Romain Duris: " J’en ai fait craquer quelques-unes "

Une comédie pétillante dans l'ambiance des concours de dactylo des années cinquante. Romain Duris et Déborah François y sont merveilleux.

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Rencontres, quelque part entre Mad Men et… la Star Ac, avec deux acteurs pas forcément taillés pour le rôle.

A priori, un film consacré aux concours de dactylo qui affolaient les mondains des années 50 n’avait rien pour nous intéresser. On redoutait même le roman-photo pour salle d’attente, voire le récit Harlequin genre Cucul c’est nous. S’il comporte quelques longueurs, Populaire transcende pourtant son sujet grâce à une série de gags bien placés, un Romain Duris très crédible en séducteur malgré lui, une Déborah François en femme plus que fatale, et une immersion chic dans l’univers des années 50. Même s’il n’a vécu les glorieuses fifties que par procuration (il est né en 1974), l'acteur fétiche de Klapisch ne cache pas son excitation à l’idée d’avoir pu pénétrer "par la magie du cinéma" dans cette époque dont il est devenu l’un des plus ardents ambassadeurs. On lui donnerait presque le bikini, l’Atomium et le Spoutnik sans confession.

Populaire se déroule durant les années 50. Pourquoi cette période nous fascine-t-elle à ce point aujourd’hui?
Romain Duris – Parce que ces années ont célébré deux choses qui nous échappent aujourd'hui: le plaisir et l’esthétisme. Dans l’architecture avec Le Corbusier qui pense sa ville moderne, dans la mode grâce au fameux tailleur Chanel. Et bien évidemment à travers l’automobile et ses célèbres Citroën DS. Quand j’entrais sur le plateau baigné par cette atmosphère fifties, je sentais l’insouciance de cette époque. Et quand je le quittais le soir, je revenais dans la grisaille du XXIe siècle.

Bref, même si vous n’avez pas vécu ces années, vous ressentez pour elles une réelle nostalgie?
R.D. – Oui. Même s’il ne faut pas tout idéaliser non plus. C’était aussi une période ambiguë, que mon personnage dans le film met bien en lumière. D’un côté, vous aviez le plein emploi, et de l’autre, une multitude de gens qui souffraient encore des blessures occasionnées par une guerre qui venait de se terminer. Mais les fifties demeurent globalement une période de progrès, c’est indéniable…

Autre progrès notoire lié à cette période: l’émancipation de la femme…
R.D. – Au début des années 50, les femmes portent encore des vêtements bricolés durant les années très dures de l’Occupation et passent le plus clair de leur temps à la maison. Ensuite, comme Déborah François dans le film, elles se mettent à travailler et à très bien s’habiller. Mais les hommes restaient quand même très paternalistes avec ces dames. Quand j’appelle Déborah "Mon Chou" dans nos relations de travail, je n’ai rien inventé. C’est une expression qui était vraiment couramment utilisée au bureau à ce moment-là. Mais au fur et à mesure du film, on voit bien la tendance qui s’inverse. Et mon personnage perd peu à peu son assurance face à sa secrétaire qui, elle, en acquiert de plus en plus… Vu sous cet angle, Populaire est très Girl Power.

Il contraste en tout cas très fort avec une série télé comme Mad Men, qui montre quand même un tout autre versant des trente glorieuses.
R.D. – Populaire est même l’anti-Mad Men! Nous partageons l’esthétique et les jolies femmes, mais rien d’autre. Et surtout pas cette vision très machiste des choses, où les épouses s’occupent des enfants pendant que leurs maris les trompent allégrement sur le canapé de leur salle de réunion… (Il rit et change de sujet.) Cela dit, à l’inverse de Mad Men, Populaire n’entend pas prioritairement dresser le portrait d’une époque. C’est avant tout un film pop et pétillant. Une comédie qui n’exige pas grand-chose en termes d’émotion. Ni de ses acteurs ni de ses spectateurs.

