Qui guide nos imams?

A chaque musulman belge embrigadé en Irak, une question légitime: qui leur a donné le goût du djihad? Puis une autre, qu'on aimerait pas liée: qui, dans ce pays, forme les imams et les profs de religion islamique? 

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A chaque fois que les choses vont mal, on ressort la carte d'une formation pour les imams. Cette fois, c’est le ministre de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt qui s’y colle et annonce un (nouveau) travail de concertation autour de la question afin de "développer un islam de Belgique plutôt qu'un islam importé". Et c’est bien ça l’argument massue. Car la création d’une telle formation devrait assurer des cours de théologie islamique de meilleure qualité, mais elle devrait surtout permettre de lutter contre l’influence de certains prédicateurs formés à l’étranger, et dont les discours empiéteraient sur nos valeurs "d'égalité et de liberté".

Aucun hasard, donc, à voir resurgir cette idée d’un seul et même berger rassemblant les brebis égarées au moment où les djihadistes font la une de l’actualité, que plusieurs jeunes Belges sont partis combattre en Syrie et que l’on suspecte la présence de recruteurs radicaux sur notre sol. Reste que le meilleur argument en faveur de ce projet est juste démographique: la Belgique compte – proportionnellement – la plus importante communauté musulmane d'Europe mais elle ne dispose toujours pas de la moindre chaire de théologie ou d'études islamiques. Aberrant. Alors, en attendant que ce projet vieux de 30 ans voie le jour, examinons de plus près la situation actuelle. Qui forme nos imams aujourd’hui? Et nos profs de religion islamique? Les fidèles belges sont-ils encore sous l’influence radicale d’imams qataris ou saoudiens?

Mini-fac deux façades

Déjà, pour trouver un bac ou un master en sciences musulmanes en Belgique, il faut se lever tôt. Très tôt. A part la formation continue donnée par l’UCL – un seul imam formé les quatre premières années – et l’un ou l’autre projet pilote, ce cursus est principalement dispensé par la Faculté des Sciences islamiques de Bruxelles. Au programme? Formation de promotion sociale, baccalauréat, master, doctorat. Inaugurée en 2007, la filiale de l’Université islamique d’Europe de Rotterdam affiche un programme et un site web dignes des plus grandes écoles supérieures. En réalité, cette mini-fac comprimée entre deux façades de la rue de la Limite à Saint-Josse (Bruxelles) ne pourrait pas, même avec la meilleure volonté du monde, satisfaire la demande réelle de la communauté musulmane. Sans compter que ses diplômes ne sont nullement reconnus en Belgique.  

La suite dans le Moustique du 26 novembre 2014

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