Robert De Niro: Un homme d’influence

L'acteur revient avec deux excellents films. Dans l'un, il est un homme bousculé dans ses illusions. Dans l’autre, il campe un illusionniste. Perfectionniste, De Niro sait tout faire… et surtout flairer les bons coups.

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Voici quelques mois, durant le tournage de Being Flynn (sortie ce 5 septembre), l’agent de sécurité de l’hôtel où résidait Robert De Niro a appelé la police quand il a vu arriver l’acteur. En fait, ce dernier était tellement crédible dans ses guenilles et ses attitudes de SDF requises pour le film que la réceptionniste du palace ne l’avait pas reconnu. Et craignait de se faire agresser par un clodo en manque. "Quand j’incarne un personnage, je suis cette personne 24 heures sur 24. C’est de l’immersion totale", expliquait déjà l’acteur à l’époque de Taxi Driver (1976). "Par ailleurs, j’ai aussi vite compris qu’il ne fallait pas toujours grand-chose pour convaincre. Pas besoin d’en faire des tonnes", concluait celui capable de vous faire passer une nuit blanche grâce à un seul regard noir. Car De Niro, c’est surtout, et souvent, une gueule et des mimiques. Qui se suffisent régulièrement à elles-mêmes. ("L’une de mes devises favorites reste d’ailleurs: Ceux qui parlent ne savent pas et ceux qui savent se taisent", déclarait-il à Studio Magazine l’an dernier.) Comme dans Mon beau-père et moi, où un froncement de sourcils parvenait à terroriser Ben Stiller.

 

Preuve supplémentaire avec ses deux nouveaux films: Red Lights (sortie cette semaine) et Being Flynn (la semaine prochaine) où il lui suffit d’apparaître pour convaincre. Tour à tour sous les traits d’un médium allumé et d’un écrivain mytho mais paumé. Pas d’esprit de sérieux ou de poses d’écorché vif se payant en son et lumière. Mais juste une série d’attitudes basiques qui arrivent à transcender un personnage. Le tout vérifiant la sempiternelle théorie selon laquelle le trop serait l’ennemi absolu du bien.

 

BETE DE TOURNAGES

 

Mais s’il se retient d’en faire des tonnes sur les plateaux, l’acteur ne se caractérise pas par une réelle économie de tournages pour autant. Apparaissant en moyenne dans trois films par an, il possède ce talent rare de sentir les projets et de s’y faire discret lorsqu’il ne le sent pas. A la différence, par exemple, de Gérard Depardieu à qui Bob est souvent comparé outre-Atlantique. Et qui, lui, ne sait se faire ni petit ni passer inaperçu. "J’aime tourner. Mais je fais aussi attention à ne pas accoler mon nom à des choses ineptes. Dans ce cas, quand je sens que le film s’oriente vers un plantage, j’essaie d’apparaître le moins possible à l’écran", avoue Bob le vieux routier. "Parfois, on peut juste vous proposer une simple apparition, une ou deux grandes scènes… Et ça vaut peut-être le coup de le faire. Surtout si le metteur en scène est intéressant et que l'occasion ne se représentera peut-être pas. Voilà l’une des raisons qui vous poussent à accepter de tourner, bien que vous ignoriez à quoi ressemblera le film dans sa totalité. Vous vous basez alors sur le personnage, sur le plaisir que vous éprouverez à l'incarner et qui, potentiellement, engendrera une grande scène dramatique. "

 

"Par contre, quand un projet dans sa totalité en vaut vraiment la peine, je fonce et je m’investis nettement plus!" Et c’est pour cette raison qu’il revient sous les projecteurs en cette rentrée. Tout d’abord avec Red Lights, un thriller signé Rodrigo Cortés (qui avait commis l’excellent Buried). Et ensuite avec Being Flynn, plongée impressionnante dans le monde des oubliés par la vie. Où il tient le rôle d’un père obligé de fréquenter le home pour SDF où travaille son fils. Tout ça avec le sens du détail qu’on lui connaît. "J’ai même choisi personnellement l’imperméable troué que porte mon personnage de clochard. Chaque artisan a besoin de bons outils de travail. Un acteur n’échappe pas à la règle." Poussant la logique jusqu’au bout, notre homme n’a d’ailleurs jamais hésité non plus à modifier son apparence physique pour les besoins d’un personnage.

Sa métamorphose la plus remarquable restant sans doute sa prise de poids pour camper le boxeur Jack LaMotta dans Raging Bull. "J’ai depuis toujours une fascination pour la transformation du corps. Et dans ce registre, les sportifs vieillissent souvent mal. Avant de commencer le film, j’avais appris comment Jack avait procédé pour prendre des kilos et des muscles. J’ai donc voulu faire de même pour vraiment sentir le rôle. Et même si, après le tournage, la perte de poids a représenté des efforts surhumains, je ne regrette rien. Car cette sensation d’être plus lourd m’a vraiment aidé à sculpter mon corps, bien mieux que si j’avais utilisé les prothèses qui m’étaient à la base destinées. J’ai vraiment voulu éprouver cette sensation très inconfortable de la prise de lourdeur."

 

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