Qui veut la place de Di Rupo?

La bonne étoile de l'ex-Premier ministre redevenu président du PS commence à pâlir. Il en est même qui suggèrent qu'il fait le mandat de trop. Dans l'ombre, certains appétits s'aiguisent... 

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Elio Di Rupo, l'empereur du PS, va-t-il connaître son Waterloo? Relancé en novembre dernier pour quatre ans à la tête de son parti, il peine à convaincre. Des éditorialistes, des syndicalistes, des militants, voire des ténors du boulevard de l'Empereur comme Philippe Moureaux jugent, à mots plus ou moins couverts, qu'il aurait dû passer la main. Et le fait que le PS dévisse dans les récents sondages accentue le malaise. Certains pointent même cruellement que "le parti est figé comme le visage de son président". Alors, bashing médiatique passager contre Di Rupo ou profonde interrogation sur la conduite du puissant parti socialiste? A coup sûr, le débat ouvrira les appétits des Magnette, Onkelinx, Demeyer, Demotte, challengers naturels du maître de Mons. Le politologue Pascal Delwit nous clarifie ce Game Of Thrones.

Elio Di Rupo président est-il aujourd'hui contesté?

Pascal Delwit – Oui. Il y a, à tout le moins, des interrogations. Et elles reposent sur plusieurs griefs. Le premier est qu'il est rarissime qu'un Premier ministre (re)devienne président de parti. Cette transition passe mal. Le deuxième porte sur son âge. A 64 ans, Elio Di Rupo peut-il encore incarner la présidence d'un parti moderne dans un paysage où la majorité des autres présidents sont des quadras comme Wouter Beke (CD&V), Gwendolyn  Rutten (Open-VLD), Benoît Lutgen (cdH) ou même Olivier Chastel (MR), jeune quinqua? Son profil et son âge le mettent en décalage.

Le fait que le PS soit dans l'opposition au fédéral le fragilise d'autant plus?

P.D. – Evidemment. Tant Di Rupo que le reste de la direction du PS n'ont connu que la majorité fédérale, sans interruption depuis un quart de siècle. Ici, il faut conduire un parti qui pour la première fois depuis 26 ans est dans l'opposition. Ce qui est une tout autre fonction pour un président de parti. Qui plus est un ex-Premier ministre. De plus, le résultat obtenu lors des élections de 2014 aurait été jugé très satisfaisant si le PS était resté au pouvoir. Relégué dans l'opposition, cela devient une défaite électorale.

Un sentiment accentué par les récents sondages défavorables au PS…

P.D. – Président de parti, c'est comme entraîneur de football. Si ça marche, c'est grâce à lui. Si ça ne marche pas, pareil. Le PS a vraiment dévissé: de 32 % en votes réels il y a un an à 25 % dans le dernier baromètre. Cela renforce les interrogations sur le leadership et les orientations du parti. Cela crée une fébrilité exprimée le 1ermai dans le discours de Jean-Claude Marcourt qui disait "le PS doit se ressaisir".

D'où le lancement d'un "chantier des idées". Le signe d'une panne d'inspiration de la direction du PS?

P.D. – Je ne pense pas. Pendant 26 ans non-stop au pouvoir, tout le parti s'est concentré sur l'exercice de celui-ci, la gestion des affaires publiques, les négociations avec les  partenaires. Passer dans l'opposition au fédéral permet au PS de réfléchir, de se positionner, de réaffirmer son identité. Cet exercice est une nécessité urgente. Comme le furent les "Ateliers du progrès" début des années 2000 qui ont reformaté et redynamisé le parti. Et relancé, déjà, un certain Elio Di Rupo, alors président tout neuf.

On demande aussi au PS un positionnement idéologique plus tranché, or l'on sait que Di Rupo n'est pas un grand idéologue…

P.D. – En effet. Mais ce qu'on attend du PS ce n'est pas un nouveau profil idéologique mais comment assumer son identité historique et contemporaine, sa posture de gauche, dans le contexte économique et sociologique nouveau et difficile d'une Belgique reformatée tout en restant un acteur moderne prêt à exercer des responsabilités à haut niveau. Le défi du PS est aussi de réaffirmer le combat d'idées au moment où les idées libérales percolent mieux dans la tête des gens que celles des socialistes.

Qu'est-ce qui pourrait empêcher Di Rupo d'aller au bout de son mandat de quatre ans?

P.D. – Un pépin de santé, qu'on ne lui souhaite pas. Politiquement, la question se poserait radicalement si le PS n'arrivait pas à sortir de sa spirale négative actuelle accentuée par des mauvais sondages ou des doutes grandissants sur la capacité de Di Rupo à atteindre de meilleurs résultats. A situation politique inchangée et avec l'actuel gouvernement fédéral toujours en place, si dans six mois, un an, on est encore dans la tendance actuelle, le leadership de Di Rupo sera certainement remis en cause.

A-t-il vraiment la capacité de rebondir?

P.D. – Le passé a plusieurs fois démontré qu'Elio Di Rupo est un phénix qui renaît de ses cendres. S'il inverse la tendance, il pourrait revivre un état de grâce. Comme il en a connu au début des années 2000 ou en 2009 et 2011. Le risque le plus important est de ne pas sortir de la situation actuelle et de la fébrilité ambiante. Car, même virtuelles, les données des sondages impactent les esprits, ainsi que l'image du PS, et alimentent, sans doute, certaines ambitions internes de déboulonner l'empereur Elio. Les Magnette, Demotte, Onkelinx ou Demeyer se verraient bien dans le fauteuil prestigieux de président du PS. De là à dire qu'ils "veulent prendre sa place maintenant", on n'en est pas encore là.

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