Rodrigo Beenkens: « Il faut changer l’ADN du sport »

Dopage, corruption, matches truqués… Quand le foot et le vélo empestent la magouille, les journalistes sportifs se sentent cocus. Le plus populaire d’entre eux veut arrêter de s'en excuser.

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Vous avez fait un mea culpa singulier, suite aux aveux d’Armstrong. C’est le journaliste ou l’amateur de sport qui s’exprimait?
Rodrigo Beenkens – C’est plutôt mon tempérament. J’ai 50% de sang et de gènes portugais. Je suis un latin, un sanguin. C’était une démarche personnelle, qui n’engageait pas la RTBF. J’ai réagi émotionnellement. Un moment donné, la colère doit sortir. Mais j’en suis aujourd’hui à la deuxième étape: la réflexion et l’exploration. Et maintenant? Comment va-t-on vivre ça?

Depuis votre mea culpa, d’autres scandales ont éclaté…
Des petits marrants m’ont demandé: "Et maintenant, tu vas présenter tes excuses pour le football?" Alors ça, jamais! Parce que cela fait des années que je mets le doigt sur les dysfonctionnements de l’Union Belge, de la FIFA, de Sepp Blatter, de Michel Platini…

Vous parlez parfois de "DéBlat(t)érages" et de "Platiniaiseries" pour qualifier les propos des présidents de la FIFA et de l’UEFA…
Quand Blatter dit "Il n’y a aucun produit capable de faire d’un mauvais joueur, un bon joueur", c’est une ânerie sans nom! Tout le monde sait qu’il existe des produits qui augmentent la vitesse de pointe, la réactivité, la détente verticale. Aujourd’hui, on est en pleine tempête, les affaires éclatent les unes après les autres… Mais c’est génial! Ça signifie que les choses sont en train de bouger. On est à un tournant: non, les magouilles ne sont pas une fatalité. Il faut changer l’ADN du sport!

Sport et tricherie sont intrinsèquement liés?
Nous vivons une époque matérialiste et de réussite à tout prix. La triche est donc omniprésente. Mais on est aussi dans une société surmédicalisée. Et je ne parle pas seulement de sport. Roger Bambuck – un sportif de légende français, ministre des sports de François Mitterrand – disait: "Compte tenu de cette surmédicalisation, comment voulez-vous que le sportif d’aujourd’hui échappe à son époque?". Cela dit, le cliché "le sport, c’est le reflet de la société", que certains dirigeants du sport utilisent pour cacher leurs propres conneries et justifier les dérives, ça m’énerve!

Allez-vous changer votre manière d’appréhender votre métier?
La seule chose que je peux faire, c’est travailler, le plus honnêtement possible, sur le subconscient des gens. C’est le public qui doit dire: "J’en ai marre!". Depuis le début de ma carrière, j’ai consacré 100 % de mon temps à la préparation des étapes, des matches, etc. plutôt qu’à la réflexion. C’est cela qui doit changer chez moi aujourd’hui. Je dois être moins le nez dans le guidon – ou sur les phases de jeu, pour parler des deux sports que je suis amené à commenter.

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Rodrigo Beenkens, le journaliste, s’est excusé, mais l’amoureux de sport, il se sent trahi?
J’adore mon métier. C’est ma force et ma faiblesse. Ce serait indécent d’en refuser les côtés négatifs comme ce qui se produit maintenant. Je suis un passionné. Le jour où je n’aurais plus la passion, j’arrête.

Cela pourrait arriver?
Nous sommes dans une période de transition. Soit ce déballage se transforme en énergie positive et je serais alors très heureux d’y collaborer à mon niveau, soit rien ne change au terme de cette période, et alors, je ferai autre chose.

Vous vous donnez combien de temps?
Un an et demi, jusque fin 2014. Une saison complète de cyclisme, de foot, peut-être la Coupe du Monde au Brésil… Ce pays, dont on dit qu’il est celui du football et dont je parle la langue, me fera peut-être découvrir certaines choses…

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