R.E.M.: La fin du rêve

Incarnation fantasmée du rock alternatif, le groupe laisse derrière lui des chansons magnifiques et une vraie éthique.

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"Nous partons avec un immense sentiment de gratitude, d'accomplissement et d'étonnement face à tout ce que nous avons accompli. A tous ceux qui ont un jour été touchés par notre musique, merci de nous avoir écoutés."

C'est par une lettre touchante publiée sur son site officiel, que R.E.M. a officialisé sa dissolution ce mercredi 21 septembre. Un choc pour au moins deux générations: celle qui a découvert le groupe lors de ses débuts sur la scène underground américaine avec Radio Free Europe en 1981 et celle qui a chanté à l'unisson ses tubes Loosing My Religion et Drive dix ans plus tard. Dans les années 90, R.E.M. était l'équivalent de U2 en terme de popularité. Mais contrairement à U2, il n'a pas su -ou voulu?- chercher à renouveler son public par la suite.

Paru en mars dernier dans l'indifférence générale, son quinzième album studio "Collapse Into Now" a été un échec commercial. La décision prise à l'époque par R.E.M. de ne pas partir en tournée pour en assurer la promotion peut se traduire aujourd'hui comme un signe prémonitoire. "Le talent d'un homme avisé qui se trouve à une soirée, c'est de savoir à quel moment il faut quitter les lieux", précise encore Michael Stipe sur le www.remhq.com. "Nous avons construit ensemble quelque chose d'extraordinaire. Mais tout a une fin. Nous arrêtons sans désaccord, sans la moindre brouille et aucun avocat en embuscade. Nous arrêtons, parce que c'était le bon moment. J'espère que nos fans se rendent compte que cela n'a pas été une décision facile.

Poétique et engagé

R.E.M. est l'abréviation de "Rapid Eye Movement", un terme utilisé en psychanalyse qui correspond à la phase du sommeil la plus propice aux rêves. Formé à Athens, dans l'état de Géorgie, en 1979, le chanteur Michael Stipe, le guitariste Peter Buck, le bassiste Mike Mills et le batteur Bill Berry (jusqu'en 1988) nous ont fait rêver profondément, tant sur disque qu'avec leurs nombreuses prestations scéniques chez nous. Que reste-t-il aujourd'hui? Une poignée d'albums essentiels, des chansons magnifiques et aussi un esprit. N'oubliant jamais le milieu artistique underground de ses débuts, même lorsqu'il a signé un contrat record avec Warner en 1996 (80 millions de dollars), le groupe n'a jamais dévié de sa trajectoire. Poétique, euphorique et toujours à dominante rock, la musique de R.E.M. était aussi engagée. De toutes les causes (Greenpeace, Amnesty International, Vote For Change, …), R.E.M. était aussi un groupe unanimement apprécié pour son éthique. Et, à ce niveau, on en connaît peu qui sont capables aujourd'hui de prendre la relève.

Luc Lorfèvre

Le top 3 CD

Le blockbuster
"Automatic For The People" – 1992

Le plus alternatif
"Murmur" – 1983

Le chouchou de Moustique
"Monster" – 1994

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