Rone en roi aux Nuits Bota

La nouvelle étoile de l’électro hexagonale s’appelle Rone. Le mec n’a pas l’air d’y toucher. Mais derrière ses machines, c’est un prince. Après le show délivré ce mercredi soir aux Nuits Bota, le gars peut désormais revendiquer sa place sur le trône. Pour le reste, on a vu un coeur d’artichaut planté derrière un piano à queue, mais aussi quelques guitares sur pattes. 

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Petites lunettes rondes vissées sur le nez, Erwan Castes est un garçon ordinaire. Un monsieur tout-le-monde de la vie normale. Mais une fois sur scène, entouré de son thérèmine, d’un laptop et de ses machines, il se métamorphose en Rone : un super-héros de l’électro paranormale. Mercredi soir, sous le Chapiteau, le Français a mis tout le monde d’accord en illuminant les Nuits Bota de sa science du beat électromagnétique. Quelque part entre l’efficacité minimaliste de Paul Kalkbrenner et les idées romantiques de Superpitcher, entre le raffinement sournois d’Agoria et les montées en puissance de Laurent Garnier, Rone est en train de gagner du terrain et devrait, d’ici l’été, s’assurer une place au soleil.

Alors que son dernier album ("Creatures") vend plutôt du rêve en distillant des atmosphères mécaniques et des rythmes vaporeux, la prestation scénique de Rone s’avale comme un cachet d’amphétamine. Au début, on ne voit rien venir et puis, impossible de fermer l’oeil de la Nuit. Les guiboles ne tiennent plus en place et les bras s’agitent de haut en bas. Au-dessus du lot, Rone construit son set avec la précision d’un horloger et l’aisance d’un architecte. L’artiste assure le tempo et débloque de grands circuits électroniques: le sirocco du bonheur.

Dans le Grand Salon, le jeune Tobias Jesso Jr suspend le temps derrière son piano à queue. Le mec chante la loose et pleure en souvenir de toutes les nanas qui ne l’aiment pas. Là où le concert pourrait se noyer dans un torrent de larmes de crocodile, le Canadien s’en tire à merveille. Le petit Tobias est un pleurnichard qui s’assume avec le sourire. Les doigts en mouvement derrière son piano, il joue les amants sans amis et déplore quelques jolies mélodies : Can’t Stop Thinking About You, Can We Still Be Friends, Whitout You. Si les sentiments se déchaînent passionnément, humour et amour s’enlacent ici intensément. Tobias Jesso Jr prend la relève des premiers albums d’Elton John et marche sur la pointe des pieds dans la chambre à coucher de Randy Newman. C’est naïf, hyper fragile, mais ça passe. En fin de parcours, il s’offre une reprise de Georgia on My Mind. Ray Charles aurait apprécié.

Dans la Rotonde, c’est rock à gogo. D’abord avec les Australiens de Twerps : une fille et trois garçons qui échappent aux logiques du temps. Impossible de donner un âge à ces gens. Jeunes vieux, adolescents éternels, les enfants tissent des mélodies joyeusement bancales et sifflent quelques refrains génialement déglingués. Les quatre musiciens de Twerps recyclent avec bonheur les codes de la pop artisanale. En leur compagnie, on songe souvent aux Feelies, à Pavement ou Yo La Tengo. Et ce n’est déjà pas si mal… Deux heures plus tard, au même endroit, les Américains de Wand déballent un impressionnant arsenal psychédélique : les guitares surfent sur la grande histoire du rock stoner et du heavy metal pour accoucher de riffs surpuissants – mais pas vraiment innovants. Au micro, le chanteur ravive maladroitement la voix de Marc Bolan (T. Rex). Du coup, la prestation zigzague un peu à contre-sens, entre glam-rock et envolées de testostérone. Cool, mais tendu.

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