Sale temps

Tiens! Il y a une huitaine, est-ce que je n’écrivais pas ici qu’il n’y avait pas d’affaire Trullemans?

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Ce n’est pas pour faire mon malin, mais une foule innombrable de douze personnes (membres du groupuscule nazillon "Nation") a manifesté. Tju, impressionnant! Et un seul mail est arrivé à mon adresse (ci-dessous) pour m’agonir d’incompétence parce que je ne percevais pas la déferlante qui s’annonçait.

Donc voilà, on va dire rideau sur la grosse affaire, dont on retiendra deux choses. Un gag: Trullemans ignorait que Modrikamen faisait de la politique… Et, disons, un couac: la RTBF ignorait visiblement que Modrikamen avait joyeusement planté son "Parti Populaire" à lui tout seul au beau milieu de la vase d’extrême droite.

Sinon, vous pensez bien que Mise au point n’aurait jamais invité le lascar à éructer sur son plateau, brisant par la même occasion le cordon sanitaire médiatique autour des élucubrations haineuses d’extrême droite. Oups…

A part ça, sale temps pour la N-VA, vous ne trouvez pas? Pas sur le rôle de notre royauté. La lettre adressée par BéDéWé au prince Philippe était plutôt belle, ma foi. Empathique, même.

Et écrire que la maison royale est "comateuse", c’est tout sauf une sottise. D’ailleurs, les positions se clarifient. Chez les Verts de Groen, c’est-à-dire à l’autre bout du bout de l’échiquier politique flamand, Wouter Van Besien ne veut plus d’un (futur) roi se mêlant de politique: "Le pouvoir politique que tu reçois parce que tu es, par hasard, le fils de ton père, c’est quand même d’un autre temps. Ne serait-il pas temps d’en finir avec cette relique?"

Même le CD&V de Wouter Beke qualifie notre monarchie d’"anachronisme". Et quand Bart De Wever affirme que "c’est un secret de Polichinelle qu’à peu près aucun parti ne veut voir Philippe sur le trône", disons qu’il résume le sentiment nordiste. Et au sud? Ça dépend. Vous préférez entendre ce qui se dit en public ou ce qui se soupire en coulisses?

Où il fait un temps de chien, pour la N-VA, c’est ailleurs. Au Voka, d’abord. La quasi nationaliste organisation patronale flamande ("mon patron", avait dit BDW) a tourné casaque: le Voka ne veut plus de re-re-re-réforme de l'Etat en 2014 et enjoint la N-VA de s’occuper du socio-économique…

Traduction? "Bon alors, Bart, c’était rigolo de faire joujou avec ta république indépendante de Flandre, mais là, on a une méga-crise sur le feu, alors maintenant tu bosses! OK?" Pas super-agréable non plus: la Cour de justice européenne tacle le décret "Wonen in eigen streek" et annonce publiquement que la Flandre (d’inspiration N-véiste) ne respecte pas les droits de l’homme.

Et puis, surtout, il y a Schellebelle. Joli nom de patelin s’il n’était le théâtre d’un accident ferroviaire et aussi d’un splendide cafouillage du gouverneur de Flandre-Orientale. Sa gestion de crise est ca-tas-tro-phique.

Et Jan Briers – c’est lui – est un gouverneur… N-VA. Ah ben oui, gérer les conséquences d’un accident de train, c’est un peu plus complexe que retirer le portrait d’Albert et Paola ou le drapeau belge à la maison communale d’Alost, ou changer les noms de rues trop francophones.

C’est plus compliqué que de pourchasser les danseurs de hip-hop des rues d’Anvers ou les fonctionnaires à tee-shirt arc-en-ciel. Ça exige même quelques compétences. Et ça va finir par se savoir, en Flandre…

vincent.peiffer@moustique.be

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