Que reste-t-il de Baudouin?

Vingt ans tout juste après sa mort, que reste-t-il du règne du Baudouin? Quelle image faut-il garder du cinquième roi des Belges?

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Un peu de tout, mais pas toujours que du bien…

Souvenez-vous de cet encart télévisé fixe, sur fond de Brabançonne, resté des heures à l'antenne. Nous sommes dans la nuit du 31 juillet 1993. Hébétée, la Belgique apprend que le roi Baudouin, 63 ans, vient de décéder d'une crise cardiaque dans sa villa de Motril, en Espagne. Souvenez-vous aussi des heures qui ont suivi. Rapatriée, la dépouille du cinquième roi des Belges est installée au palais royal. Des milliers de bouquets sont déposés devant les grilles. Une immense foule accourt – des centaines de milliers de personnes – pour le saluer une dernière fois. On attend parfois dix heures. Certains stationnent même toute la nuit.

Souvenez-vous encore de cet enterrement, devant la plupart des présidents et des têtes couronnées d'Europe. Fait extrêmement rare, même la reine d'Angleterre est présente. Ces événements, personne en âge de regarder la télé ou de les vivre ne les a oubliés. D'autant que la récente abdication-prestation de serment d'Albert et Philippe leur fait curieusement écho.

Mais vingt ans après, outre les événements précités, que reste-t-il des 42 ans de règne de Baudouin? L'image d'un roi pieux, longtemps un peu triste, monté très jeune sur le trône (à 21 ans!) après l'abdication de son père, et demeuré sans enfant? Oui, mais pas seulement. Car pour l'historien Henri Deleersnijder, spécialiste de la question, le tonton de Philippe n'a pas laissé que des bons souvenirs à tout le monde. Certes, il fut le ciment d'un pays plus en péril encore aujourd'hui qu'hier, un médiateur doué. Mais aussi un chef d'Etat parfois autoritaire, et un peu trop ami des dictateurs…

On s'en souvient, l'annonce de la mort de Baudouin a créé une vraie stupeur dans la nation. Selon vous, pourquoi un tel électrochoc?

Henri Deleersnijder – J'y vois trois raisons. Il incarnait l'unité d'une nation qui était, déjà, en proie au doute. Ensuite, de sa dépouille émanait une forme de nostalgie, comme si le passé s'effilochait. Certains ont pu percevoir que les belles années de la Belgique disparaissaient avec lui. Enfin, son image de monarque attentif aux plus faibles, aux précarisés, chaussé dans ses bottes en caoutchouc, au moment des catastrophes, était très présente dans l'esprit de l'opinion.

Votre ouvrage Baudouin, chemin de roi, chemin de croix retient également l'image d'un roi plus interventionniste que son frère, Albert II.

H.D. – On se souviendra sans doute d'une espèce de "magistère moral" qu'il exerça, petit à petit, sur la classe politique.

La suite dans votre Moustique du 31 juillet 2013. 3 pages sur les 20 ans du décès du Roi Baudouin.

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