Rencontre avec Patti Smith à Londres

Patti Smith retrouve des couleurs rock sur Banga, un album qui célèbre les morts et la vie. Rencontre londonienne avec une icône toujours en mouvement.

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L'accueil réservé à "Banga" est très positif. Quelle remarque vous touche en particulier?
Beaucoup de journalistes évoquent le timbre de ma voix qui se rapproche de celui des mes premiers albums dans les années septante. J'en suis très heureuse. Ce n'est qu'à l'âge de soixante ans que je me suis rendu compte que ma voix se détériorait et qu'il fallait que je m'en préoccupe, comme toute autre partie de mon corps. J'ai arrêté de fumer, je ne bois plus sauf un bon verre de vin de temps en temps, je ne crie plus quand je suis en colère et je m'aménage des pauses en tournée.

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This Is The Girl est un poème rock dédié à Amy Winehouse. Qu'est-ce qui vous séduisait chez elle?
Sa voix. Je sais de quoi je parle. Je chante, mais je ne me suis jamais considérée comme une vraie chanteuse. Amy avait quelque chose d'unique: elle mélangeait l'authenticité et le naturel. De son vivant, j'étais déjà inquiète parce qu'elle foutait sa voix en l'air.

On vous sent révoltée par le caractère autodestructeur de certaines rock-stars…
C'est vrai. À la mort de Kurt Cobain, j'avais écrit la chanson About A boy (sur l'album "Gone Again" en 1996)où j'exprimais ma tristesse mais aussi ma colère car c'est lui qui a décidé d'en finir. Amy Winehouse, c'est un autre "accident" du rock and roll comme nous en avons connu avec Janis Joplin ou Jimi Hendrix. Je ne juge pas ce côté autodestructeur, mais je ne le comprends pas parce que je ne l'ai pas vécu. Je n'ai jamais été tentée par la drogue ou par les excès car j'étais sans doute plus arrogante qu'Amy ou Kurt. Quand je traversais des périodes difficiles, je me réfugiais dans le travail parce que je pensais que le monde avait besoin de mon art (rire).

Et en 2012, le monde a-t-il encore besoin de Patti Smith?
C'est la grande question. Vous pouvez le tourner comme vous voulez, mais un artiste, c’est quelqu'un de matérialiste. Qu'il crée un disque, un recueil de poèmes ou un tableau, c'est toujours un objet en plus qui doit trouver sa place dans un iPod, une bibliothèque ou un musée. Quand j'étais jeune, je culpabilisais parfois à l'idée d'avoir la chance de sortir un album alors que d'autres artistes crevaient la dalle. Aujourd'hui, je ne me sens pas coupable, mais j'essaie de penser en termes de qualité. Je dois avoir plus de cinquante chansons dans un tiroir, j'ai cinq ou six projets de livre en stock, mais est-ce que le monde a besoin de toute cette matière de Patti Smith? Sans doute que non. Ce qui me motive, c'est de publier quelque chose qui le mérite.

De quoi êtes-vous le plus fière?
Assez paradoxalement, je suis connue comme chanteuse, mais c'est au rayon librairie que j'ai eu mon plus gros succès. Sortie voici deux ans, mon autobiographie Just Kids est toujours classée dans le top 10 des best-sellers établi par le New York Times. Quand j'ai écrit le livre, je pensais qu'il n'allait intéresser que ceux qui me suivent de près mais il a largement dépassé la sphère rock and roll. Je n'ai jamais réussi ça avec une chanson.

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Vous revenez chez nous cet été pour les festivals. Quel est votre meilleur souvenir belge?
Mon premier concert à Bruxelles en 1976 (au Cirque Royal). C'était notre première tournée en Europe. J'étais fascinée par votre capitale car je savais qu'Arthur Rimbaud y avait étudié. Je m'attendais à de la pluie, et il pleuvait, mais je n'ai jamais reçu un tel accueil du public. C'est la première fois de ma carrière que j'ai été ovationnée à ce point.

Patti Smith – Banga (écoute intégrale)

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Le 1/7 au Rivirienhof (complet).
Le 5/7 aux Ardentes.

Interview complète dans le Moustique du 13 juin.

Patti Smith
Banga
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