Rencontre: Julie Taton – Jean-Michel Zecca

Confié aux deux animateurs les plus méritants de la fabrique RTL-TVI, Belgium's Got Talent mixe la fancy-fair et le souk artistique. Une caravane bohème qui nous a poussé à partir à la recherche des Belges - entrepreneurs, ingénieurs, inventeurs - qui, eux aussi, ont du talent mais ne passent jamais à la télé.

495949

[…]

Le principe de Belgium’s Got Talent, c’est d’organiser un grand défilé de gens qui pensent avoir un talent et aimeraient le faire savoir. Il y a évidemment beaucoup de tout et un peu de n’importe quoi. Vous avez assisté à toutes les auditions. Avez-vous vu des prestations qui faisaient pitié?
Jean-Michel Zecca – Je ne suis pas le dernier à vanner, mais ce n’est pas du tout l’esprit de l’émission. On n’entre jamais dans la moquerie parce qu’on sent qu’il y a tellement de courage dans la démarche. Ces gens font un saut dans l’inconnu. Et même quand ils se vautrent, il y a toujours de l’humain dans l’histoire.

Julie Taton – On passe beaucoup de temps avec les candidats dans les coulisses, on les suit, on les entoure à mesure que le temps passe et que l’angoisse monte jusqu’au moment où ils doivent aller se présenter devant le jury. Inévitablement, ces gens deviennent touchants. Ça peut être drôle, sympathique, décalé, ça peut être mal compris aussi. Personnellement, j’ai eu plus envie de les soutenir que de m’en moquer…

Donnez-nous un exemple de candidat qui vous a marqué…
J.T. – Un candidat qui faisait de la musique avec ses mains. De prime abord, j’ai pensé que c’était ridicule, mais à l’arrivée on reconnaissait tellement bien les morceaux, c’était tellement improbable et le mec était tellement dans son univers que je me suis dit "Waouh". J’ai passé un super bon moment.

J.-M.Z. – Au risque de déflorer une partie de l’émission, ce qui m’a marqué, c’est l’histoire de cette mamie – elle a plus de 70 ans – qui est venue à l’enregistrement, non pas parce qu’elle le voulait, mais parce que son petit-fils l’y avait inscrite. Sauf que… cette dame doit monter sur scène pour chanter une chanson d’Edith Piaf et il n’y a rien qui sort. Elle est tétanisée par le stress. À la deuxième tentative, elle oublie les paroles… Je ne vous dirai pas si elle est arrivée ou pas à chanter sa chanson, mais on peut se poser la question de savoir si son petit-fils lui a rendu service. Il n’a pas mesuré l’impact que ça pouvait avoir sur sa grand-mère…

J.T. – J’ai cru qu’elle allait faire un infarctus…

Comprenez-vous le désir de ces gens de venir se montrer à la télévision?
J.-M.Z. – Pas toujours. Ce que je ne comprends pas, c’est l’entourage de certaines personnes qui, parfois, devrait être plus honnête avec elles. Et leur dire: "Ne chante pas, ça ne va pas."

J.T. – Moi, je comprends. Ces gens sont capables de penser "J’ai un truc, j’ai envie de le partager". Je trouve ça bien. C’est une chance, pourquoi ne pas la saisir?

Qu’est-ce que cette émission révèle de notre société?
J.-M.Z. – Lorsque la productrice anglaise est venue nous parler du programme, pour nous expliquer son ADN, elle nous a confié: "Vous allez vivre une aventure, mais ce sera surtout le reflet de votre société." Et, en effet, tout ce qu’on a vu le confirme: Belgium’s Got Talent est la célébration de tout ce que la Belgique compte de personnages folkloriques et truculents dans le décalage et l’autodérision.

Avez-vous noté chez les candidats, qui ont tous les âges, cette envie de célébrité qui est le moteur des jeunes participants aux émissions de télé-réalité?
J.-M.Z. – C’est vrai que la célébrité est dans l’air du temps, mais chez nos candidats, je pense qu’il n’y a pas que ça. J’ai vu beaucoup de gens dont le talent avait guidé un choix de vie. J’ai entendu des types dire qu’ils avaient quitté leur boulot de fonctionnaires pour devenir ventriloques!

À chaque fois que vous racontez l’histoire d’un candidat, on a l’impression d’entendre le pitch d’une comédie!
J.-M.Z. – Mais c’est ça, Belgium’s Got Talent, c’est la comédie humaine! Et ça me fait plaisir que vous souligniez cette dimension-là du programme. Que vous reconnaissiez un début de comédie dans l’histoire du fonctionnaire qui lâche tout pour devenir ventriloque, ça me plaît bien. Et, dans le fond, qu’il ait un talent immense ou pas, on s’en fout.

Il faut donc bien faire comprendre que l’émission n’est pas qu’une simple compétition…
J.-M.Z. – Et si l’émission ne devait pas marcher, ce serait sans doute parce que le public n’aurait pas compris cette dimension. Les téléspectateurs ne doivent pas s’attendre à voir un étalage d’immenses talents.

Avez-vous hésité lorsque la chaîne a eu l’idée de vous réunir sur ce programme?
J.T. – Pas du tout.

J.-M.Z. – On s’est appelés un jour en se disant: "Tiens, ils font Got Talent, ce serait drôle qu’ils nous le proposent." Julie m’a demandé si j’étais d’accord sur le principe, j’ai dit "Oui". On s’entend bien.

J.T. – Et on s’aime bien.

Il y avait dans l’intention de la chaîne de faire un coup à partir d’un ex-couple…
J.T. – Non, juste un duo.

J.-M.Z. – Et même si c’est le cas… Je me mets à leur place, j’aurais fait pareil… Il n’y a pas d’histoire trash, il n’y a pas de vulgarité…

Certains vont être heureux de vous voir ensemble à l’écran…
J.T. – J’espère.
J.-M.Z. – À part que ce n’est pas une émission d’animateurs.

Oui, bon…
J.-M.Z. – Sans déconner, l’émission est 100 % basée sur la relation entre le jury et les candidats…

Pourquoi aller chercher Julie Taton et Jean-Michel Zecca, alors?
J.-M.Z. – Pour lier la sauce. Et faire un truc qui fédère.

Vous savez très bien que certaines personnes ont un rapport très affectif à la télé et que vous voir ensemble, après votre séparation, c’est très attendu.
J.-M.Z. – Non, je ne crois pas. On n’a jamais rien raconté de notre vie privée à l’époque, on n’a jamais invité les gens là-dedans…

J.T. – Justement, ça attise la curiosité. Moi, je pense qu’il y a une espèce de curiosité, mais je crois aussi qu’ils passeront vite à autre chose après nous avoir vus une fois.

Avez-vous mis au point une stratégie de communication pour contrecarrer la curiosité des médias concernant votre histoire personnelle?
J.-M.Z. – Ce n’est pas notre boulot, c’est celui d’Eddy. (Eddy Duhoux qui assiste à l’interview est l’attaché de presse de Belgium’s Got Talent – ndlr).

Eddy, comment prépare-t-on la communication autour d’une question aussi personnelle qu’une ancienne histoire d’amour?
Eddy Duhoux – On en a brièvement parlé, on savait que les journalistes allaient en parler, on a donc supposé le genre de questions qui allaient être posées. Mais on s’est dit que l’essentiel devait bien sûr être ramené à l’émission.

[…]

BELGIUM’S GOT TALENT
Le 10/9 – RTL-TVI – 20h20

Sur le même sujet
Plus d'actualité