Roger Waters refait le mur

A la veille des deux concerts The Wall sold-out à Anvers, un roman passionnant révèle la face cachée de Pink Floyd. Hallucinant!

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C'est le spectacle rock à ne pas manquer. Trente ans après la sortie de "The Wall", l'ancien leader de Pink Floyd rejoue à grand renfort de décors et d'effets spéciaux l'intégralité de ce double album conceptuel les 27 et 28 mai au Sportpaleis.

A l'époque, le groupe anglais n'avait donné que 31 représentations dans quatre villes différentes. Cette fois, c'est dans un marathon mondial de deux ans que Waters s'est lancé, permettant ainsi à de nouvelles générations de se replonger dans cette œuvre paranoïaque qui fait toujours référence.

Quand "The Wall" est commercialisé en novembre 1979, Pink Floyd est pourtant considéré comme un groupe de vieux dinosaures qui fait tache dans la tempête new-wave sévissant alors. Cible idéale de la presse branchée, Pink Floyd donne avec "The Wall" le bâton pour se faire battre. Le disque est double, conceptuel et mégalo. Sa construction dramatique tient plus de l'opéra que du rock incisif et les textes des chansons sont aussi interminables que les solos du guitariste David Gilmour. Et que dire alors de ses auteurs? Des musiciens millionnaires à l'ego démesuré qui ne se parlent plus entre eux.

Rock star tarée

Mêlant références autobiographiques et réflexions freudiennes, "The Wall" a pour héros Pink, une rock star qui se déstructure mentalement. Derrière ses souvenirs d'enfance (un père mort à la guerre, une mère ultra-protectrice, des profs tortionnaires) et ses visions hallucinées (les concerts se transformant en messes nazies, le mur de briques pour se protéger du monde extérieur), se cachent bien sûr les obsessions de Waters mais aussi toutes les contradictions du monstre qu'est devenu Pink Floyd.

L'histoire et le succès de la tournée solo de Waters (voir par ailleurs) leur donnent raison. De Radiohead à Animal Collective en passant par The Battles, on ressent plus l'influence de Pink Floyd en 2011 que celle des Sex Pistols ou The Clash. Et la littérature n'est pas en reste. La preuve avec Pink Floyd en rouge publié par le romancier italien Michele Mari aux éditions du Seuil. Passionnant, parfaitement documenté et écrit dans un style nuancé, Pink Floyd en rouge a le mérite de proposer un vrai point de vue et de se démarquer des traditionnelles hagiographies sur le groupe.

Même les morts témoignent

S'appuyant sur des archives solides, mais jouant la carte de la fiction, Michele Mari découpe son roman – il insiste sur le terme – en petits chapitres d'une poignée de pages représentant autant de confessions, de témoignages, de lamentations, voire d'exhortations. Tous les membres de Pink Floyd passent à confesse, même Syd Barrett et Rick Wright pourtant décédés. Les amis, les ennemis (Johnny Rotten des Pistols qui portait un t-shirt "I hate Pink Floyd" en 1977), les présidents de fan-club, la choriste Rachel Fury qui avoue avoir eu un orgasme en chantant The Great Gig In The Sky sur "The Dark Side Of The Moon" livrent leur part de vérité sur la légende Pink Floyd. Avec, tout au long de l'ouvrage, l'ombre de Syd Barrett, fondateur du groupe englouti par le LSD après les deux premiers albums et ayant vécu ensuite comme un légume jusqu'à sa mort le 7 juillet 2008.

Michele Mari revient bien sûr sur "The Wall", suggérant que le disque est autant la vision de Waters que celle de Barrett. Après tout, c'est le seul membre du groupe qui a été aussi loin dans la folie que le personnage Pink, au point de construire ce fameux mur autour de lui pour ne plus avoir à affronter le monde extérieur.

Les 27 et 28/5 au Sportpaleis. Complet.

Roman
Michel Mari
Pink Floyd en rouge
Ed. Seuil, 305 p.

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