons ont pour thème la prise de contrôle de notre propre monde. Ma vision moderne de la société ne m'empêche pas de constater que nous avons perdu le sens des vraies valeurs. Paradoxalement, alors qu'on nous sert de la téléréalité à toutes les sauces aujourd'hui, les gens sont complètement déboussolés car ce qu'on nous montre, c'est tout sauf la réalité. On fait croire à des jeunes que pour devenir chanteur, il suffit de passer à The Voice et se débrouiller dans un karaoké. Il ne faut même plus faire de la bonne musique pour être reconnu. Le succès se mesure au nombre de fans que vous avez sur votre page Facebook. Pour les médias américains, les leaders d'opinion sont des chefs étoilés ou des chirurgiens esthétiques qui ont leur reality-show. On oublie les écrivains ou les chercheurs universitaires. C'est pathétique.

Dites-nous quelque chose que vous n'avez jamais dit à personne.
Je ne me souviens même pas d'être venue en Belgique. Sorry! Quand j'ai fait les festivals européens durant l'été 2009, je sortais du bus sans savoir où j'étais. Björk m'a un jour dressé la liste des choses essentielles à faire comme artiste: par exemple, prendre quatre jours de break entre deux concerts. Je ne peux pas encore me le permettre.

En partenariat avec WE7, votre radio personnalisée
Plus de musique sur WE7.be

Sur le même sujet
Plus d'actualité