Religion à la télé: La revanche du tube catholique

On les croyait mortes et enterrées… À coups de jolies animatrices, de web TV et d’applications mobiles, les émissions religieuses font leur révolution. Une vraie résurrection!

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Pardonnez-moi Seigneur parce que j’ai zappé. Zappé ces émissions religieuses et ses retransmissions de messes qui squattent pourtant nos antennes, chaque dimanche, depuis plus de 50 ans. Mais confessons aussi que ces programmes commençaient solidement à prendre la poussière. Autant que les rangées de chaises vides dans les cathédrales et les églises… La télévision, média de masse par excellence, ne serait-elle pas du pain bénit pour la religion? À voir les audiences des émissions traditionnelles, on répondrait volontiers "non". Mais, croyez-le ou non, la télé du culte n’a pas encore prononcé sa dernière homélie. Nouveaux studios, nouvelles (et jolies) animatrices, télé en ligne, web-séries ou applications mobiles. Sans parler des chaînes exclusivement catholiques ou de la retransmission des grands événements. L’heure de la résurrection a sonné!

La dernière Cène se passait fin octobre à Paris. Des présentateurs et des producteurs belges, français, italiens et suisses participaient au Séminaire Farel sur la télévision religieuse. Au programme? L’offre et l’impact des nouvelles chaînes. Face à l’offensive de la TNT, on se dit que les curés et leurs shows tv désuets ne doivent plus savoir à quel saint se vouer. Que du contraire… Les audiences des programmes officiels ont beau être à la baisse, tout le monde à l’air béat. L’avènement du numérique et de la télé connectée semble être une voie divine à emprunter. On parle même web-série…

Et on se félicite de l’augmentation de la consommation télévisuelle globale et du temps de parole accordé à l’Eglise dans des émissions non religieuses, comme les sujets du JT sur les Journées Mondiales de la Jeunesse ou les retransmissions des mariages princiers. "C’est pareil pour la mort de Jean-Paul II, ou l’intronisation de Benoit XVI, précise Tommy Scholtès, porte-parole de la conférence des évêques de Belgique et commentateur occasionnel. Tout à coup, on nous donne l'antenne et le micro pendant deux heures! C’est une excellente opportunité de s’adresser aux chrétiens pratiquants mais aussi aux autres, aux curieux. Profitons-en pour élargir un peu leur culture religieuse…"

Vive le net!

Le Père Scholtès a foi en la télé religieuse de demain mais n’est pas prêt pour autant à renier celle d’hier. "Je suis avec passion KTO (ndlr: la chaîne catholique) sur Internet et sur mon iPad ou mon iPhone. Et quand je vois le succès des vidéos postées sur le site flamand Kerk.net, je me dis que le web est un formidable outil religieux. Les jeunes cliquent comme des malades! Mais je tiens aussi très fort aux émissions traditionnelles et aux retransmissions de messe. Ne fut-ce que pour les gens qui ne peuvent se rendre à l’église ou ceux qui la trouvent trop vide ou pas assez sympathique…".

Et puis, ne l’oublions pas, les messes les plus populaires – comme celles de Pâques ou de Noël dans quelques jours – glanent encore près de 100.000 téléspectateurs, rien que pour la RTBF. Et si vous pensez, comme nous, qu’elles n’ont pas beaucoup évolué en 50 ans, détrompez-vous. Les captations de la chaîne publique ont même une très bonne réputation auprès de l’Eurovision. Un car régie, des liaisons satellites, une demi-douzaine de caméras, un directeur photo, un journaliste, une scripte, un ingénieur du son, un réalisateur…: le dispositif est assez inhabituel pour le boulevard Reyers.

Le souci de la discrétion aussi. "On n'arrive pas dans une église comme on débarque dans une salle de concert ou sur un plateau de variétés!, lâche Jean-Charles Beaubois, producteur des émissions religieuses à la RTBF, en plus d'être Monsieur Météo. Avec un tel dispositif, ce n'est pas toujours facile… Ici, c’est l’émission qui doit se mettre au service de la cérémonie et non l’inverse. Alors, on essaie d'être le moins envahissant possible. Et on ne maquille pas les prêtres, on ne place pas de boules à facettes, ni d'éclairage robotisé qui change de couleur…»

Même état de grâce du côté de l'émission dominicale En quête de sens? "Contrairement à ce que l'on pourrait penser, cela fait une audience assez intéressante, se défend son producteur. Grâce au relooking de l’émission, à la multidiffusion et à la catch-up tv, on peut même dire qu’elle fonctionne mieux qu’avant." Un miracle… Même si cela ne concerne que 12.000 à 14.000 convaincus. Une goutte d’eau bénite à côté des audiences du pape de la sainte télé. Diffusé chaque dimanche matin sur France 2, Le Jour Du Seigneur est l’une des émissions religieuses les plus avant-gardistes. Outre ses plateaux, ses inévitables retransmissions de messes et ses nombreux documentaires, elle se prolonge sur le Net et dévoile une web tv pour le moins illuminée.

