Raphaël et son chœur de pirates

Entouré d'enfants chanteurs, Raphael reprend le chemin de l'école pour faire les 400 coups.  Trop fort...

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"Pour m'isoler dans l'écriture, j'ai loué un petit appartement au dernier étage d'un immeuble dont les fenêtres donnaient sur l'école maternelle de mon fils,explique Raphael. Chaque fois que j'appuyais sur la touche "record" de mon magnéto, il y avait des bruits de gosses qui s'élevaient de la cour de récré. Un brouhaha indiscipliné, chaotique, plein de vie et tout compte fait, très joli à écouter. C'est comme ça qu'est né "Somnambules". Merci les enfants!"

Et merci Raphael pour ce nouvel album qui nous renvoie à notre complexe de Peter Pan. Merci pour ces émotions. Merci pour ces chansons intrépides qui évitent la nostalgie candide et les refrains à l'eau de rose. Merci enfin de nous rappeler qu'une chorale de gosses, ça peut sonner autrement que du Scala reprenant Indochine ou Rapsat. Après les limbes de "Pacific 231" (2010) et les uppercuts électro de "Super-Welter" (2012), Raphael s'éloigne encore un peu plus de l'image rimbaldienne de "Caravane" et signe un album magistral, tant dans la forme que sur le fond. Enregistré "sans chichi" dans une classe primaire de l'école Houdon à Paris et au studio Ferber, ce disque est marqué par la paternité du chanteur (Roman, 6 ans et Aliocha, 1 an, nés de son union avec la comédienne Mélanie Thierry), mais aussi par la quête des paradis imaginaires. "La vie se passe à compenser son enfance, paraît-il. J'ai peut-être été trop couvé durant la mienne, explique Raphael. Je m'inspire de mes gosses, bien sûr. Mon fils aîné est somnambule, je n'invente rien. C'est aussi lui qui a écrit le texte de Par ici les ailes des oiseaux. Pour le reste, j'ai puisé dans mes souvenirs, mais j'ai aussi inventé des histoires de marmots, de 400 coups ou de parties de foot qui finissent en baston…"

La réussite de Somnambules tient aussi à son cahier des charges très concis. Pas de guitare électrique (sauf sur le très beau Chant d'honneur), pas de batterie, pas de chansons d'amour ("qui a encore envie d'entendre ça de ma part?") et deux prises maximum pour les voix des gosses présentes sur toutes les chansons. "Je ne voulais pas d'une chorale professionnelle. J'avais envie qu'on entende les imperfections, les erreurs, le bordel ambiant, quoi. C'est Gary Cooper qui disait: "Moins je réfléchis, mieux je suis". Il avait raison. Sur mes premiers albums, j'ai perdu beaucoup de temps dans des détails techniques. Je cherchais trop la perfection. Plus j'avance dans mon parcours d'artiste, plus je privilégie l'accidentel. Qui sait, si je n'avais pas loué cette chambre et ouvert les fenêtres, je n'aurais peut-être jamais eu l'idée de "Somnambules"." Un album à ranger entre le disque culte de reprises "The Langley Schools Music Project" enregistré dans un gymnase de Vancouver en 1974 et l'obscur projet doo-wop "Dead Man's Bones" où l'acteur Ryan Gosling (2009) interprétait des chansons de Halloween avec des cancres.

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