Rencontre avec Daniel Alliët, un curé sans langue de bois

Le pape François qui cherche une "solution" au célibat des prêtres? Voilà qui doit faire plaisir au Bruxellois Daniel Alliët, le curé du Béguinage. A 74 ans, le "meilleur ennemi" de Mgr Léonard n'a pas fini de ruer dans les dogmes.

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L'affaire a fait moins de bruit que la victoire de l'Allemagne en Coupe du monde le même jour, mais quand même. Dans une interview au quotidien italien La Repubblica publiée le 13 juillet dernier, le pape aurait promis des "solutions" à la question du célibat des prêtres. Certes, le Vatican a ensuite contesté la validité de l'entretien – les propos de François auraient été transformés – mais ils semblent dans la logique d'un pape qui, depuis son élection, n'arrête pas de faire bouger les lignes. Un pape, en tout cas, dont l'image (on a dit l'image) semble aujourd'hui bien plus confraternelle, plus tolérante, plus proche des pauvres, que les franges les plus dures et réactionnaires du catholicisme.

 

Au sein de l'Eglise de Belgique, ce contraste pourrait être incarné par l'affaire du Béguinage. A ma gauche, Daniel Alliët, le reponsable de la paroisse Saint-Jean-Baptiste au Béguinage, dans le centre de Bruxelles, depuis 28 ans. Un "curé des pauvres" qui a fait des droits pour les sans-papiers son combat, les accueillant dans son église, refusant leur expulsion, accumulant les actions… A ma droite, Mgr André Léonard, un homme dont on connaît, disons, la pure orthodoxie.

 

Au printemps dernier, l'archevêque de Malines-Bruxellesavait voulu muter le curé dans une paroisse voisine à Molenbeek et le remplacer par un prédicateur français très populaire dans l'Hexagone, un certain Michel-Marie Zanotti-Sorkine, réputé plus en phase avec les vues de Léonard. Sauf que l'affaire avait suscité une vague d’indignation. Et forcé l'archevêque à modifier sa décision. Résultat, l'abbé Alliët est toujours dans son église. Tout comme plusieurs "sans-papiers". Et il nous parle. De François, de Léonard mais aussi du reste: avortement, euthanasie des mineurs, célibat des prêtres, pédophilie. Un autre regard de l'Eglise, plutôt revigorant.

 

 

Les occupations, les marches et les grèves de la faim, que vous organisez pour les SDF et les sans-papiers, ne vous ont pas toujours valu des sympathies. Pourquoi?

Daniel Alliët – Dans ma maison, je loge des sans-papiers. C’est comme ça depuis toujours et c’est très mal vu. Beaucoup me demandent pourquoi je fais ça. Je réponds: "Pourquoi pas? Ce sont des êtres humains, non?" On me dit que la pauvreté ne relève pas de l’Eglise mais du politique. On me dit: "vous avez étudié la théologie philosophique autant d’années pour faire ça?" Derrière ces discours, il faut en fait voir un dénominateur commun: la peur, chez certains, de voir leurs privilèges abolis. J’ai appris ça, souvent à mes dépens. Mais il faut se battre pour les droits de l’homme, pour un monde et une économie plus justes et ça passe aussi par la politique. Il y a eu la mondialisation de l’égoïsme, il est temps, à présent, de passer à la mondialisation de la solidarité. Parce qu'on est tous des immigrés, économiques ou réfugiés politiques. Mon frère et ma sœur l’ont été quand ils ont dû aller chercher du travail en Wallonie. Et l’immigration ne se fait jamais dans la joie.

 

Vous avez l'impression que votre combat gêne l'Eglise? Quand votre archevêque vous a demandé de quitter le Béguinage, comment avez-vous réagi?

D.A. – Pour moi, ce n’était pas grave, mais je savais que les gens n’accepteraient pas et les réactions ont été plus fortes que prévu. Léonard m’avait déjà demandé de partir il y a deux ans mais j’avais refusé. Cette fois, l’évêque auxiliaire a reçu plus de 400 mails et 200 lettres. Cette église est un symbole de l’interconvictionnel et de la mixité qui existent à Bruxelles. Ici, les pauvres ont le droit d’exister.

 

Pourquoi Léonard voulait-il vous muter?

D.A. – C’est un homme courageux et sa cause est noble: il se bat pour remplir les églises. Il est très social aussi. A la fin de l’année, son portefeuille est vide. Il a eu, dans son évêché à Namur, 30 sans-papiers. Mais pour lui, l’Eglise c’est la belle liturgie, avec un prêtre envoyé de Dieu. Moi, je ne prends pas la virginité de Marie littéralement, mais pour lui, l’Evangile, c’est la vérité. On ne peut pas y toucher.

 

> Retrouvez la suite de cette rencontre dans les pages de Moustique cette semaine

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