Ça veut dire que vous allez recommencer à exiger plus de vos prochains rôles?
R.D. – Oui, oui. Après Populaire, j’ai enchaîné sur le nouveau film de Michel Gondry, L’écume des jours. Et puis sur Casse-tête chinois, le troisième volet de L’auberge espagnole. Ce sont aussi deux comédies. Maintenant, je voudrais du plus obscur. Mais toujours avec des jolies filles. Avouez que je possède un palmarès d’enfer! Déborah François dans Populaire, Vanessa Paradis dans L’arnacœur, Juliette Binoche dans Paris. J’en ai fait craquer quelques-unes, des actrices! (Il rit de sa propre blague.)

Par contre, vous n’avez pas encore fait craquer de réalisatrice…
R.D. – (Redevenu sérieux.) Oui, c'est marrant, ça. Je ne sais pas ce que produirait le regard d'une femme sur moi. J'ai failli tourner avec Marion Vernoux (Rien à faire, Reines d’un jour) pour un film qui se serait appelé Je prends racine. Mathieu Amalric et moi devions carrément y interpréter des femmes. C’était excitant et je le sentais bien. Puis le projet n’a pas abouti. 

Au contraire de Populaire, premier long métrage d’un réalisateur peu connu, Régis Roinsard, mais qui dispose d’un budget conséquent (15 millions €). On imagine qu’un projet comme celui-là ne s'est monté que parce que vous faites partie des acteurs bancables…
R.D. – Heureusement, les acteurs bancables ne sont pas tous merdiques! Si ma notoriété peut servir à monter des projets, tant mieux. J’ai eu envie tout de suite d’aider Régis. J’ai foncé sans me poser de question. Sûr de moi. Et puis, une fois le tournage commencé, comme d’habitude, j'ai douté de tout… De mon engagement, du fait que j’étais la bonne personne pour tenir le rôle… C’est toujours comme ça. Je crains que cela ne change plus…

Mais c’est peut-être justement ce doute qui fait monter une bonne adrénaline et vous fait aimer le métier?
R.D. – Il fait partie du processus. Je travaille comme ça et je m’accepte comme tel. Je suis troubadour et heureux de l’être. J’assume le perpétuel équilibre instable du métier. La banalité ou le vide sont les deux risques principaux dans ce job d’acteur. Après L’arnacœur, je ne recevais plus que des histoires du même genre. Cela me désespérait et je stressais à l’idée que l’on ne pense plus à moi que pour des rôles de séducteur. En résumé: je suis un grand mangeur d’ongles. Le reste, ce que vous voyez à l’écran, ce n’est que de l’entraînement et de l’entertainment.

Au fil de vos rôles, vous avez appris notamment à jouer de la trompette (Pas si grave) ou du piano (De battre mon cœur s’est arrêté), à danser comme au Moulin-Rouge (Paris)… Qu'est-ce que ces expériences vous apportent?
R.D. – Ce sont généralement des moments très rigolos. Vous vous rappelez la scène de Dirty Dancing dans L’arnacœur? Avec Vanessa Paradis, on a vécu cette chorégraphie à fond. Bien sûr, je ne sais pas vraiment jouer du piano ni de la trompette. Mais j’aime bien faire semblant. Il n’y a que pour Persécution de Patrice Chéreau que je n'ai pas eu à apprendre. Ni à aimer comme un fou. Ni à souffrir comme un dingue… Ça, c’est inné. Je suis un torturé.

Vous sentez l’attente et même l’impatience du public pour la suite de L’auberge espagnole et des Poupées russes?
R.D. – Oui! Mais ça ne me met pas plus de pression que ça. Le film s’appellera donc Casse-tête chinois et sortira l’an prochain. C’est au moins autant la suite des deux autres qu’un film sur New York. Ça s’annonce bien. Le réalisateur Cédric Klapisch m’a dit qu’il voulait s’arrêter à une sorte de trilogie Erasmus. Ce film est donc censé être le dernier de la série. Mais moi, j'ai envie de croire que ça continuera…  

Mais pourquoi en voulez-vous encore?
R.D. – Parce que même en partant d’un film qui était à la base une histoire générationnelle, nous pouvons changer de cap et aller plus loin. Il y a encore moyen de surprendre le spectateur avec d’autres idées. Je me vois bien continuer cette saga quand je serai ridé et boiteux. S’il faut terminer L’auberge espagnole avec des cheveux blancs, je suis partant.

Populaire
Réalisé par Régis Roinsard. Avec Romain Duris, Déborah François, Bérénice Bejo – 111’.

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