Au menu? Près de 1.500 vidéos cathos, un accès direct vers la page Facebook ou le compte Twitter de l’émission et même un bêtisier de la séquence "Question à un prêtre"… Sans oublier sa web-série sur l’Avent et ses liens vers les dernières parodies de Bref!, la séquence populaire de Canal + en version pieuse qui fait, elle aussi, un carton sur le Net. Réalisation soignée, casting relevé, langage argotique…

La web-fiction la plus politiquement correcte nous clame qu’être catholique, c’est trop cool, et que les groupes de prière, c’est vraiment de la balle! 50.000 fidèles en moyenne suivent les prêches de ces nouveaux apôtres chaque semaine sur le Net. Aujourd’hui, Le Jour Du Seigneur coproduit même des sujets cathos pour la chaîne parlementaire! Avant de vendre ses sujets à thématiques religieuses à Arte. Bien qu’il faille encore les déguiser en documentaires historiques sur les cathédrales, par exemple…

"On a même développé une application iPhone à l’occasion des dernières JMJ, précise le Père Philippe Jeannin aux commandes du Jour du Seigneur. Seul problème: il n’y avait pas de Wi-Fi gratuit sur le site madrilène…" Pas encore vraiment geek les hommes d’Eglise. N’empêche, si les retransmissions de messes les plus populaires peinent désormais à atteindre le million de fidèles – un chiffre doublé pour des événements exceptionnels comme la béatification de Jean-Paul II -, l’émission de plateaux et de reportages cathos de France 2 est l’une des seules à ne pas chuter dans les audiences.

Il faut dire que la tranche horaire de France Télévision consacrée à la religion fait également appel à des people pour tenter de freiner son érosion. Et voilà qu’Yves Duteil nous confie que le Christ l’aide constamment dans son travail avant que Patrick Dupont ne prétende tutoyer Dieu dans certains de ses spectacles. Roland Giraud, Nicoletta, Amanda Lear ou Nelson Montfort ont également accepté l’invitation du mini-programme Dans la lumière pour y tenir sensiblement les mêmes propos. "Une autre manière de toucher d'autres publics", admet le Père Jeannin.

Des "créatures" au service de Dieu

Aujourd’hui, même la télé privée numérique se lance dans le sacré! Diffusée sur Direct 8, l’émission Dieu Merci! a visiblement trouvé sa place entre le talk ultra cheap Morandini!, un télé-achat et Direct Gym. Un show religieux dans la grille d’une chaîne privée, c’est du jamais vu. D’autant que celui-ci est piloté par un jeune catho plutôt trendy et deux jolies animatrices (Aurélie Testenière et Laure Degouy) qui ne feraient pas tache aux commandes du Journal du Hard. Un blasphème?"Il faut pouvoir saisir les opportunités que la télévision offre mais attention au voisinage, avertit Tommy Scholtès. Une émission religieuse dans une grille télé composée de programmes trash risque de dénaturer le message qu’elle tente de véhiculer."

Même son de cloche du côté du Père Jeannin? "Vous savez, lorsqu'on a débuté Le Jour du Seigneur dans les années 50, on enregistrait l'émission au célèbre studio Cognacq-Jay, juste après le journal télévisé et un ballet de danseuses en petits tutus… À l'époque, cela avait créé une grosse polémique. Peut-on réellement célébrer la messe là où les danseuses ont levé la jambe?". Avant de conclure en rappelant qu'il ne faut pas confondre le messager et le message. "Et si je pouvais aussi avoir une jolie journaliste à mes côtés sur le plateau, je ne dirais pas non! Dieu utilise bien des anges pour communiquer avec les hommes…"

Émissions relookées, nouvelles animatrices, incursions divines sur des chaînes non pratiquantes, web tv, réseaux sociaux, applications mobiles… Sans parler de KTO, la station 100 % catho disponible chez nous sur Belgacom TV. Tous les moyens sont bons pour prêcher la bonne parole à la télévision. Les voies du Seigneur ne sont vraiment plus impénétrables…

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