Ridley Scott de retour aux affaires

Trente ans après Alien et Blade Runner, le frère de Tony revient à la science-fiction. Vous avez dit événement?

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Non, Prometheus, sorti la semaine dernière, n’est pas un simple prequel d’Alien, réalisé par le même Ridley Scott en 1979. Mais, oui, il mêle quand même un peu les origines de sa saga mythique avec les prémices d’une nouvelle série. Toutefois, l’essentiel est ailleurs. Ce long métrage marque surtout le retour à la science-fiction de l’un de ses maîtres absolus. Avec Alien mais aussi Blade Runner (1982), où des androïdes fabriqués par l’homme devenaient son pire ennemi, Scott avait en effet révolutionné tous les codes du genre grâce à ce dosage si particulier d’horreur, d’angoisse et d’anticipation intelligente.

Trente ans plus tard, le voilà donc qui réactive la machine. "Depuis Blade Runner, on a croulé sous les films de science-fiction, admet Scott sans fausse modestie. Mais la vraie question était surtout de savoir ce que je pouvais encore apporter d’original au genre si j’y revenais. J’y ai réfléchi… longtemps." Même en passant par le road-movie féminisant (Thelma et Louise), les costauds en minijupes (Gladiator), la suite du Silence des Agneaux (Hannibal), le polar (American Gangster) ou l’adaptation de contes épiques déjà ressassés (Robin des Bois), Scott n’aura donc jamais oublié ses premières amours. Ni d’ailleurs les offres mirobolantes émanant des grands studios hollywoodiens.

Surtout, "il y avait autre chose", avouait-il récemment au quotidien français Le Figaro, faisant référence à l’esprit de compétition qui règne dans les couloirs des grands studios hollywoodiens. "L’impulsion définitive pour me lancer à corps perdu dans Prometheus est venue… d’Avatar. Avec ce film, James Cameron a placé la barre très haut en termes d’effets spéciaux. L’univers qu’il a développé, mélangeant prises de vues réelles, animation et 3D était vraiment rafraîchissant et nouveau. Il a réussi son pari. J’ai eu envie de faire aussi bien."

L’empreinte Scott

Le retour de Ridley Scott à la S.F. comble-t-il pour autant un vide dans le paysage? Oui, en grande partie! Car il faut bien admettre que dans la pléthore de films actuels, peu affichent la virtuosité des productions signées par le cinéaste britannique. À commencer par son univers visuel. Tant au niveau "macro" (les paysages des planètes visitées sont magnifiques, les vaisseaux spatiaux spectaculaires) que "micro" (chaque fourchette, chaque poignée de porte est stylisée).

Vient ensuite la "patte Scott" dans la mise en images. C’est-à-dire ce mélange de scènes d’action bien rythmées et de longs plans léchés (qui rappellent combien le gaillard fut aussi, avec son frère Tony, un grand réalisateur de spots publicitaires dans les années 70). Un style qui atteint son paroxysme dans Prometheus, truffé d’images presque cliniques et d’autres plus brutes, dignes d’un volet du Projet Blair Witch. Enfin, Mister Ridley ne connaît pas beaucoup d’équivalents capables de faire monter la tension en neige aussi bien que lui. Car si Prometheus perd en intensité dans sa seconde moitié, il n’en reste pas moins que cinq minutes de ce film dégagent plus de tension que l’intégrale des Matrix.

Un nouveau Blade Runner?

Dès cet été, Ridley Scott s’attaquera à son prochain film, Le conseiller, d’après un scénario de Cormac McCarthy avec Michael Fassbender et Brad Pitt. L’histoire d’un avocat qui se retrouve impliqué dans un trafic de drogue au Nouveau-Mexique. Mais l’appétit venant en (re)mangeant, notre homme vient aussi d’annoncer qu’il planchait sur un autre Blade Runner. "Le tournage de Prometheus fut tellement agréable, le fait de replonger dans l’univers de la science-fiction, si amusant que ça m’a aussi donné envie de retrouver le monde de Blade Runner. J’ignore encore s’il s’agira d’un prequel ou d’une suite directe. J’ai rencontré les scénaristes du projet et je vais également revoir l’auteur du script original, Hampton Fancher. Mais à ce stade, nous n’avons encore rien d’achevé. Et je ne suis pas du tout sûr que la présence d’Harrison Ford soit essentielle dans l’histoire actuellement développée. Peut-être qu’il faudra lui trouver un remplaçant, plus jeune."

Question casting, on fera confiance à Scott. Ne vient-il pas, avec Prometheus, de prouver que sa nouvelle recrue Noomi Rapace (la Lisbeth Salander de la trilogie Millénium) n’avait rien à envier à Sigourney Weaver question accouchement de créatures baveuses?

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